Collusions Vs Collision ! [2]

| Guerre Vs Daech | Questions à Jacques Borde |

Ou pourquoi le trio Damas-Moscou-Téhéran s’en sort mieux que la pétaudière coalisée occidentalocentrée.

La logorrhée occidentale prétendant que c’est l’énergie déployée par l’acoalition menée par Washington qui est en train de s’offrir le scalp de Daech, commence à faire sourire dans les chancelleries ! Certes, mais alors, pourquoi donc le trio Damas-Moscou-Téhéran s’en sort mieux qu’une acoalition de plus de 80 membres ?

« Nous sommes ici. Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non, nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière : c’est-à-dire de la France qui se bat. C’est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ».

Charles de Gaulle, discours du 25 août1944 (Extrait).

| Q. Vous terminiez notre précédent entretien en parlant d’épuration, le mot n’est pas un peu fort ?

Jacques Borde. Vous trouvez ? Pas moi. L’Épuration fut ce mal nécessaire entrepris, certes avec maladresse et excès, au moment de la libération du pays. Je pense que, dans des circonstances, certes différentes, nous en sommes arrivés à un point de non-retour face au cancer nazislamiste qui ronge nos sociétés. Les forces d’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)1 viennent tout juste de découvrir un charnier de l’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech)2 en Syrie. Semblable à ceux que les Hitlériens dispersèrent sur le sol gorgé de sang de l’Europe occupée. Même menace, même méthodes ! Sarcelles, l’Hyper-Casher, le Bataclan, Bruxelles : le golem nazislamiste, même (ou parce que) blessé gagne en férocité.

| Q. Ses défaites ne vous rassurent pas ?

Jacques Borde. Si, en bon disciple de Charles de Gaulle et Michel Jobert je ne doute pas de la victoire, je connais l’histoire de mon pays et le prix qu’il faut parfois payer pour être libre.

Alors, écoutez-moi bien, c’est en pleine débâcle des forces de l’Axe qu’eut lieu, le 10 juin 1944, le massacre d’Oradour-sur-Glane. Perpétré par un détachement du 1er bataillon du 4ème régiment de Panzergrenadier Der Führer de la SS Panzerdivision Das Reich. Soit dit en passant le plus grand massacre de civils commis en France par l’occupant, assez semblable à ceux de Marzabotto, ou de Distomo (perpétré, lui aussi, le 10 juin 1944).

Militairement, deux choses essentielles sont à noter, à ce stade :

1- Les SS ne firent, là, que transposer sur le Front de l’Ouest des pratiques courantes sur le Front de l’Est.

2- Les historiens en parlent assez peu, la Das Reich avait intégré des Français dans ses rangs.

Or, qu’avons nous donc face à nous aujourd’hui ?

1- Des forces du Takfir à la peine, comme le Reich en 1944.

2- Des kollabos, peu ou prou aussi Français3 que les précédents, saturés de haine et prêts à verser le sang.

Alors qu’attendons nous ? Un nouvel Oradour ?

| Q. Et que devons nous faire?

Jacques Borde. Prendre les devants, pardi. Le pays est en guerre avec sur son sol des 5ème colonnes du Takfir prêtes à tuer à la première occasion. Et, concrètement, prêtes à transposer sur le Front du djihâd de l’Ouest leurs pratiques des Fronts du djihâd d’Orient. C’est de ça qu’il s’agit et pas autre chose, croyez-moi.

| Q. Tout ce que vous nous dites n’est pas un peu radical ? Est-ce même vraiment gaulliste ou gaullien ?

Jacques Borde. La 2ème Guerre mondiale – bien que je préfère, affectivement parlant, la terminologie (française) de Libération ou (russe) de Grande Guerre patriotique – n’a pas été gagné avec des demi-mesures, des sucres d’orge et des stages de déradicalisation. Je m’étonne toujours que ceux qui font mine de se draper dans la bannière du général4, le font à la carte (sic) : ils évoquent en boucle le « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » du discours du 25 août1944 à l’Hôtel de Ville de Paris. C’est bien ! Mais pourquoi n’assument-ils pas les pages les plus dures ? On n’est pas gaulliste à la petite semaine, on l’est intégralement !

| Q. Et si l’on n’est pas gaulliste ?

