Immigration, Défense, Terrorisme : La France sans véritable feuille de route

| Guerre Vs Daech | Questions d’Emprise à Jacques Borde |

Petit point sur les questions de terrorisme. Reprise d’un Entretien accordé au site Emprise. Avec quelques mises à jour. Bonne lecture.

| Emprise. Bonjour Jacques Borde. Vous êtes de ceux qui considérez que l’Occident fait preuve de laxisme vis-à-vis des migrants, pourquoi au juste ?

Jacques Borde. S’il vous plaît ne parlez pas de migrants mais de clandestins, ou bien de délinquants : ces gens-là, sont majoritairement là où ils sont aujourd’hui en violation des lois des pays où ils débarquent rarement de (notre) gré et, la plupart du temps de (leur) force.

Quant à ceux qui se conforment aux règles en vigueur et n’agressent ni routiers ni policiers, ni jeunes femmes court vêtues, ni ne jettent de chrétiens d’Orient fuyant la peste nazislamisme par-dessus bord de leurs esquifs, ce sont des réfugiés. Migrants est une invention du propaganda staffel bruxellois pour éviter d’appeler un chat et, par cette manipulation, de mélanger des catégories qui n’ont que peu de points communs entre elles.

Sans parler de l’instrumentalisation de vos migrants (sic) par des États, reconnus ou non, de la région…

| Emprise. États reconnus ou non ! De qui parlez-vous ?

Jacques Borde. La Turquie de Reccep Tayyip Erdoğan, d’abord. Ensuite : Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (Daech)1.

| Emprise. Et, à vous suivre, il nous faut être sévère avec les migrants comme avec les terroristes ?

Jacques Borde. Les sujets ne sont pas les mêmes. Mais, oui, notre politique doit être celle de la fermeté et non celle du laxisme.

| Emprise. Cela ne risque-t-il par de nous aliéner quelques amitiés internationale ?

Jacques Borde. Possible. Mais lesquelles ?

En Europe, de plus en plus de pays revoient leurs politiques d’accueil et la gestion de leurs frontières (Autriche, Hongrie, et plus largement le Groupe de Visegrád2). De leur côté, Les États-Unis ne font guère d’efforts pour accueillir nos migrants (sic).
En Asie, l’Australie (et la Nouvelle-Zélande) mène une courageuse et exemplaire politique vis-à-vis des mouvements migratoires illégaux. Politique de bon sens que nous serions bien inspirés de suivre.

Quant à nos partenaires golfiques, si c’est à ces gens-là que vous faites allusion, moins nigauds que nous, ils ont la sagesse de ne pas ouvrir leurs bras à leurs, pourtant, coreligionnaires ! Et d’une manière générale, eux, n’hésitent que fort peu à renvoyer les gens chez eux. Manu militari, si besoin est.

| Emprise. Qui donc ?

Jacques Borde. Le Koweït, notamment, qui vient d’expulser 41.000 étrangers au cours des 16 derniers mois, essentiellement pour « séjour illégal ».

Question chiffres, selon Al-Anba, qui cite, sans la nommer, une source haut placée au sein des administrations concernées, 26.600 travailleurs étrangers, dont une majorité d’Asiatiques (sic)3, ont été expulsés courant 2015.

À noter que le rythme des expulsions s’est accéléré au cours des quatre premiers mois de 2016 avec le renvoi de 14.400 personnes vers leurs pays. Quant aux motifs, la plupart des expulsés n’étaient pas dotés d’un permis de séjour légal tandis que d’autres ont été renvoyés pour avoir commis des crimes, des délits, notamment, mais parfois pour de simples infractions au code de la route. Inimaginable dans notre Europe de Bisounours.
Vérité en-deçà du Chott el-Arab, erreur au-delà, en quelque sorte. Mais ailleurs aussi, hélas..

| Emprise. Et à quoi faites-vous allusion ?

Jacques Borde. À pas mal de choses, y compris en matière de lutte contre le terrorisme. À ce sujet citons, simple exemple parmi d’autres, l’indécent verdict du Tribunal correctionnel de Bruxelles visant Iliass Khayari qui a été condamné à cinq ans d’emprisonnement,dont la moitié avec sursis, pour participation aux « activités » (sic) d’une organisation terroriste. Pire, le parquet fédéral, en bonne logique avait requis son arrestation immédiate, mais le juge a estimé qu’elle ne se justifiait pas.

