Accords Sykes-Picot, 100ème Anniversaire

18 mai, 2016

| Levant | Géostratégie | Eber Addad |

La date ne devrait pas être oubliée. Et pourtant !… Élément clé de toutes les crises qui ont mis, mettent et (malheureusement) mettront à feu & à sang le Levant, les Accords Sykes-Picot sont passés par pertes & profit par la plupart des analystes. Dommage. &, comme le souligne Eber Addad : « C’est aux peuples de la région de décider de leur avenir, si oui ou non ils veulent vivre en paix… ». À l’évidence la route est encore longue…

Aujourd’hui, 16 mai 2016, il y a 100 ans jour pour jour, étaient signés dans un bureau du 10 Downing Street à Londres, par deux diplomates l’un britannique, Mark Sykes, l’autre français, François Georges-Picot, des accords secrets qui porteraient leur noms, les Accords Sykes-Picot, qui changeraient la face du Moyen-Orient et seraient à l’origine de tout ce qui s’y passerait pour les 100 ans à venir, jusqu’à nos jours ! C’était pendant la Première Guerre mondiale. La Grande-Bretagne et la France sont des alliées et forment avec leur autre allié, l’Empire Russe, la Triple Entente. Ces deux empires coloniaux se préparent à la victoire, que pourtant à ce stade de la guerre rien ne laisse présager, et s’accordent à dépecer l’Empire Ottoman, qui s’était allié à la Triple Alliance formée de l’Allemagne, de l’Empire Austro-Hongrois, une des plus grandes puissances européennes aujourd’hui totalement disparue, et de l’Italie. Les Accords Sykes-Picot sont d’abord gardés secrets et ne sont révélés au grand public, pour la première fois, que le 23 novembre 1917 sur les Izvestia et la Pravda en Russie et sur le Guardian en Angleterre le 26 novembre de la même année.

En quoi consistaient-ils ?

L’Empire Ottoman occupait depuis le XIVe siècle tout le Moyen-Orient et une partie importante de l’Europe (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, jusqu’aux portes de l’Autriche où elle a fini par reculer mais ce n’est pas le sujet ici). L’Empire Ottoman occupait la quasi totalité du monde Arabe actuel, à l’exception du Maroc, y compris les deux seuls autres pays arabes existant à cette époque la Tunisie et l’Égypte, d’où il s’est retiré après y avoir laissé dans chacun une dynastie régnante. Les Ottomans occupaient ce qu’aujourd’hui on connaît sous le nom de Syrie, Irak, Arabie Séoudite, Jordanie, Palestine, Israël, Liban, etc… et occupent toute cette région, souvent de manière brutale, depuis six siècles. Les accords signés ce jour là par Mark Sykes et François George-Picot, qui, accessoirement, était le grand-oncle de l’ancien président Giscard d’Estaing, ont pour but de partager en zones françaises et anglaises, toute la région, d’en dessiner les frontières, de nommer les pays, parce qu’ils pensaient y rester à leur tour pour des siècles, malgré les promesses d’indépendance, par rapport aux Ottomans, faites aux Arabes. Ils créeront ainsi des pays artificiels qui ne tenaient absolument pas compte des réalités sur le terrain, ni des différents peuples, ethnies et religions qui la composaient mais que de leurs propres intérêts. Les Accords Sykes-Picot sont à l’origine de la plupart des conflits actuels du Moyen-Orient mais surtout de ce qui se passe en Syrie et en Irak en ce moment, où, les frontières tracées n’ont absolument pas pris en considération les peuples, les ethnies, les religions, les tribus, les clans et les sous clans qui y vivaient. qui, pour la plupart, se détestaient depuis la nuit des temps et n’avaient absolument pas l’envie ni l’intention de vivre ensemble et encore moins de former une même nation. C’est la raison pour laquelle ces frontières, aussi bien celles de la Syrie que de l’Irak, sont complètement désintégrées aujourd’hui. La France et le Royaume-Uni mirent en place des pouvoirs qui leur étaient dévoués et qui durèrent jusqu’après la fin de la 2ème Guerre Mondiale.

Entre temps il y eut la Conférence de Paix de Paris de 1919, le Traité de Sèvres de 1920, la Conférence de San Remo de 1920, toute une série d’amendements et de sous-accords et bien d’autres réunions et conférences qui ont contribué à rendre le Moyen-Orient la poudrière qu’elle est à ce jour.

Étonnamment on entend très peu parler des Accords Sykes-Picot, bien que ces derniers temps on en fasse un peu plus mention. Peut-être qu’on en a honte ou que ces Accords montrent la région sous un aspect tout à fait différent de celui qu’on voit aujourd’hui et que par lâcheté, négationnisme, tromperie, manipulation de la vérité, recherche de statu quo ou irresponsabilité on préfère garder le silence à leur sujet.

La seule conclusion qu’on peut en tirer pour le moment, avant de donner, plus tard, tous les détails de l’Histoire de la région, est que tous les pays qui en font partie sont des créations artificielles qui n’existaient pas pendant les six siècles qui nous précédaient et que de vouloir affirmer des certitudes à leur sujet relève de l’ignorance, de l’illusion, du déni de réalité et de la tromperie. Tant que ces faits n’auront pas été admis et que les pays concernés ainsi que les ethnies et que toutes les minorités oubliées ou non, qui composent cette région, ne chercheront pas un moyen de vivre en paix ensemble, par eux-mêmes, sans que les solutions ne soient imposées de l’étranger, on n’y connaîtra pas la paix. Il est présomptueux, irresponsable, hasardeux, chimérique et absurde de la part des puissances étrangères à la région de vouloir imposer, une fois de plus, la moindre solution et de s’ingérer davantage dans cette histoire ; une paix imposée, sans tenir compte des réalités sur le terrain ne sera jamais durable et éclatera à la première secousse venue. Les puissances étrangères ne peuvent servir que de garants des accords négociés et signés par les protagonistes eux-mêmes. On voit aujourd’hui les résultats de l’ingérence que les puissances étrangères y ont déployée il y a 100 ans ! C’est aux peuples de la région de décider de leur avenir, si oui ou non ils veulent vivre en paix car, on s’en est rendu compte tout au long de l’Histoire, celle ci ne peut jamais être imposée ou alors pour une très courte période qui, en général, repousse encore plus loin dans le temps tout entente possible tout en exacerbant vivement les tensions.

En se basant sur l’Histoire récente de la région on s’aperçoit, d’une part, qu’aucun des pays actuels ne peut se prévaloir d’une légalité supérieure et, d’autre part, que l’ingérence des puissances étrangères est particulièrement néfaste.

 

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