Jacques Borde. Alors, que ne reprenons-nous les paroles de la Marseilllaise ! Que « l’Amour sacré de la Patrie » conduise et soutienne enfin « nos bras vengeurs ». Que ne nous dressons-nous face à « ces cohortes étrangères » qui « feraient la loi dans nos foyers » ? Désolé, il est plus que temps d’abreuver « nos sillons » du « sang impur » de nos ennemis. Qui sont aussi, ne l’oublions pas, ceux du genre humain tout entier.

| Q. Je vous sens lyrique, et que pensez-vous des dernières propositions de Trump sur la Syrie ? Plutôt primaires, non ?

Jacques Borde. Lyrique ? Non : patriote ! L’idée, émise pas Donald John Trump Sr., de creuser un « gros trou » pour y « faire tomber » ISIS parlons-en. Plusieurs ! choses, car je crois Donald John Trump Sr., plus finaud qu’il le montre :

1- Trump fait le buzz. Vu le niveau d’intelligence et de réactivité des media, pourquoi se priver. La présidentielle US c’est aussi une histoire de communication et de com bien primale.

2- De toute évidence, Trump met ceux qui : a) ont de l’humour et b) qui voudraient qu’on en finisse avec Daech, de son côté, ce qui mis bout à bout commence à faire du monde.

3- Trump a compris, contrairement à ceux qui ruent dans les brancards, que les électeurs ne sont pas rebutés par ses piques. Bien au contraire.

4- Compte tenu de la violence en l’Orient compliqué, Trump est plutôt dans le ton avec son : « Une fois que l’État islamique sera tombé dedans, il suffira juste de ne plus donner à manger à aucun de ses membres et ils mourront de faim, comme des renards dans le désert ».

5- Les Ouzbeks du général Abdul Rachid Dostom, vice-président de l’Afghanistan depuis le 29 septembre 2014, eux auraient (pour de vrai) entassé des Taliban dans des conteneurs, sous le cagnard afghan. Et, épisodiquement, auraient tiré des rafales de Douchka5 au jugé. Alors, l’humour de Donald John Trump Sr., à côté.

| Q. Et, sur le fond, vous n’êtes pas choqué ?

Jacques Borde. Eh bien, non ! Comme disait le camarade Deng Xiaoping :« Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, pourvu qu’il attrape la souris ». Question suivante, s’il vous plaît !

| Q. Vous pensez vraiment que l’Occident est à côté de la plaque ?

Jacques Borde. Oui et non, cela dépend. Les Américains ont un hidden agenda assez compliqué à mettre en œuvre au Levant. Établir et perpétuer une forme d’hégémonie n’est pas aussi aisé à mettre en œuvre qu’on pourrait le croire.

Côté français, oui, nous avons perdu (depuis Chirac, en fait) tout sens commun, le sens des réalités et de la mesure.

Voyez l’affaire de Légion d’honneur ad majorem saudi gloriam si je puis dire.

À peu près au même moment où l’administration Hollande se couvrait d’un embarras qu’elle aurait pu aisément éviter, Hicham Mourad, ex-rédacteur en chef d’Al-Ahram Hebdo et professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, qui dirige également l’édition arabe du Monde diplomatique6, recevait le jeudi 31 mars des mains de l’ambassadeur de France, André Parant les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Depuis des années ; je suis un lecteur régulier des écrit d’Hicham Mourad, et je ne suis pas toujours d’accord avec lui ! Mais, là, désolé, il n’y a pas photo : comment avoir si peu conscience de la valeur des choses et des amitiés ?

Mais, quelque part, il y a une justice immanente…

| Q. Oui…

Jacques Borde. Notre estimé médaillé, le ministre de l’Intérieur séoudien, Mohammed Ibn-Nayef Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, voit son nom apparaître dans le scandale d’évasion fiscale dit des Panama papers. Certes, cela, au stade où nous en sommes, ne devrait pas avoir trop de conséquence pour ce cher Nayef, mais, côté français, ça fait désordre.

Mohammed Ibn-Nayef n’est toutefois pas le seul membre de la famille royale séoudienne a être cité dans cette affaire. Le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, est également cité. Salmān aurait effectué, à travers deux sociétés offshore situées aux îles Vierges britanniques, Inrow Corporation & Verse, une transaction immobilière d’un montant de 26 millions de dollars, et une autre de 8 millions de dollars, afin d’acquérir de luxueuses propriétés dans le centre de Londres.

Là encore, pas de quoi grimper au rideau, mais bon ! C’est eaxctement le genre de choses dont une certaine presse a besoin pour faire le buzz Comment ne pas penser au mot de Shakespeare, aisément adaptable à nos potentats golfiques : « Something is rotten in the State of Saud ». Ou, en français : « Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Séoud »7.

| Q. Et ce militaire séoudien tué par Daech : ça vous inspire quoi ?

Jacques Borde. Oui, j’ai lu ça ! Tout ce qu’on sait c’est que le colonel Kattab Majed al-Hammadi, officier du Département des investigations criminelles, a été tué par des tirs d’inconnus, a révélé un porte-parole du ministère de l’Intérieur sans donner plus de précisions sur l’attaque. De son coté, dans son message de revendication diffusé sur le site Amaq, Daech le présente comme le « chef des services de sécurité intérieure » de la région d’Al-Quwayiyah.

Je ne sais si le colonel al-Hammadi était un brave homme et un homme de devoir ; mais ça ne serait pas surprenant. Et oui, on l’oublie un peu trop facilement, beaucoup de Séoudiens8 sont, eux aussi tombés victimes du terrorisme : plusieurs centaines depuis les années 2000. Mais j’ai du mal à me sentir vraimentconcerné. Sans doute à cause des victimes syriennes, irakiens, yéménites, turques, kurdes, yézidies, belges, françaises, etc tombées sous les balles des nazislamistes avec qui l’administration Salmān a un peu trop flirté. C’est dommage et, probablement, injuste, mais qu’y puis-je ? Peut-être que son patron, le ministre de l’Intérieur séoudien Mohammed Ibn-Nayef Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, pourrait lui donner la belle Légion d’honneur dont nous venons de le gratifier. Le geste aurait une certaine élégance et, là au moins, la décoration irait à un homme victime de son devoir. Que dire de plus ?

| Q. Dans tout ça, il semblerait qu’un rapprochement inattendu s’esquisse entre Moscou et Riyad, vous êtes contre, je suppose ?

Jacques Borde. Absolument pas. Si, je critique vertement l’administration Salmān d’Arabie Séoudite, vous aurez noté que je ne suis pas moi même ressortissant du Royaume. Il se trouve que celui-ci [le royaume, NdlR] est gouverné – bien ou mal, ça n’est pas le sujet – par SM Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, c’est donc avec lui, son ministre des Affaires étrangères, Adel Ibn-Ahmed Al-Jubeir, etc., qu’il convient d’avoir échanges et relations.

J’ai toujours préféré que les gens, entités et États dialoguent plutôt que de se taper dessus. Alors, si Vladimir V. Poutine, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, et tout autre représentant de parties en lice, à commencer par le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, pouvaient trouver un moyen autre que la via factis actuelle pour mettre un terme au bain de sang et apporter la paix au Levant : tant mieux !

Évidemment, si je reste persuadé que la concorde au Levant passe par l’élimination physique de 99% des nazislamistes présents dans la région, je ne pense pas qu’il soit très prudent de mettre, pour autant, à bas, les régimes arabes du Golfe Persique, parce que :

1- Quels que soient leurs torts et défauts, ça n’est pas à nous de régler leurs problèmes intérieurs.

2- Ces formes d’ingérence, voir les calamiteux Printemps (dits) arabe sont plus nocives qu’utiles.

Alors oui, pour revenir à votre question : que Moscou et Riyad se parlent est une bonne chose. Excellente même.

Notes

1 Armée arabe syrienne.

2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

3 À ce stade, il s’agit bien d’identité et non de sentiments d’appartenance à la communauté nationale.

4 De Gaulle.

5 Arme collective de 12,7 mm.

6 Ainsi que le mastère de relations internationales, délivré par l’Université française d’Egypte.

7 Jeu de mot (facile) à partir du « Something is rotten in the State of Denmark ». « Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Danemark », Hamlet, 1, 4, Marcellus.

8 Statistiquement, beaucoup plus que de Français.

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