Collusions Vs Collision ! [13]

26 mai, 2016

| Guerre Vs Daech | Questions à Jacques Borde |

Ou pourquoi le trio Damas-Moscou-Téhéran s’en sort mieux que la pétaudière coalisée occidentalocentrée.

La logorrhée occidentale prétendant que c’est l’énergie déployée par l’acoalition menée par Washington qui est en train de s’offrir le scalp de Daech, commence à faire sourire dans les chancelleries ! Certes, mais alors, pourquoi donc le trio Damas-Moscou-Téhéran s’en sort mieux qu’une acoalition de plus de 80 membres ?

| Q. Repassons un peu par la France : vous n’êtes pas d’accord avec l’analyse de Malik Bezoux critiquant le plan anti-djihâd du gouvernement ?

Jacques Borde. Non pas vraiment. Interrogé pas nos confrères de Russia Today, Malik Bezouh a surtout énoncé des généralités. Qui plus est, il juge comme « dérisoire », « la suppression des prestations sociales pour les personnes qui sont parties en Syrie, ou qui seraient liées à des activités terroristes ».

C’est là se méprendre sur le phénomène djihâdiste intérieur. Voire sur le phénomène terroriste tout court. Rappelons-nous comment la Bande à Bader ou les Brigate rosse italiennes étaient tributaires de leurs branches alimentaires. Entendez ceux de leurs militants chargés de braquer des banques pour faire tourner la machine.

Non là, je suis entièrement d’accord avec Valls et Cazeneuve, il n’y a pas de petites mesures. Dans la lutte contre le terrorisme nazislamiste, tout fait ventre…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Même si ceux qui constituent les 5ème colonnes nazislamistes à l’œuvre en Europe savent profiter d’aides et de virements de fonds en provenance de l’étranger, ces réseaux :

1- Sont relativement autonomes et livrés à eux-mêmes.

2- Disposent, in fine, d’assez peu de moyens. Ou de leurs propres moyens : revenus salariaux, revenus sociaux, revenus illégaux.

3- Ce manque de moyens a un impact non négligeable sur les capacités opérationnelles de ces groupes.

Dès lors, Se refuser de les priver d’une partie de leurs moyens financiers serait une grossière erreur ! Que celle-ci soit classique, asymétrique ou terroriste : l’argent en reste le nerf de la guerre. Or, arrêtons de nous voiler la face, on sait très bien que de nombreux périples en Syrie ont été financés par le RSA et autres prestations du même type.

| Q. En quoi les priver de ces ressources là diminuera leurs capacités opérationnelles ?

Jacques Borde. Soyons sérieux : il n’y qu’au cinéma et dans les séries TV qu’on voit des méchants s’affranchir de moyens financiers !

Tout a un prix : logements, véhicules, armes, papiers. Plus votre trésor de guerre est petit, moins vous avez de moyens d’agir. Plusieurs exemples :

1- On a vu nos terroristes se déplacer à l’aide de leurs propres véhicules, jusqu’à emprunter des bus, comme Nemmouche1 qui se fera, à sa descente, cueillir à Marseille.

2- Le terroriste (raté) du Thalys a pu être neutralisé par des militaires US attentifs et réactifs, parce que son arme un modèle (mal, comme la plupart du temps) remilitarisé n’a pas fonctionné. De bonnes armes ça se paye plus cher que de mauvaises.

3- Apparemment, une des armes de Coulibaby était aussi une arme en provenance du marché parallèle : une version civile2 et compacte du Vz-58 tchèque.

Visiblement, les réseaux nazislamistes opérant en Europe n’ont pas de filières d’armements de poids et de quantité. Comme ce fut le cas de l’Óglaigh na hÉireann (Provisional Irish Republican Army, PIRA)3 qui ira jusqu’à se se faire livrer des AKM polonaises et des RPG par… bateaux. On soupçonne même des contrats entiers, passés par des end users4 complaisants, destinés intégralement à honorer des commandes de la PIRA.

| Q. Donc taper au portefeuille des aides sociales est une bonne chose ?

Jacques Borde. Un excellente chose, même. Certes, il faudrait aller plus loin dans ce domaine

| Q. Comment ?

