Faire Quoi & avec Qui ?

| Guerre Vs Daech | Questions à Jacques Borde |

Ou nos Alliances, au Levant et à l’Orient compliqué, ne sont pas celles qu’elles devraient être !

Comme l’écrit fort justement Michel Goya, Nous sommes la Guerre ! Or, une vraie guerre ne se conduit pas sans alliés. Or, c’est peu de le dire, nos Alliances, au Levant et à l’Orient compliqué, ne sont pas celles qu’elles devraient être ! Tel l’Or du Rhin du lied wagnérien, l’Or du Golfe est passé par là. N’est -il pas temps de remettre tout ceci à plat une bonne fois pour toutes ?

| Q. La tension Riyad Vs Beyrouth et Téhéran ne faiblit guère en tout cas ? 

Jacques Borde. C’est le moins qu’on puisse dire. Mais, au-delà des noms d’oiseaux et des menaces, je serais Séoudien, je réfléchirai un peu avant de donner des leçons Saudi et orbi

| Q. À quoi faites-vous allusion ?

Jacques Borde. Oh, restons modeste : vous pouvez me rappeler la nationalité des pirates de l’air du 11 Septembre ? Finlandais ? Moldaves ? Iraniens ou… Séoudiens ? À moins que la version officielle de ce drame ait connu des changements en profondeur, bien sûr…

| Q. Et, de manière plus globale, que pensez-vous des leçons de morale prodiguées par les pays-membres du CCG ?

Jacques Borde. En toute franchise ? Qu’ils se les gardent pour eux. Encore cette semaine, une princesse bahreïnie est venue s’exprimerà Paris. Pour parler (non voilée) du… droit des femmes ? Celui des femmes chî’îtes tuées par la mitrailles de ses amis et voisins séoudiens, peut-être1 ?

| Q. Vous êtes très critiques contre cette institution ?

Jacques Borde. Le CCG ? Oui. Parce qu’il suffit de voir qui sont les membres de ce Conseil de coopération des États arabes du Golfe Arabique pour se poser des questions, pardi. Citons quelques trucs qui coincent avec ce bon vieux CCG :

1- Le CCG regroupe les six pétromonarchies suivantes : Arabie Séoudite, Bahreïn, Koweït, Qatar, Oman et Émirats arabes unis. Sur ce nombre, seules les deux dernières, ne sont pas des fourriers avérés du Takfir : Oman et les Émirats arabes unis !

2- Ce sont ces mêmes pétromonarchies, du moins une partie d’entre elles, qui sont membres de la coalition accumulant Guernica et Oradour-sur-Glane, pour prendre des référence qui parlent aux Européens que nous sommes, au Yémen, autre pays pourtant arabe et musulman.

3- C’est, encore plus clairement, le CCG qui combat activement – sans aucun mandat international ni résolution ou tout autre texte l’intronisant à cette fin – le gouvernement légal d’un autre pays arabe : la Syrie.

4- Last no least, les pays-membres du CCG, grand dispensateurs de leçons autour d’eux, sont ceux qui accueillent le moins (pratiquement aucun d’ailleurs) de réfugiés de ces guerres régionales où leur diplomatie, leur entregent et leurs pétrodollars sont pour beaucoup dans la pérennisation2 d’au moins deux d’entre elles : celle de Syrie et du Yémen.

| Q. Vous pensez que le CCG devrait prendre sa part ?

Jacques Borde. Des réfugiés ? Oh, que oui ! Après tout, ces pays sont riches à milliards. Et où est leur solidarité vis-à-vis de ceux à qui ils nous demandent d’accorder toutes nos faveurs ? Il est vrai que lorsqu’on connaît l’appât du gain qui guide la politique de Riyad autour des Lieux saints…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Un ami me racontait que lors de son pèlerinage, il s’est retrouvé à loger dans un établissement proche de la Kaaba : chambre à 1.500 dollars la nuit ! Petit problème : hôtel, éponge à fric, bâti sur les ruines de sites remontant au prophète de l’Islam. Cherchez l’erreur et, accessoirement, d’où les malades de Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech)3 tiennent leurs habitudes de raser ce qui dépasse autour d’eux…

Pour en revenir au CCG, que n’installe-t-il pas sur les terres de ses États membres les vagues de clandestins dont son incompétence géopolitique est largement responsable ?

| Q. Et pourquoi ne font-ils rien selon vous ?

