Israël contraint de se trouver de nouveaux alliés face à la menace grandissante de l’État islamique

| Guerre Vs Daech | Questions de Atlantico à Roland Lombardi & Ardavan Amir-Aslani |

Si Israël est toujours menacé, l’ennemi a changé. Récemment, le chef de l’État islamique a promis de « transformer la Palestine en cimetière pour les Juifs ». Une déclaration qui encourage l’État hébreu à revoir sa doctrine de Défense, adaptée à des conflits conventionnels. Texte déjà ancien mais qui complète parfaitement notre analyse sur la place actuelle d’Israël dans les crises & guerres du Levant.

| Atlantico : Il y a quelques jours, Abu Bakr al Baghdadi, le chef du groupe État islamique a menacé Israël à travers un message audio. Comment Israël a-t-il intégré cette menace ? Le pays en avait-il déjà pris conscience ?

Roland Lombardi : Tout d’abord, il faut remarquer que le scenario que j’avais évoqué déjà en août 2014 se met progressivement en place. À savoir que l’État islamique est en train, chose unique dans l’histoire de la région, et avec toutefois encore quelques balbutiements, de liguer contre lui toutes les puissances internationales (Russie, États-Unis, France) mais aussi régionales (Iran, Arabie Séoudite, Égypte et Israël) et ce, malgré leurs rivalités et leurs agendas stratégiques propres.

Concernant la dernière menace d’Al-Baghdadi envers l’État hébreu, notons qu’elle n’est pas la première ni la dernière. Déjà en octobre dernier, Daech publiait une vidéo en hébreu dans laquelle un terroriste armé et masqué s’adressait aux « juifs occupant les musulmans » et déclarait que « pas un seul juif ne restera à Jérusalem » !

Les autorités israéliennes ont depuis très longtemps intégré ces menaces et elles sont très bien conscientes que l’affrontement est inévitable.

D’ailleurs, depuis plusieurs mois les services de sécurité israéliens ont identifié des signes clairs de la présence en Israël de réseaux djihâdistes et liés de manière directe ou indirecte à Daech. Selon le Shabak (le Service de sécurité intérieure israélien), entre 150 et 200 Arabes israéliens ont rejoint les rangs de l’ÉI et environ 200 Palestiniens de Cisjordanie ainsi qu’un nombre indéterminé de Gazaouis ont fait de même. Plusieurs d’entre eux ont déjà été arrêtés à leur retour de Syrie via la Turquie, et des réseaux ont pu être également démantelés avec l’aide des autorités chypriotes et grecques (Jérusalem ayant conclu dernièrement avec Athènes un accord de coopération sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme). Chaque semaine, des cellules embryonnaires de terroristes sympathisants de Daech, avec des armes lourdes et préparant des actions, sont neutralisées sur le territoire israélien. Les arrestations les plus symboliques furent celles, en octobre et novembre 2015, d’un groupe d’Arabes israéliens de Nazareth se revendiquant explicitement de Daech. Enfin, rappelons que les attaques au couteau et à la voiture bélier qui touchent la population israélienne depuis ces derniers mois, font totalement écho aux consignes terroristes de l’État islamique

Ces dernières semaines, l’ÉI a perdu beaucoup d’hommes, de matériel et de territoires en Syrie comme en Irak. Dès lors, nous devons nous attendre à d’autres attaques terroristes en France, en Europe et ailleurs. Les autorités israéliennes ont d’ailleurs grandement renforcé la sécurité de leurs ambassades, de leurs ressortissants et de leurs intérêts à l’étranger. Mais la stratégie de Daech dans ce domaine est aussi diabolique que claire. Elle est la même visant par exemple la France, la Russie et Israël : utiliser les populations locales pour commettre des attentats et générer une atmosphère de guerre civile, en faisant monter les tensions et les haines entre les communautés.

Ainsi, pour redorer son blason dans le monde arabe, Al-Baghdadi peut tout aussi espérer, par exemple, un attentat d’envergure dans une grande ville israélienne, une sorte d’opération dite de prestige comme l’appellent les spécialistes israéliens.Jusqu’à présent, les services de sécurité israéliens, qui sont peut-être les meilleurs du monde, ont réussi à déjouer ces tentatives. Mais pour combien de temps ? Car un méga-attentat commis par des Arabes israéliens serait catastrophique pour l’État hébreu, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur.

Ardavan Amir-Aslani : Israël est un pays encerclé et menacé depuis sa création. Le grand changement qui s’est opéré ces dernières années porte sur la disparition des menaces militaires étatiques traditionnelles. En effet, la disparition des États-nations arabes en état de guerre théorique avec Israël est un bouleversement géostratégique pour ce pays. Les armées conventionnelles arabes, traditionnellement identifiées comme une menace par Israël n’existent plus. Saddam et son armée ne règnent plus à Bagdad et l’armée syrienne n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la déliquescence de ce pays. L’Égypte, techniquement en paix avec Israël, est au bord du gouffre depuis le coup d’état du Maréchal Sissi contre le Président Morsi et ne contrôle plus le Sinaï devenu une sorte de « Far West » où Le Caire n’exerce plus aucun contrôle. Ainsi Tsahal ne considère plus une guerre conventionnelle avec les armées arabes comme une possibilité. Il n’y a plus d’armées arabes capables ne serait-ce qu’envisager le début de l’ombre d’un conflit avec Israël. Les armées arabes ou plutôt ce qu’il en reste sont beaucoup trop occupées à régler les guerres civiles dans leurs pays pour représenter un quelconque danger existentiel pour Israël. Un scénario comme celui de la Guerre de Kippour n’est plus à l’ordre du jour.

Cependant, la disparition des armées nationales arabes ne signifie pas que les frontières israéliennes ne sont plus menacées. En effet, la menace d’une guerre conventionnelle a été remplacée par celle fondée sur le terrorisme, organisé ou pas. L’État islamique, le Front Al-Nosra, le Hamas et le Hezbollah, dont aucun n’est un État reconnu, continuent de présenter une menace sécuritaire pour ce pays. Les récentes déclarations du prétendu Calife contre l’Arabie Séoudite et Israël, même si davantage motivées par les revers subis par l’État Islamique, vont dans ce sens. Aujourd’hui, la menace pour Israël pourrait se matérialiser par des actes de terrorisme islamistes à grande échelle et non plus par une invasion terrestre de type conventionnel. Le nationalisme arabe de type Ba’as ou celui personnifié par Nasser a laissé la place au djihâdisme exclusivement à caractère religieux. C’est plus diffus mais en même temps plus dangereux car plus difficilement contrôlable et prévisible.

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