Iliass Khayari est donc libre comme l’air jusqu’à sa condamnation définitive, qui pourrait n’intervenir que dans plusieurs mois s’il décide de faire appel et s’il n’est pas en train de reprendre des forces du côté d’Alep ou de Tripoli.

Or, rappelons les faits : Iliass Khayari, âgé de 25 ans, a avoué la décapitation au cours d’une conversation téléphonique, dont Het Laatste Nieuws a pu se procurer l’enregistrement. « C’était un hérétique » affirme-t-il à son interlocuteur au sujet de la victime. « Nous lui avons coupé la tête ». Nous pas eux !

Bigre : avec les remises de peine, probablement une petite année de zonzon pour un crime sectaire empreint des marques du nazislamisme, pas cher payé ! Une décision qui va faire trembler de peur les commanditaires de cette abomination, que ce soit à Mossoul ou Raqqa…

| Emprise. Quid du plan de lutte contre la radicalisation présenté par Manuel Valls ?

Jacques Borde. À juger par les mesures mises en place : pas beaucoup d’intérêt ! Malgré ce qu’ils nous en dit, le Premier ministre français, Manuel Valls, ou plutôt l’administration Hollande généralement parlant, n’a visiblement pas compris qu’un radicalisé est un terroriste en puissance à retirer de la circulation après lui avoir fait avouer tout ce qu’il sait. Point final. Tâche qui serait à notre portée si nous nous faisions une partie du chemin avec les véritables ennemis de Daech sur le terrain sans, évidemment, être trop regardants sur les méthodes.
Bon, Valls nous aura, au moins, donné une petite idée de l’étendue de la menace, en déclarant que « Face à un phénomène d’ampleur, qui concerne aujourd’hui plus de 2.000 personnes identifiées dans les filières syro-irakiennes et près de 9.300 personnes signalées pour radicalisation ».

Bravo ! En quelques mois nous sommes passés à près de dix milles personnes clairement identifiées comme des ennemis déclarés de notre pays…

| Q: Quand vous parlez de « véritables ennemis de Daech », à même de nous épauler : à qui pensez-vous ?

Jacques Borde. De manière assez spontanée, je vous citerai les SR et l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)4. Après tout que fait Moscou avec Damas ? Les Russes aident bien militairement un régime dont ils disent eux-mèmes qu’il n’est pas, proprio motu, leur allié.

Là, je conçois que mes préférences ont de quoi choquer quelques-uns. Mais, sans donner de noms, il vous sera aisé d’identifier sur le pourtour méditerranéen quelques Moukhabarat5 assez compétents pour faire cracher le morceau au moins coopératif de nos déradicalisés issus de nos cités et zones de non-droit. Encore une fois, nous sommes en guerre que diable !

| Emprise. Et vous n’avez pas une petite idées des (usons du vocable Festival de Canne, c’est d’actualité) des… nominés à votre petit jeu du comment rendre les gens plus bavards ?

Jacques Borde. En terme de technicité et de Contre-espionnage, je peux vous en citer quelques-uns, bien sur :

– Alger avec le Département de surveillance & de sécurité (DSS).
– L’Égypte qui a du monde sous le coude avec le Gihaz al-Mukhabarat al-A’amah, l’Idarat al-Mukhabarat al-Harbyya wa al-Istitla et le Gihaz Mabahith Amn al-Dawla.
– Nos amis grecs avec leur Ethniki Ypiresia Pliroforion (Εθνική Υπηρεσία Πληροφοριών, ΕΥΠ)6.
– Les excellents jordaniens du Dairat al-Mukhabarat al-A’amah (General Intelligence Directorate, GID, en anglais). Très pros et ayant une vieille habitude de collaboration avec les SR occidentaux.
– N’oublions pas les Marocains qui ont plusieurs SR ad hoc : DGST, DGAI, DGED, etc.
– Et un peu plus loin, les imaginatifs Tchadiens avec leurs SIR, SRIT, DSTT.

