L’avenir du Moyen-Orient dépendra-t-il des puissances non arabes de la région ?

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Frédéric Charillon, professeur de Relations internationales et directeur de l’Institut de recherche supérieur de l’École militaire (Irsem), expose à L’Orient-Le Jour son point de vue concernant la politique étrangère des grandes puissances occidentales après le printemps arabe. Propos recueillis par Samia Medawar.

| Que pensez-vous de la politique étrangère actuelle de certains pays occidentaux, traditionnellement très présents dans la région ?

Pr. Frédéric Charillon. Je pense qu’il n’y en a plus. Certaines grandes puissances ont vu une grande partie de leurs alliances s’étioler complètement, ou en tout cas être en partie altérées. Les relations entre Israël et les États-Unis, par exemple, ont été assez mauvaises sous Barack Obama. Avec l’Arabie Séoudite, c’est depuis le début des années 2000 que la relation commence à être modifiée et qu’elle est empreinte de méfiance (plus exactement depuis les attentats du 11-Septembre). Les USA ont perdu une partie de leurs points d’appui et ont dû repenser leur politique dans la région, et c’est ce que tente de faire le président Obama. Il faut lui reconnaître cette qualité, en jouant la carte de l’ouverture vers l’Iran, par exemple.

Du côté de l’Union européenne (UE), la dernière tentative pour recréer un cadre euroméditerranéen était l’Union pour la Méditerranée en 2008. Cette initiative est, d’une part, mort-née du fait de ce qui s’est passé à Gaza tout de suite après (en référence à l’opération Plomb durci israélienne dans l’enclave palestinienne entre décembre 2008 et janvier 2009), et ensuite évidemment les printemps arabes fin 2010-début 2011. Tout a volé en éclats, d’autant que l’Union pour la Méditerranée avait eu pour invité vedette (le président syrien) Bachar el-Assad, et comme coprésident (l’ex-président égyptien) Hosni Moubarak, ce qui n’était pas le meilleur casting pour durer.

Finalement, il y a une sorte de realpolitik qui se met en place aujourd’hui, qui consiste à miser sur des pays à la fois stables (qui n’ont pas été déstabilisés par les printemps arabes), solvables, ce qui est important sur le plan commercial, et du coup miser sur ces points d’ancrage, soit le Golfe et l’Égypte. C’est en tout cas la façon dont tout cela est présenté. Le calcul est risqué, dans la mesure où ces pays sont eux aussi d’une certaine manière fragiles. La situation est par exemple loin d’être réglée en Égypte. On se retrouve donc face à une inconnue, ce qui est normal avec tout ce tumulte. Il est difficile de reprocher à des politiques étrangères de ne pas avoir tout compris, tout prévu. Tout le monde se retrouve dans une phase intermédiaire, et on ne sait pas encore ce que va être le Moyen-Orient de demain. Ce que l’on sait, c’est qu’il ne sera jamais plus ce qu’il a été.

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