Collusions Vs Collision ! Qui fait la guerre à qui ? Ou, plutôt, dans notre (si) vieille Europe, qui ne fait pas la guerre à qui ?

| Guerre Vs Daech | Questions à Jacques Borde |

Ilan Halimi, Toulouse, Sarcelles, Bataclan, Bruxelles, etc. : Qui fait vraiment la Guerre & à qui dans notre vieille Europe gangrenée par le crime organisé & le communautarisme ? 28 pays membres de l’Union & seulement huit à porter les armes Vs Daech ! Cherchez l’erreur !…

| Q. Dites, rapidement, où en sommes-nous sur le front syrien ?

Jacques Borde. Deux choses convergentes et positives, et qui expliquent (aussi) l’aigreur manifeste de l’administration Salmān sur ce dossier :

1- Les forces réunies autour de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS, l’Armée arabe syrienne), sont en train de reprendre Palmyre, la ville sunnite aux mains des criminels de guerre d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech)1. Au point que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en vient même à se féliciter de l’ardeur russe à taper sur Daech. Comme quoi tout arrive.

2- De son côté, Moscou, alternant le chaud et le froid, vient d’annoncer son intention de recourir à la force à l’égard de ceux qui violeraient la trêve actuellement en place en Syrie. « Je souligne, la force militaire ne sera utilisée qu’après que Moscou aura reçu des preuves fiables des violations systématiques par des groupes armés des modalités approuvées dans le cadre du plan russo-américain de cessez-le-feu en Syrie, datant du 22 février 2016 », a déclaré, le 21 mars 2016, le chef du Commandement opérationnel des forces armées russes, le général Sergueï Roudskoï, soulignant toutefois que « la force ne sera pas appliquée contre les groupes respectant la trêve, ni les civils, ni les objets civils ».

Mesures de rétorsion qui seront mises en œuvre « même si » les États-Unis « ne répondent » pas aux propositions russes sur le contrôle du cessez-le-feu avancées le 25 février 2016.

À bon entendeur.

Maintenant, ce ne sont pas tant les Russes eux-mêmes qui marquent des points, sur le terrain je veux dire.

| Q. Qui donc alors?

Jacques Borde. Le trio Damas-Téhéran Bagdad, au sens de fer de lance de l’arc chî’îte évidemment. Arc qui, c’est à noter, est un concept géopolitique et non sectaire avant tout et qui allie aussi bien chî’îtes, bien sur, mais aussi alaouites, chrétiens et sunnites. Au-delà de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS), en réelle forme et la plus nombreuse, et de l’armée irakienne, ceux qui font aussi la différence sur le terrain ce sont toutes les composantes chî’îtes – des milices irakiennes aux Bassdji2 ayant simplement changé d’écussons en passant par le Hezbollah et la Nirouy-é Ghods3 – qui sont en train de reprendre, une à une, les villes comme Palmyre, Deir Ez-Zor et Mossoul.

| Q. Vous oubliez les Faucons du désert ?

Jacques Borde. Oui et non, la Liwāʾ Suqūr aṣ-Saḥrāʾ, la Brigade des Faucons du désert dans la langue de Voltaire, est une composante à part entière de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS), une forme de réserve territoriale en quelque sorte. Pour faire simple, disons que c’est une sorte de Bassidj syrien, mais relevant de l’AAS, l’armée régulière. Autre différence avec les Bassidji : les Suqūr aṣ-Saḥrāʾ, eux, sont mixtes. Et n’oublions pas les miliciens du Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī4.

| Q. Et les opposants dits modérés et démocrates ?

Jacques Borde. Pfff ! Ces groupes, la plupart du temps des groupuscules, n’existent que dans les communiqués de structures de SR occidentaux comme l’OSDH ou sont le fruit de l’onanisme géopolitique de quelques pseudo-spécialistes.

La seule autre force sur le terrain ce sont les Peshmergas. Mais leurs objectifs restent territorialement très limités. Si vous voulez un peu comme les contingents de la Vendée militaire qui s’opposèrent, dans l’Ouest de la France, aux armées de la République entre l’An I et l’An IV (1793-1796). Comme eux, les Kurdes n’ont pas vocation à aller se battre à l’autre bout du Levant. Chacun sa guerre en quelque sorte.

| Q. Vous portez des jugements très sévères sur l’Union européenne ?

Jacques Borde. Parfaitement. Et je les maintiens intégralement. L’Union – ou plutôt la pétaudière eurolandienne – c’est, rappelons-le, vingt-huit (28) pays membres. Devinez combien d’entre eux prennent une part active à la guerre contre le terrorisme ? Huit ! Et aucun à un degré équivalent à celui de la France est-il utile de préciser.

