Autres temps, autres mœurs : un ancien pilote de… Reaper à la tête de l’Air force

| États-Unis | Défense | Jacques Borde |

Intéressante nomination : c’est le général de l’Air, David L. Goldfein, qui prend la tête de l’US AIR Force. À noter : l’homme a piloté des MQ-Reaper, les drones de combat chasseurs de djihâdistes. Alors, simple coïncidence ou sommes-nous entrés dans une autre époque ?

La nouvelle n’aura intéressé que de rares spécialistes : le général (assez récent, c’est à noter : depuis le 17 août 2015) David L. Goldfein a été choisi pour devenir le 21st Chief of Staff of the United States Air Force (USAF), en français son chef d’état-major, par le président américain, Barack H. Obama.

L’annonce a été faite le 26 avril 2016 par le US Secretary of Defense, Ashton Baldwin Ash Carter. Si sa nomination est validée par le US Senate, ce qui a de fortes chances d’être le cas, il siégera également, comme c’est la règle au Comité des chefs d’état-major à l’État-major des armées.

Assez classiquement, le général David L. Goldfein (55 ans) est actuellement Vice Chief of Staff of the United States Air Force (VCSAF), soit le numéro 2 de l’armée de l’air nord-américaine, en tant que chef d’état-major adjoint auprès du général Mark Welsh III, en poste depuis 2012. un cursus qui ne surprendra guère sur les rives du Potomac et qui n’appelle pas vraiment de commentaire..

En revanche, sa carrière de pilote (4.200 heures de vol au compteur) mérite qu’on y revienne quelque peu.

Goldfein a, en effet, volé sur les plates-formes suivantes :

  • T-37 Tweet,

  • T-38 Talon,

  • F-16C/D Fighting Falcon,

  • F-117A Nighthawk,

  • MQ-9 Reaper,

  • et MC-12W Liberty.

Ajoutons qu’avant de servir comme chef d’état-major adjoint (depuis août 2015), David L. Goldfein était directeur des armées auprès du chef d’état-major des armées au Pentagone, ce qui veut dire qu’il conseillait le secrétaire à la Défense ainsi que le président.

Piloter des F-16C/D Fighting Falcon, ou du F-117A Nighthawk, reste, somme toute, classique, les deux sont des appareils de combat. Même si, au bout du compte, le second aura eu une carrière assez courte.

Déjà, le MC-12W Liberty peut faire tiquer dans le cursus : le Liberty n’est pas à proprement parler une bête de guerre. Il s’inscrit plutôt dans la réponse des stratèges de la guerre aérienne à la guerre de type asymétique qui, de nos jours, est le lot quotidien de l’Air Force. À ce jeu, les A-10A et C Thunderbolt II/Warthog1, d’attaque au sol marquent plus de points que les F-16C/D Fighting Falcon qui restent des chasseurs, devenus des chasseurs-bombardiers.

Le MC-12W Liberty a lui seul est un cas d’espèce : l’appareil n’étant pas un avion de combat ni même militaire d’origine. C’est un appareil civil détourné (des Hawker Beechcraft King Air 350 et King Air 350ER) et remis à niveau (retrofit) pour la reconnaissance armée et le Renseignement. Il fut, successivement déployé lors des opérations Enduring Freedom (OEF) et Enduring Iraqi Freedom (OIF), qui sont les noms officiels de la Guerre d’Afghanistan et de la (2ème) Guerre du Golfe.

Autre monture menée au combat par David L. Goldfein : le MQ-9 Reaper.

Autrement dit, l’engin non piloté de combat (Ucav) emblématique de la Guerre des drones qu’a choisi de mener l’actuel président des États-Unis, Barack H. Obama.

Or, comme le rappelle Jacques Baud dans son dernier ouvrage, « Selon le Bureau of Investigative Journalism (BIJ), entre 2009 et 2014, les actions des drones américains au Pakistan (pays qui n’est pas en guerre avec les États-Unis) ont tué quelques 2.379 personnes, dont seules 84 ont été identifiées comme appartenant à Al-Qaïda. En clair, 4% seulement des victimes relèvent de la lutte contre le terrorisme, les 96% restants sont au mieux des sympathisants inconnus et au pire des innocents »2.

Les guerre étasuniennes, dont celle des drones, conduites principalement par l’Air Force (et la CIA) sont-elles d’ailleurs des guerre au sens où le droit international l’entend ?

Ceci sans parler des victimes de bombardement plus classiques, comme l’a rappelé Jacques Baud : « … au 14 novembre 2015, la coalition occidentale avait largué au total 28.578 bombes en Irak et en Syrie, au cours de 8.147 sorties et provoqué la mort de 639 à 1974 civils innocents, dont plus d’une centaine d’enfants »3. Des chiffres qui concernent tout particulièrement l’Air Force, vu le ratio – 68,1% des frappes4 – de ses raids à la tête de la coalition.

À ce stade, et pour conclure, trois questions méritent d’être posées :

1- David L. Goldfein, qui qui a conseillé le US Secretary of Defense, Ashton Baldwin Ash Carter, et, au-dessus de lui, le président Obama, a-t-il une part, autre que celle d’avoir tâté du MQ-9 Reaper, dans la stratégie de guerre de l’ombre conduite alors par les États-Unis ?

2- Sa nomination au poste convoité et difficile à atteindre de Chief of Staff of the United States Air Force (USAF) doit-elle se comprendre comme l’essor possible de nouvelles stratégies de guerre aérienne de la part de l’armée de l’Air des États-Unis d’Amérique ?

3- Le général Goldfein n’étant, à bien des égards, que le simple exécutant de la politique décidée dans l’Oval Room, verra-t-on une évolution de l’application de ces stratégies en fonction de son prochain locataire : Hillary D. Rodham Clinton ou Donald J. Trump Sr.,.

À ce stade, difficile de le dire. Alors : affaire à suivre…

Notes

1 Thunderbolt (tonnerre) est le nom de baptême du A-10. Warthog (phacochère) est le surnom choisi par ses pilotes.

2 Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, pp.346-347, Jacques Baud, Éd. du Rocher, 423 pages, ISBN 978-2-268-08403-9.

3 Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, p.282, Jacques Baud, Éd. du Rocher, 423 pages, ISBN 978-2-268-08403-9.

4 Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, p.332, Jacques Baud, Éd. du Rocher, 423 pages, ISBN 978-2-268-08403-9.

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