Jacques Borde. Oh, pour faire simple, plusieurs facteurs cumulent leurs effets :

1- Quelque part, les fronts du djihâd sont une manière commode pour ces États de se débarrasser des tarés de Dieu que sont les nazislamistes qui existent aussi chez eux.

2- Conséquence du point ci-dessus : il n’y a aucune logique à faire rentrer les fêlés du djihâd des autres pays musulmans, alors qu’on s’est débrouillé pour se débarrasser des siens.

3- Pourquoi se fatiguer quand les nigauds d’Européens que nous sommes se laissent, notamment, berner par le chantage de l’administration Erdoğan ?

| Q. Qu’en pensent les premiers concernés, les migrants, victimes de ces guerre ?

Jacques Borde. Ils n’ont pas beaucoup de moyens d’influer sur les événements ou de d’exprimer vraiment : n’oubliez pas que ces malheureux4 sont gangrenés et instrumentalisés par :

1- Les crimes organisés locaux (turc notamment).

2- Les groupes armés nazislamistes, Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech) en tête, qui, de son propre aveu, se servent d’eux.

3- Les SR des États pétrogolfiques qui veillent au grain.

Pour le reste, il y a bien eu quelques réactions atypiques, comme celle de ce réfugié afghan demandant, repris pas Euronews, aux « grands pays » de s’ouvrir à eux. À savoir, maintenant si ces « grands pays » sont bien les si exotiques entités pétrolières que dénoncent certains ?

| Q. Vous semblez plus que dubitatif quant à l’action des pays-membres du CCG ?

Jacques Borde. Oui, mais comment ne pas l’être ? Notamment lorsqu’on voit le Qatar accouplé à la Fifa, autre grand modèle de probité, une fois de plus épinglé, ce jeudi 31 mars 2016, par Amnesty International pour « les conditions de vie » des travailleurs migrants du chantier du Mondial 2022. Pratiques qui constituent même, selon Amnesty « une forme de travail forcé aux termes du droit international ».

| Q. Et cela concerne le CCG ?

Jacques Borde. Quelque part, oui ! Sur ce sujet et d’autres.

Que ne fait-il pas, tant que nous y sommes, le ménage chez lui ? Rappelons que ce sont les pays du Golfe – et eux seuls – qui hébergent, nourrissent 99% des téléprédicateurs takfiri, et qui leur laissent propager leur propagande antisémite, notamment.

Bizarre que des pays, pourtant musulmans donc ayant le bagage nécessaire, aient autant de mal à faire la différence entre le bon grain et l’ivraie nazislamiste.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Si je ne partage pas les attaques islamophobes de beaucoup, parce que souvent excessives, il faut dire que ces postures sont facilitées par les comportements médiatiques de ceux, qui, du Golfe encore une fois, propagent des thèses condamnables et théologiquement irrecevables. Propaganda staffel digne du IIIe Reich.

Mais encore, une fois, ça n’est pas à nous de faire le ménage chez les autres.

| Q. Vous croyez pas qu’il existe pas une forme quiétiste de la Salafiyya ?

Jacques Borde. Si, bien sûr. Mais, alors, pourquoi n’est-elle pas celle qui monopolise les ondes des chaînes pétrogolfiques ?

Encore une fois, ça n’est pas à nous Européens de régler les problèmes des autres : migrants (sic) et déviants nazislamistes. Nous avons nos propres problèmes à régler.

Comme le dit Michel Goya, il y avait aussi beaucoup de « Nazis quiétistes » en Allemagne au début des années 1930 ! Le problème, c’est que nous avons franchi le Rubicon de l’inacceptable avec le nazislamisme. Alors, et je pèse mes mots, exterminons l’ennemi jusqu’au dernier des ses partisans et kollabos. Où qu’ils soient…

| Q. Et, selon vous, les pays musulmans ne font rien ?

Jacques Borde. Si, mais toujours les mêmes..

| Q. Et qui donc ?

Jacques Borde. L’Égypte. Celle conduite par le président ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī ; le Maroc de Mohammed VI qui, évitant de tomber dans le piège des printemps arabes (sic), fait tout pour suivre une voie raisonnable celle du juste milieu. Et où s’accomplissent des choses remarquables

| Q. Quoi donc  ?