Prenons l’Allemagne, si vous le voulez bien. Berlin arrive, à la fois à :

1- Être le pays favorisant le plus le déferlement migratoire de l’Europe. Déferlement dont tout le monde sait qu’il sert de porte d’entrée aux 5èmes colonnes nazislamites. Tout ceci pour des raisons bassement mercantiles d’exploitation sociale et de pillage des cerveaux et cadres de pays en proie au chaos et à guerre. Ce qui évite à l’administration Merkel de payer de manière décente sa main d’œuvre régnicole et, ensuite, lui permet d’inonder ses voisins (dont nous) de produits bon marché grâce à une législation digne de la République de Weimar.

2- N’accorder qu’un mollasson soutien logistique à la France.

3- Huit pays sur 28 : l’Allemagne n’est, évidemment, qu’un exemple des comportements et et des lâchetés de la majorité des pays membres.

| Q. Et, vous continuez à penser que les migrants sont une partie du problème dans notre guerre contre le terrorisme ?

Jacques Borde. Je suppose que par migrants vous entendez les clandestins qui sont des délinquants violant continûment les lois des pays où ils pénètrent en toute illégalité ? Oui, et de plus en plus, ajouterai-je. D’ailleurs, je ne suis pas le seul apparemment ! La Pologne refuse désormais d’accueillir vos migrants (sic) sur son sol dans le cadre du controversé programme de répartition de l’UE, voulu par, ô surprise, l’administration Merkel.

C’est ce qu’a annoncé, le 24 mars 2016, le Premier ministre polonais, Beata Szydlo, réagissant aux attentats de Bruxelles :

« Après ce qui s’est passé hier à Bruxelles, il n’est pas possible en ce moment de dire que nous sommes d’accord pour accepter un groupe quelconque de migrants »5.

Une bonne nouvelle pour la sécurité de notre vieille Europe. Rappelons que, jusqu’à présent, Varsovie était d’accord pour accueillir environ 7.000 clandestins, respectant l’engagement pris par le gouvernement centriste précédent d’Ewa Kopacz.

| Q. Vous partagez le diagnostic d’une Belgique, sanctuaire du terrorisme ?

Jacques Borde. Oui. Mais à cela près que la Belgique n’est pas le seul pays, loin de là, où sont implantées des cellules dormantes de la terreur takfirie, vous vous en doutez bien. Comme l’a rappelé le secrétaire général de Synergie-officiers6, Patrice Ribeiro, « Des Molenbeek, il y en a partout en France ». Et un commandant de police de citer : « Trappes, Roubaix, le Mirail à Toulouse, où vivait Mohamed Merah ».

Partout, en France comme en Belgique de manière sûre et certaine, mais probablement aussi en Allemagne, remember Cologne, on ne cesse de compter les quartiers devenus hermétiques à toute forme de loi, sous l’effet conjugué du communautarisme et des complaisances politiques d’édiles corrompus, voire eux-mêmes liés au crime organisé comme dans le Sud-est de la France.

| Q. C’est la seule faillite du système ?

Jacques Borde. Non, bien sûr ! Nous vivons notre lutte contre l’ennemi de l’intérieur à partir de logiciels complètement dépassés. Sans parler de ce que le criminologue Alain Bauer dénonce, à raison, comme notre « fétichisme technologique » envers l’inspecteur Google. Et nous rappelle, au passage, les vertus de la bonne vieille police de Clemenceau. Et, dans cet environnement d’un autre âge, évidemment, « le salafisme aide massivement au passage à l’acte ». Donc, plus clairement au terrorisme nazislamiste.

| Q. Je supposes que vous ne suivez pas Alain Bauer lorsqu’il nous dit que la guerre contre le terrorisme est avant tout une affaire de police et pas de militaires ?

Jacques Borde. Oui et non. Oui, Bauer a raison : en milieu urbain et suburbain, c’est une police à la fois prédictive et proactive qui va obtenir l’essentiel des résultats. Et l’armée, classiquement ne va rien amener de plus, si ce n’est ses ressources humaines et logistiques. Pas nécessairement les plus adaptées qui plus est. Ni même préparées à ce type d’engagement…

Non, dans la mesure où c’est bien de penseurs militaires français que nous vient notre praxis de la guerre contre-insurrectionnelle. Trinquier7 et Galula8 essentiellement. Le problème c’est que :

1- Nous avons oublié cet enseignement. Songez que c’est par le biais des écoles militaires étasuniennes que la plupart de nos propres officiers ont refait connaissance avec les travaux de Galula. Notamment son Contre-insurrection : Théorie & pratique9. Galula est d’ailleurs l’une des trois références mentionnées dans le manuel de contre-insurrection de l’armée américaine, Headquarter Department of the Army, FM3-24 MCWP 3-33.5: Insurgencies & Countering Insurgencies (mai 2014).