Jacques Borde. En privant radicalisés, apprentis-djihâdistes, Kamiz brunes etc., de TOUT ce que l’État met actuellement à leur disposition : logements sociaux (planques et dépôts d’armes potentiels), passes Navigo (plus de circulation sur le Front du djihâd francilien au frais de la princesse), Sécurité sociale (pour les Français) Aide médicale d’Etat (AME, pour les étrangers) : on a des cas d’anciens Syriens5 revenant se faire soigner de leurs blessures de guerre une fois de retour en France. Plus de Carte Vitale non plus, évidemment.

| Q. Mais resteront les activités criminelles ?

Jacques Borde. Justement. Toute activité criminelle détournera une partie des moyens humains à la disposition des réseaux terroristes vers des actions où l’expertise de la police est très pointue. Qui plus est, cela obligera nos terroristes à se découvrir et, qui sait, se faire prendre.

L’idéal serait une forme d’excommunication majeure républicaine, interdisant à quiconque la moindre aide ou appui sous aucun prétexte à tous ceux accusés d’activités nazislamistes, y compris le simple de surfer sur la Toile, à des fins autres que professionnelles6.

Le terroriste, on l’a (notamment) vu à Molenbeek, agit comme le poisson dans l’eau dont parlait Mao Zedong. Ce qu’il faut faire c’est lui supprimer jusqu’à la plus petite goutte d’eau.

| Q. En prenons-nous la route ?

Jacques Borde. Non, pas vraiment. Certes, l’administration Hollande égrène des mesures, mais en dépit des propos souvent très fermes du Premier ministre Valls, il n’existe pas de mobilisation générale, à l’instant de la France libre du générale, de la Croisade des démocratie de Churchill ou la Grande guerre patriotique de Staline.

Au fond, tout le monde à un avis sur tout et dit n’importe quoi…

| Q. À ce point-là ?

Jacques Borde. Oui, à ce point-là ! Paris Vs Daech en 2016, c’est un peu comme si cohabitaient dans la même ville : De Gaulle, Daladier, et l’administration de Vichy avec notre bon vieux cloaque germanopratin jouant, quelque part, le rôle des Je Suis Partout7 alimentés non par les caisses du IIIe Reich, mais par l’or golfique.

Vous me direz sans doute que tout ceci n’a rien à voir avec un RETour d’EXpérience sur notre guerre contre le terrorisme. Et bien, justement si !

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Comment croyez-vous que les guerres se gagnent, ou, en l’espèce se perdent ? Justement de la manière dont nous conduisons cette-ci. En :

1- N’imposant pas un discours clair : alors que nous sommes dans une tension dialectique permanente avec Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech).

2- Ne désignant pas l’ennemi. Nommer celui que l’on combat est le début de toute guerre qui se respecte. Or qui combattons-nous au juste ? Des terroristes ? Un État constitué ? Des blédards et des djeunes (sic) radicalisés ? Honnêtement, qui peut trancher et répondre à cette seule question ?

| Q. Donc, à vous entendre, rien n’est tranché ?

Jacques Borde. Pas assez nettement, en tout cas. Je vais vous donner un exemple, disons sociétal :

Jesse Hughes, artiste phare des Eagles of Death Metal, le groupe de rock ciblé au Bataclan, vient de se faire jeter comme un malpropre de deux séries de concerts programmés en France8 ! Motif : des propos de Jesse Hughes à Takimag.com jugés inconvenants par les organisateurs de ces festivités :

Cf. « La crainte d’offenser les musulmans est la meilleure arme des terroristes… Nous préférons mourir que d’être considérés comme intolérants. Le politiquement correct tue !  (…) Les Français sont tellement préoccupés par le racisme qu’ils se laissent assassiner par les musulmans ! Le lendemain, au stade, les musulmans ont hué la minute de silence. La presse en a à peine parlé. J’ai vu des musulmans célébrer les attentats dans la rue alors qu’ils étaient en train de se produire. Je l’ai vu de mes propres yeux. En temps réel ! ».

| Q. Votre Hughes n’a pas la langue dans sa poche, en tout cas ?