Jacques Borde. Oh, encore une fois, un exemple, j’ai assisté à un colloque au Sénat. S’y est exprimé une élue du Groupe Authenticité & modernité, Touria Ikbal. Elle nous a fait un court, mais brillantissisme, exposé sur le Soufisme – une des victimes de la haine nazislamiste, est-il utile de rappeler –. J’aimerai que plus de nos propres députés, classe rentière rongée par l’analpahétisme géopolitique, aient ne serait-ce que le dixième de la sagesse dispensée par cette élue du peuple marocain.

Mais là se pose le problème de notre propre irresponsabilité.

| Q. De quelle manière?

Jacques Borde. Soyons clairs. Restons dans l’exemple que je viens de citer : que peut, avec tout son courage, sa bonne volonté et son intelligence, une Touria Ikbal face au rouleau compresseur des media de la radicalité émettant du Golfe et face aux montagnes de pétrodollars qu’ils déversent sur les deux rives de notre Méditerranée. Il est déjà heureux qu’elle vive au Maroc et non dans ces pays où les nazislamistes tuent, pour ainsi dire à la chaîne, les femmes comme elle.

| Q. En quoi est-ce de notre responsabilité ?

Jacques Borde. Oh, c’est bien simple : qui sont,aujourd’hui, nos alliés en l’Orient compliqué ? Qui sont ceux que nous avons littéralement laissé de côté ? Nos vrais amis sont, et ont toujours été le Liban – et par le Liban, je parle du pays et non pas de factions locales elles- mêmes corrompues non par l’Or du Rhin mais du Golfe – le Maroc et l’Égypte et pas le Qatar et l’Arabie Séoudite même si leurs ors y ont pavé la voie d’un alignement aussi maladroit que contre-productif dans la lutte contre le terrorisme takfiri.

Plus, bien sur, la Syrie du président Bachar el-Assad, qui vient de démontrer qu’elle ne comptait pas céder face à l’hydre nazislamiste.

| Q.Un régime plutôt autoritaire, non ?

Jacques Borde. Ah, oui ! Et quid des États membres du CCG. Souvent des possessions familiales à la manière où l’était le Congo belge du temps de Léopold. Même si toutes ne sont pas à mettre dans le même sac !

| Q. Vis-à-vis de Damas, l’Occident est toujours aussi prisonnier de ses vieilles lunes ?

Jacques Borde. Cela dépend des capitales, de administrations et des personnalités. Paris, Hollandus regnante, a toujours son bon train de retard. Ailleurs, cela dépend. À noter les félicitations, bien que toujours chargées du gimmick anti-Assad, du maire conservateur de Londres, Boris Johnson, qui a avoué ne pas pouvoir « cacher ma joie à la nouvelle que Palmyre est reprise et que l’armée syrienne a vraiment repris le contrôle de tout le site de l’Unesco. Les ruines ont peut-être été minées, mais les terroristes sont en fuite. Alors je dis Hourra ! Bravo ! Continuez comme ça ! ».

Position plus minimaliste aux États-Unis, où le porte-parole du US Department of State, le vice-amiral (CR) John F. Kirby, a estimé que « oui, nous pensons que c’est une bonne chose (…) que l’État islamique ne contrôle plus Palmyre », sans toutefois mentionner ni l’armée syrienne, ni le soutien russe, acteurs de cette libération5.

Un bon début. Mais vu de Damas, on estime que les choses ne bougent pas très vite.

| Q. Qui donc ?

Jacques Borde. Le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, tout simplement.

Dans un entretien avec le dg de l’agence Sputnik, Dmitri Kisselev, Assad a vertement mis en cause ces puissances régionales et occidentales, misant sur la défaite de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)6.

« L’Arabie Séoudite, la Turquie, la France et le Royaume-Uni misent sur notre défaite sur le champ de bataille pour nous imposer leurs règles du jeu lors des négociations »7, a déclaré Assad, assurant que les victoires enregistrées en Syrie ont un impact sur leurs projets.

Autrement dit, la Syrie n’est toujours pas sortie de l’ornière, mais commence à s’en dégager.

Notes

1 Lors de manifs réprimées dans le sang dans son pays.

2 Leur démarrage serait plutôt une faute occidentale ; liée à la promotion des printemps arabes.

3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

4 Ce qu’ils sont majoritairement.

5Sans parler de Téhéran et de ses milices liges.

6 Armée arabe syrienne.

7 De Genève.

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