2- Nous n’y sommes intellectuellement pas prêts compte tenu des choix politiques de ceux qui nous gouvernent…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Si vous impliquez l’armée dans la lutte contre le terrorisme – et, là nous ne parlons pas de l’Opération Sentinelle, le dispositif de surveillance mis en place après les attentats de Charlie Hebdo – vous devez lui permettre d’agir avec des méthodes qui ne sont pas celles que nous connaissons dans notre État de droit. Ce qu’il faut laisser nos militaires faire c’est un mélange subtil entre les méthodes de frappe préventive à l’israélienne et celles usitées lors de la Guerre d’Algérie et la Bataille d’Alger notamment. Y compris des formes d’interrogatoire non conformes.

| Q. Sinon, vous trouvez nos militaires mal préparés ?

Jacques Borde. Oui, pour une partie d’entre eux. Et certains pas préparés du tout. Mais, ça n’est pas leur faute, vous pensez bien. La guerre contre-insurrectionnelle, ça s’apprend. Si vous n’avez fait ni l’Afghanistan, ni stage à ce type de guerre…

Bon je vous sens sceptiques, je vais vous donner un exemple :

Auditionné, le 23 mars 2016, par la Commission d’enquête de lutte contre le terrorisme, le secrétaire général adjoint du syndicat des commissaires de la Police nationale, Jean-Luc Taltavull, a expliqué, concrètement, les failles de Sentinelle :

« Il y avait des gens de Sentinelle à proximité du Bataclan. Un gradé de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) se trouve près d’une porte de secours et dit aux militaires :  »Allez ! On y va ! »(…) Le détachement Sentinelle a dit :  »Non, j’ai pas d’ordres pour bouger ».’ Alors [le policier] lui dit :  »Alors passe moi ton Famas ! » Finalement, le militaire refusera de lui donner son arme et restera à l’extérieur du Bataclan », a ajouté Jean-Luc Taltavull.

| Q. Des voix critiquent aussi amèrement les choix de Washington ?

Jacques Borde. C’est vrai. Mais, méfions-nous : une bonne part de ces attaques viennent de cercles et de media véritables Je Suis Partout10 stipendiés par l’or pétrogolfique.

Sans parler d’attaques venant directement de Riyad. Je pense là notamment à la série d’articles apparus dans les colonnes du quotidien londonien de langue arabe Al-Sharq Al-Awsat11, par des plumes comme celle d’Abdurahmane al-Rached12.

| Q. Qui disent quoi ?

Jacques Borde. Oh, le propaganda staffel pro-séoudien classique. Notamment le « manque de soutien militaire » de l’administration Obama « à l’opposition syrienne modérée »(sic). De vulgaires terroristes, ne n’oublions jamais.

Notes

1 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

2 Nirouy-é Moghavémat Bassidj (Force de mobilisation de la Résistance, couramment appelé Bassidj, le nom persan signifiant mobilisé.

3 Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi, en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pasdaran, commandée par le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là)

4 PSNS, Parti social nationaliste syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien, PPS, ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste, essentiellement chrétien dans sa composition…

5 Superstacja (24 mars 2016).

6 Syndicat policier français.

7 Roger Trinquier (20 mars 1908-11 janvier 19861) officier supérieur parachutiste, ayant participé à la Guerre d’Indochine, à la crise de Suez et à la Guerre d’Algérie. En tant que membre de l’état-major de la 10ème Division parachutiste de Jacques Massu, il prend part, dans un rôle de premier plan, à la bataille d’Alger en 1957. Commandeur de la légion d’honneur, titulaire de 14 citations dont 10 à l’ordre de l’armée,Trinquier est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La Guerre moderne (La Table Ronde, 1961), il est un des théoriciens de la guerre subversive et sera abondamment cité dans les écoles de guerre, en particulier la School of Americas (Panama) et Fort Benning (É-U). La Guerre moderne est l’un des manuels de la guerre contre-insurrectionnelle, soulignant l’importance du Renseignement, de la guerre psychologique et du volet politique des opérations armées. Il a été abondamment cité par le général britannique Frank Kitson, qui a travaillé en Irlande du Nord et est l’auteur de Low Intensity Operations: Subversion, Insurgency & Peacekeeping (1971).

8 David Galula (1919- 11 mai 1967), officier et penseur militaire français, théoricien de la contre-insurrection. De retour d’Algérie où il a participé aux opérations militaires françaises, Galula s’installe aux États-Unis où il théorise une approche renouvelée de la contre-insurrection. Les travaux ont fortement influencé la communauté militaire américaine qui considère l’officier comme le principal stratège français du XXe siècle. « Le Clausewitz de la contre-insurrection », selon le général (CR) David King Petraeus.

9 Édité chez Eonomica, 2008 (ISBN 2717855092). Préfacé par le général (CR) David King Petraeus.

10 Titre phare de la kollaboration antisémite avec l’hitlérisme.

11 Édité par Saudi Research & Marketing Ltd. Entièrement inféodé à Riyad, il est dirigé par le prince FayçalFayçal Ibn-Salmān.

12 Ancien directeur d’Al-Arabiya et ancien rédacteur en chef d’Al-Sharq Al-Awsat,

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail