Quels étaient les objectifs annexes de la Russie en Syrie ?

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Durant la première guerre du Golfe en 1991, les Américains ont créé toute une industrie de présentation artistique des actions de combat pour souligner la suprématie du Pentagone en matière de technologie. Toutes les chaînes de télévision ont montré les frappes « chirurgicales » de missiles de croisière et des bombes à guidage laser, alors qu’en réalité, il est démontré que 80% des bombes utilisées étaient classiques, sans aucun guidage.

Aucun de ces media n’a mentionné le fait que les Soviétiques avaient des bombes guidées par laser depuis 1981, et qu’elles avaient été utilisées pour la première fois en 1986 en Afghanistan. En raison de l’impact des media dans la formation des opinions, une guerre peut être gagnée d’abord, virtuellement, avec l’aide de la presse.

Le PR russe a appliqué les recettes du succès américain sur la technologie moderne utilisée par l’armée russe en Syrie. Nous avons eu les mêmes types de clichés CNN, filmés depuis des avions sans pilote de reconnaissance représentant le moment de l’impact des bombes guidées par laser ou GLONASS sur des cibles islamistes, lancées à partir des nouveaux avions Su-34. Nous avons eu les mêmes lancements de missiles de croisière Kalibr, cette fois par les corvettes russes de classe Buyan-M depuis la mer Caspienne et par le sous-marin russe Rostov-sur-Don à partir de la mer Méditerranée, ou de missiles de croisière russes Kh-101 par les bombardiers Tu-160. Nous avons eu des images des systèmes anti-aériens et antibalistiques S-400 déployés depuis la Base aérienne de Hmeymim, comme ce fut le cas des systèmes Patriot américains lors des guerres du Golfe.

En outre, pour masquer la tension inhérente aux actions de la guerre, les spécialistes russes ont confectionné un contingent russe dont l’action en Syrie devait donner une image de touristes en sandales en vacances au bord de la mer. Les rapports de la Base aérienne de Hmeymim se concentrent plus sur les nombreux véhicules spéciaux équipés de sauna, les boulangeries mobiles campagne modernes et les mess bien achalandés.

En 2008, la Russie a utilisé dans les opérations offensives en Géorgie 8-10.000 hommes, des centaines de chars, d’avions et d’hélicoptères, contre une armée régulière composée de 45.000 personnes, inférieure à celle de la Russie. Par conséquent, les opérations militaires en Syrie, auxquelles ont participé 1.500 soldats russes, représentaient pour Moscou un simple exercice tactique et d’entraînement des équipages de l’aviation.

L’élément clé de cet exercice est basé sur le fait que, en plus des personnels navigant, technique et de défense antiaérienne et terrestre au sol, les Russes avaient fait venir à la Base aérienne de Hmeymim un groupe composé de nombreux ingénieurs et planificateurs militaires. Ce groupe, composé de toutes les catégories des forces armées russes, était spécialisé dans la collecte de données de tests, de leur traitement en vue de moderniser leur technique de combat actuelle. Les nouveaux avions Su-35 S, Su-34, Su-30 SM apportés en Syrie, ont subi pendant 5-8 ans des tests complexes dans des polygones. Seulement, les tests de bombardement ou le tir dans les polygones se font dans des conditions idéales et ne tiennent pas compte des éventuelles surprises. Alors que dans le théâtre des opérations en Syrie, les équipements de bord, optoélectronique, radar et GLONASS, identification des cibles et guidage des armes, subissent l’action de certains facteurs perturbateurs. C’est le cas par exemple des fumées des explosions au sol, des mesures de camouflage prises par les islamistes, la proximité des civils et les éventuels brouillages effectués par la coalition anti-État Islamique conduite par les États-Unis. Le soutien rapproché apporté à l’armée arabe syrienne par l’aviation russe est l’occasion de tester la distance réelle de sécurité à laquelle leurs troupes peuvent approcher des cibles bombardées.

Jusqu’à présent, les conventions internationales ont contraint la Russie à utiliser des variantes de missiles navire-navire et navire-côte d’une portée limitée à 300-700 km. Les nouveaux missiles de croisière 3M-14 Kaliber, qui ont une portée de 1.500 km, ont été testés en Syrie dans des conditions de combat réel. Ils ont été lancés à partir de la surface ou de submersibles, ont successivement volé au-dessus de la surface de l’eau, des terrains accidentés de plusieurs États, et ont traversé des couloirs aériens avec un très fort flux de trafic civil.

L’avantage le plus important, pleinement exploité par les Russes, a été que, tout autour des frontières de la Syrie, un dispositif équipé de technologie de dernière génération avait été créé par la coalition anti-État Islamique dirigée par les États-Unis. C’était une concentration de moyens offensifs combinés, similaire à ce que l’Otan utilise en Europe aux frontières de la Russie. Là-dessus, les Russes ont testé le fonctionnement d’une zone d’exclusion, imperméable à tous les moyens de l’Otan (Anti-Access/Area Denial -A2/AD bubble). La zone d’exclusion dispose d’un réseau en couches de moyens de défense aérienne de nouvelle génération (S-400, S-300 PM2, Pantsir-S2, Tor-M2E).

La Russie a pu ainsi tester en particulier l’efficacité de nouveaux équipements de guerre radio-électroniques (Electronic warfare -EW) type Krasukha-4 et Borisoglebsk-2, spécialement conçus pour assurer la suprématie de la guerre radio-électronique en protégeant les systèmes intégrés automatisés russes C4I (Commandement, Contrôle, Communications, Informatique, Informations & interopérabilité). Ils brouillent les communications des djihadistes et peuvent bloquer celles des avions entre eux et avec leur base au sol, ou avec les points de guidage volants E-3 AWACS et les lignes de transmission des drones de reconnaissance américains RQ-4 Global Hawk, MQ-1 Predator, MQ-9 Reaper. Ils protègent leurs propres systèmes de navigation, et éliminent également le danger de la surveillance depuis l’espace de l’ennemi par les radars des satellites militaires américains de la famille Lacrosse / Onyx. Ils paralysent ainsi la capacité de l’adversaire à détecter, communiquer, exercer le commandement et le contrôle du champ de bataille. Le Général Philip Breedlove, commandant militaire de l’Otan a publiquement admis que, en Syrie, les Russes ont réussi à créer une zone d’exclusion (A2/AD bubble) pour les moyens américains.

Le 18 mars 2015, à 00:39 heure locale, une série de point lumineux bleu-blanc éblouissants ont illuminé le ciel près de la ville russe de Stavropol, située dans le Caucase. Stavropol est le siège du quartier général de la 49ème Armée russe et de l’Institut de recherche dans le domaine des équipements électroniques de bord, équipant, entre autres, des missiles stratégiques de la Russie. Le ministère de la Défense russe a admis que, à l’époque, des exercices militaires étaient en cours, impliquant des tests de nouveaux matériels dans la zone autour de la ville de Stavropol.

Il y a quelques semaines, la marine russe a annoncé son intention de tester sur les frégates de classe Admiral Gorshkov et sur d’autres navires russes, un nouveau système, nommé Grach, ou « canon éblouissant ». Il est composé de quatre projecteurs montés sur une tourelle télécommandée émettant des faisceaux puissants de brouillage des fréquences infrarouges et ultraviolets. Grach est capable d’aveugler tous les équipements de reconnaissance, de navigation et de guidage des armes par détection de chaleur (thermo vision), y compris les équipements individuels de vision nocturne.

Nous avons appris plus tard que le système Grach a déjà été testé avec des troupes terrestres russes monté sur des véhicules blindés et qu’il attend actuellement l’approbation du ministère de la Défense pour passer à la production. Les spécialistes disent que c’est le système Grach qui aurait été la cause du mystérieux phénomène de Stavropol et qu’il constitue une mesure visant à assurer la sécurité des troupes russes engagées dans des opérations navales ou terrestres, en particulier la nuit, en faisant en sorte que l’ennemi ne puisse pas les détecter et diriger des armes guidées contre elles. Il n’est pas exclu que les Russes aient envoyé des systèmes Grach en Syrie pour les tester dans des conditions réelles de combat.

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