La Conférence de Paris dans l’esprit de la nostalgie française au Levant

10 juin, 2016

Israël/Palestine | Géostratégie | CAPE | Freddy Eytan |

Comment l’atypique, pour ne pas dire ubuesque, Conférence de Paris sur la Palestine – qui réussit l’exploit de se tenir sans Israélien(s) & Palestinien(s) – est-elle perçue à Jérusalem ? Simple ? Il suffit de voir ce qu’en dit, par la plume de Freddy Eytan, le JCPA-CAPE1 de Jérusalem, centre de recherche israélien indépendant à but non lucratif, fondé à Jérusalem en 1976 par Daniel J. Elazar & présidé de 2000 à juin 2015 par l’Ambassadeur Dore Gold.

Depuis la Conférence de la Paix en 1919, la France est fière d’organiser à Paris des conférences internationales. La Ville Lumières a été naguère le lieu de rencontres mondiales et de négociations diplomatiques.

On se souvient du Centre de conférences internationales de l’avenue Kléber, qui avait hébergé plusieurs services du Quai d’Orsay et dont la grande salle avait accueilli les signataires des accords qui ont mis fin à la guerre du Viêt-Nam. Ce lieu chargé d’Histoire, qui fut sous l’Occupation l’un des quartiers du haut commandement allemand est redevenu un palace parisien, et son propriétaire est aujourd’hui une société qatarie…

En réunissant une nouvelle Conférence internationale, il semble que la France agit avec une certaine hypocrisie et dans un esprit moraliste.

Le double jeu est transparent et si flagrant puisque dès le départ, il s’agit d’une initiative palestinienne et la position des Arabes a été adoptée chaleureusement par la France. Sachant qu’Israël s’opposerait à cette initiative, et pour équilibrer soi-disant leur conduite, les diplomates français n’ont pas non plus convié les Palestiniens. Et puis, avec la nostalgie de patronner et de revenir au Levant, et puisque les intéressés ne sont pas là, les diplomates français, doivent penser : nous sommes assez expérimentés pour pouvoir décider pour eux, et leur dire ce qu’il est bon de faire… Si les Israéliens refusent toujours de nous écouter, eh bien, on décidera nous-mêmes, en leur absence, et ainsi, nous dicterons l’ordre du jour pour pouvoir sauvegarder avant tout nos propres intérêts….

Certes, le mot conférence veut dire une réunion où des personnes traitent d’un sujet en commun, mais nous constatons que pour les diplomates français, peu importe si les intéressés sont absents, il s’agit avant tout de donner une conférence, voire une bonne leçon à tous ceux qui, comme les Israéliens, ne veulent pas écouter leurs bons et sages conseils…

Rafraîchissons donc nos mémoires, et revenons aux faits historiques, et à cette position française décrite officiellement sur le site du Quai d’Orsay : Paris plaide de longue date en faveur de la création d’un État palestinien. Le 22 novembre 1974, la France a voté en faveur de la reconnaissance de l’OLP au sein de l’Onu en tant que membre observateur, réaffirmant les droits inaliénables du peuple palestinien. Rappelons, qu’auparavant, Yasser Arafat, en uniforme et un revolver accroché à sa grosse ceinture de cuir, apparaissait triomphant à l’Assemblée générale des Nations-unies.

François Mitterrand a été le premier président français à exprimer devant la Knesset, en 1982, l’objectif de création d’un État palestinien. En 2010, la France a rehaussé le statut de la Délégation générale de Palestine en France, devenue la Mission de Palestine, avec à sa tête un Ambassadeur. Elle a voté en faveur du statut d’État observateur non-membre de la Palestine aux Nations-unies en novembre 2012, et en faveur de l’érection du drapeau palestinien à l’Onu en septembre 2015.

Lors de la Conférence des donateurs réunie à Paris suite aux Accords d’Oslo, La France avait exprimé son ferme soutien politique et financier à Mahmoud Abbas et les donateurs lui ont transféré près de 7,7 milliards de dollars. Bien entendu, la question est de savoir ce qu’il a fait de cette fabuleuse somme et des autres budgets obtenus des riches pays arabes ?

Pour convaincre ses partenaires, la France déclare qu’elle est l’amie d’Israël et de la Palestine. Elle nous rappelle qu’elle partage avec Israël des liens historiques, culturels et humains forts. Qu’elle a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. Qu’elle condamne sans réserve les actes terroristes qui visent à saboter les espoirs de paix, mais en même temps elle « appelle Israël au plein respect du droit international humanitaire et à faire preuve d’un “usage proportionné de la force”, notamment lors de la guerre à Gaza de l’été 2014 ». On a oublié, comme de coutume, l’usage disproportionnée de la force des pays occidentaux au Kosovo, en Syrie, en Libye, au Viêt-Nam, ou en Afghanistan… et les raids antiterroristes dans l’Hexagone et ailleurs.

La France « condamne également la colonisation, illégale en droit international ». « L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967 ». Et elle se félicite que des mesures concrètes aient été prises au niveau européen face à « l’accélération de la colonisation ». Les lignes directrices de l’UE adoptées en juillet 2013 « excluent de tout financement européen depuis le 1er janvier 2014 les entités israéliennes actives dans les colonies. De nombreux États-membres, dont la France, ont publié des recommandations mettant en garde contre les risques financiers, juridiques et de réputation liés à la poursuite d’activités dans les colonies. L’Union européenne a également adopté, en novembre 2015, une notice interprétative sur l’étiquetage des produits des colonies, afin d’informer les consommateurs européens de la provenance des produits importés ».

La France considère donc que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un État palestinien « indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël ».

Paris considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux États, Israël et le futur État de Palestine. Et plaide en faveur d’une mobilisation urgente et renouvelée de la communauté internationale. La France apporte son soutien à l’Autorité palestinienne et à Mahmoud Abbas qui « défend le camp de la paix ». Nous suggérons à nos amis Français de lire et de relire les derniers discours belliqueux d’Abbas… et de s’interroger sur la gestion des affaires, et si vraiment tout est transparent et mené par des voies et des valeurs démocratiques.

La France contribue aussi activement au développement économique palestinien et à la consolidation des institutions du futur État palestinien. Elle consacre des sommes considérables (près de 400 M€ sur la période 2008-2014, et 40 M€ en 2015) à l’aide à la Palestine, dont environ un tiers en faveur de Gaza. La Palestine demeure le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française. Et enfin, la France encourage la réconciliation inter-palestinienne…
Nous suggérons ici aussi de relire et d’écouter les discours des dirigeants du Hamas qui ne reconnaissent pas l’existence même de l’État d’Israël, et de dire à nos amis français, réussissez d’abord dans la réconciliation des Frères ennemis, puis, et après avoir réussi, attelez-vous à la conférence internationale…

Pour conclure, il est intéressant, voire amusant, de voir comment le site officiel du Quai d’Orsay explique en TROIS minutes l’initiative française. Dans ce contexte, si la France réussit vraiment à convaincre en 180 secondes un conflit de cent ans, si compliqué et si complexe, eh bien, tous les Israéliens et avec eux le monde entier applaudiront, ébahis par les magiciens du Quai d’Orsay

Note

1. Centre des Affaires Publiques & de l’État.

© http://jcpa-lecape.org/conference-paris-nostalgie-france-israel-levant.

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