Moscou & Washington, partenaires pour essayer de mettre fin à la guerre en Syrie

| Guerre Vs Daech | The Evening Standard | Alexander Yakovenko |

Alexander Yakovenko est l’ambassadeur de la Fédération de Russie près le Royaume-Uni. Le texte qui suit est une Tribune parue dans The Evening Standard.

La récente réunion à Munich du Groupe de Soutien International à la Syrie (GSIS) qui cherche un règlement en Syrie – avec la présence de la Russie, des États-Unis, de la Turquie, de l’Arabie Séoudite et de l’Iran – s’est conclue avec un plan pour essayer de trouver des moyens de mettre fin aux hostilités entre les organisations de l’opposition syrienne et le gouvernement, sans toutefois faire de compromis sur la lutte contre l’État Islamique (Daech) et d’autres force extrémistes.

Cette réunion intervenait après les succès de la récente offensive de l’armée syrienne qui, selon les experts, a progressivement mis en route la dynamique qui lui permettra de mettre un terme à la guerre civile en Syrie.

Pour avoir une idée de l’immense défi qu’affronte la communauté internationale, on peut regarder comment la situation en Syrie a évolué ce quatre dernières années. Nous avons constaté un processus de radicalisation du côté de l’opposition. Beaucoup d’organisations syriennes se sont liées à des organisations terroristes étrangères qui étaient bien équipée et financées par divers acteurs régionaux qui, à leur tout, projetaient leurs propres agendas de politique intérieure sur le champ de bataille syrien.

La situation en était arrivé au point où les Américains avaient renoncé à trouver des gens en qui ils auraient pu faire confiance parmi les organisations rebelles qui combattent le gouvernement syrien. Il y a quelques mois, nos collègues britanniques nous avaient dit que la situation en Syrie était un foutoir complet. La situation était rendue encore plus compliquée par l’émergence de Daech, un mélange explosif de fanatiques religieux et de lambeaux du régime ba’athiste, dont des anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein.

Dans le même temps, les États-Unis constituaient leur coalition anti-Daech forte de quelque 70 pays membres qui se lança dans des frappes aériennes inefficaces contre Daech pendant plus d’un an avant que la Russie doive intervenir avec son aviation militaire à la demande du gouvernement syrien. L’été dernier, nos partenaires occidentaux nous avaient dit qu’en octobre Damas tomberait entre les mains de Daech. Ce qu’ils avaient prévu de faire par la suite, nous l’ignorons. Ils auraient probablement fini par repeindre les extrémistes en blanc pour les accepter en tant qu’État sunnite à cheval sur la Syrie et l’Irak.

En ce circonstances l’intervention russe a changé la donne de manière décisive, permettant à l’opposition syrienne démocratique de se réapproprier la cause d’une Syrie démocratique qui avait été détournée par des organisations terroristes étrangères. C’est alors seulement que les principaux acteurs pouvaient se réunir dans le GSIS pour une approche globale en vue de trouver une solution politique en Syrie et d’éradiquer Isis. L’ampleur de cette double tâche n’a jamais été sous-estimée, compte tenu de la situation sur le terrain. C’est pourquoi le GSIS a accepté de faire l’inventaire des organisations d’opposition authentiques et de celles qui sont terroristes. C’est difficile à cause des ingérences régionales. Par exemple, les Kurdes syriens n’ont pas été invités aux discussions de Genève en raison de l’opposition de la Turquie.

Cette démarche, impulsée par les Russes et les Américains pour séparer les modérés des organisations extrémistes est cruciale. Elle permettra à l’opposition modérée de rompre ses alliances avec les groupes terroristes de l’étranger. Elle permettrait aussi de soulager l’armée syrienne en tant que principale force à affronter Daech sur le terrain. Dès lors, un front anti-terroriste commun pourrait se faire jour pendant qu’une solution politique à la crise syrienne se discute entre le régime et l’opposition à Genève. Pendant ce temps, l’armée de l’air russe et la coalition dirigée par les États-Unis continueront leurs frappes aériennes contre Daech.

Cette approche est la vraie chance de pouvoir résoudre le problème syrien. Ce n’est pas facile, mais si nous voulons mettre fin à cette guerre nous devons essayer.

© The Evening Standard (15 février 2016), http://www.standard.co.uk/comment/alexander-yakovenko-russia-and-the-us-are-partners-in-trying-to-end-the-war-in-syria-a3180571.html.

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