Jacques Borde. Si vous voulez !

Bon, on peut trouver les propos de Hughes excessifs, dire de lui qu’il n’est pas forcément un grand spécialiste de ces question géostratégiques. Notez cependant, que nos analphabètes géopolitiques franciliens ne semblent pas avoir entendu parler de :

Primo, l’auteur9 de ISIS: Inside the Army of Terror, Michael Weiss10, qui estime que « la France a un très, très grave problème… avec ses djihâdistes qui infiltrent les personnels au sol… tout comme avec la profonde pénétration de la société européenne… [par] des terroristes enfants du pays… ».

Secundo, Robert Booker Bob Baer auteur à succès11 et ex-CIA case officer, qui, de son côté, a souligné la difficulté qui serait la nôtre de gérer une population musulmane « hostile à la base ».

Je ne dis pas que ces deux messieurs ont nécessairement raison sur tout. Mais, en tout cas, leurs propos prouvent, à l’envie, que ce que nous dit Jesse Hughes n’est pas si isolé ni aussi insignifiant que le croient quelques fumistes du monde du spectacle.

Et, pour finir : que Diable, ce type (dont je précise, je n’ai jamais écouté un seul morceau de musique) est tout de même un rescapé. Non seulement, il a vu la mort en face, mais, en plus, il revient pour chanter chez nous ! Désolé, n’en déplaise aux Khmers rouges-verts du Boboland francilien, nous sommes dans le même camp !

| Q. Et, c’est important ?

Jacques Borde. Plus que vous ne le pensez ! Alliés dans la lutte contre l’hitlérisme, vous aviez des hommes aussi différents que le colonel Rol-Tanguy (communiste), le capitaine de corvette Henri Louis Honoré d’Estienne d’Orves (monarchiste) et Pierre Clostermann (gaulliste), et bien d’autres.

Nos véritables alliés contre le nazislamisme ne se trouvent pas dans les palais d’or et de marbre du Golfe, mais au Levant et à l’Est. Pour l’instant…

| Q. Pour l’instant ?

Jacques Borde. Parce qu’il va y avoir une élection présidentielle aux États-Unis et que l’un des candidats est pour tendre la main aux Russes…

| Q. Vous pensez que Trump, parce que c’est de lui qu’il s’agit évidemment, peut gagner ?

Jacques Borde. À nos si vieux amis Américains de trancher ! Ce que je note c’est que les lignes commencent à bouger.

Mais, nous en reparlerons…

Notes

1 Mehdi Nemmouche,auteur de l’attentat antisémite du Musée juif de Belgique, le 24 mai 2014.

2 Par civile, nous entendons une arme non destinée aux marchés administratif ou militaire.

3 Ou Armée républicaine irlandaise : la Résistance à l’occupant britannique.

4 Destinataire final d’une commande (contrat) d’armements : indispensable à la conclusion dudit contrat.

5 Par là, Jacques Borde veut dire des combattants de Syrie, comme in parlait d’Afghans pour les moudjahiddin revenant d’Afghanistan.

6 Entendre organes de force, chercheurs, journalistes, etc.

7 Titre phare de la presse kollabo pendant l’Occupation.

8 Dont Rock en Seine.

9 Avec Hassan Hassan.

10 Entre autres : rédacteur en chef de The Interpreter. Collabore aussi à The Daily Beast, Radio Free Europe/Radio Liberty.

11 Auteur de : See No Evil: The True Story of a Ground Soldier in the CIA’s War on Terrorism, Crown Publishing Group, 2002, ISBN 0-609-60987-4 ; Sleeping With the Devil: How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, Crown Publishing Group, 2003, ISBN 1-4000-5021-9 ; Blow the House Down: A Novel, Crown Publishing Group, 2006, ISBN 1-4000-9835-1 ;The Devil We Know: Dealing with the New Iranian Superpower, Crown Publishing Group, 2008 ISBN 0-307-40864-7 ; The Company We Keep: A Husband-and-Wife True-Life Spy Story, Crown Publishing Group, 2011 ; The Perfect Kill: 21 Laws for Assassins, 2014

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