Bon, je vous cite tous ces gens fort aimables et sympathiques de mémoire. Quelques noms ont dû changer. Mais tout cela pour dire que si nous nous décidions à prendre (enfin) le taureau de la lutte anti-insurrectionnelle par les cornes, ce ne sont pas les compétences qui manquent. Jusqu’au Sh’ubat al-Amn (Section de sécurité, qui est la branche SR du Hezbollah)7. Mais, là, ça ferait jaser dans les chancelleries. Dommage..

| Emprise. Pourquoi dommage ?

Jacques Borde. Parce que, d’une manière générale, la guerre de l’ombre ne se mène pas sans avoir des contacts aussi variés et étendus que possible. Sinon, on se fait enfumer de bout en bout, pardi.

Voyez ce qui se passe en Syrie : notre diplomatie avalise sans même les vérifier les informations les plus absurdes du moment qu’elles constituent des attaques contre ce que nous appelons le régime de Damas.

| Emprise. Vous pourriez nous donner un exemple ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr. Sans barguigner toute l’officialité franco-française a embrayé sur les accusations voulant que l’Hôpital Al-Qods, sis dans la partie d’Alep contrôlée par la Contra djihâdiste, avait été détruit sous les bombes de l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Souriya8, le 27 avril 2016. Or, le ministère russe de la Défense a ressorti des photographies satellitaires dudit hôpital. L’état des destruction en question, il suffit de regarder les images, remonte à, au moins, 7 mois.

Au mieux, il s’agit d’une grrrrrrrrrrrrrosse boulette. Au pire d’une odieuse manip.
Pour info : l’annonce du prétendu bombardement syrien viendrait de… Médecins sans frontières (MSF), l’ONG créée durant la guerre du Biafra et longtemps dirigée par Bernard Kouchner.

| Emprise. Et, selon vous, que faut-il en déduire ?

Jacques Borde. Que Nous avons perdu notre capacité d’analyse vis-à-vis de ce conflit dans lequel nous n’avions, à l’origine, aucune raison valable de prendre partie.

Alain Juillet, qui fut l’ancien patron du Renseignement à la DGSE9, nous rappelle combien le rôle de la  Syrie et de ses SR est incontournable au Levant. Voir l’épisode de nos quatre  journalistes, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, qui ont dû passer près d’une année aux mains des terroristes, avant d’être libérés en 2014.

« A l’époque des conflits en Irak et des quatre journalistes otages en Syrie », souligne Juillet à nos confrères de Russia Today, « nous avions de bonnes relations, non officielles, avec les services syriens. Ces relations nous ont toujours servi. Brutalement, on coupe les ponts. C’est une absurdité totale »10.

Mais, ajoute-t-il, la faute la plus grave commise par l’administration Hollande fut  de s’être laissé manipuler en aidant de prétendus rebelles, « alors qu’en réalité il s’agissait d’équipes d’Al-Qaïda poussées par des pays du Golfe »11. Actuellement, nous en sommes arrivés au point où nous ne commentons même plus les exactions de groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām12, préférant les passer diplomatiquement sous silence plutôt que d’admettre que nous faisons fausse route.

Notes

1.  Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
2.  Réunit la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, et la Slovaquie.
3.  Par Asiatiques, entendre soit des Asians : terme générique pour les Indiens, Pakistanais, Bangladais & Sri-Lankais ; soit bien souvent dans le Golfe Persique : des Philippins & Thaïlandais.
4.  Armée arabe syrienne.
5.  Terme générique pour désigner les Services de Renseignement arabes.
6.  En français Service national de Renseignements.
7.  Appelé Jihaz Al-Amn wa Al-Irtibat, selon d’autres sources.
8.  Force aérienne arabe syrienne.
9.  De 2002 à 2003, avant de mettre en place de l’Intelligence Économique au sein du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN). Alain Juillet occupera alors la fonction de Haut Responsable pour l’Intelligence Économique en France auprès du Premier Ministre jusqu’en 2009.
10.  https://francais.rt.com/france/20235-ancien-chef-renseignement-france-ignore-realite.
11.  https://francais.rt.com/france/20235-ancien-chef-renseignement-france-ignore-realite.
12.  Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.

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