Syrie : Le jeu trouble de Poutine

24 juin, 2016

| Guerre Vs Daech | Tayyar.org | Nadim Freiha |

Comment est perçu Moscou et le président russe, Vladimir V. Poutine, par une partie des Libanais, suite à son engagement en Syrie ? L’analyse de Nadim Freiha en est un bon indicateur. Bonne lecture.

Depuis son arrivée au sommet du pouvoir, le nouveau Tsar de Russie a accompli des « miracles ». Après avoir récupéré un pays au bord de l’effondrement économique, industriel et sécuritaire, en plus d’être proie aux nombreux oligarques et au capitalisme sauvage, il gagna peu à peu l’ensemble de ses batailles rendant peu à peu son rôle à la Russie dans le concert des grandes nations…

Défaire les Tchétchènes et l’intégrisme islamique, écraser les oligarques qui étaient à deux doigts de contrôler les richesses et le destin moderne de la Russie, contrer l’offensive américaine sur ses frontières vitales avec la guerre en Géorgie et en Ukraine, arrêter net la tentative américaine de sortir la Russie de la Méditerranée et du Moyen-Orient à travers la bataille de Syrie, enterrer définitivement le projet américano-qatari de gazoduc alimentant l’Europe en gaz à bas prix pour concurrencer Gazprom et détruire l’économie Russe, ont été autant d’exploits gagnés par un seul homme, Vladimir Poutine. Chacune de ces batailles représente en elle-même un défi existentiel pour la Fédération Russe.

Pour autant, la bataille de Syrie, contrairement à toutes les autres batailles que Poutine engagea, est singulière. Sa vision rationnelle du conflit en appuyant dès le départ les changements en Syrie mais à travers le dialogue et non à travers la destruction de l’État syrien, son utilisation subtile et savamment dosée de la force des armes d’une part et de la force des négociations de l’autre ont forcé l’admiration de ses adversaires avant celle de ses alliés.

En réalité, l’objectif à long terme des Russes et des américains est commun : celui de contrer le géant Chinois qui est en phase de devenir la première puissance mondiale. Pour Vladimir Poutine, les prémices de ce partenariat doit démarrer au Moyen-Orient en général, et en Syrie en particulier. Et il est sur le point de gagner son pari.

D’un statut d’ennemi juré des États-Unis, il est en passe de vivre « l’entente cordiale » sur le terrain syrien avec des actions diplomatiques et militaires Russo-américaines concertées et qui évoluent sous un accord bien ficelé qui délimite les frontières du possible et de l’interdit. En ce sens il n’y a pas mieux que Donald Trump, le possible futur président des États-Unis, qui a capté ce message en déclarant son admiration pour l’homme fort de la Russie.

Les Russes, et avant eux l’Empire Soviétique, n’ont jamais été intéressés par l’intérêt des peuples arabes ou la cause proprement dite palestinienne. Staline avait soutenu puis voté haut la main la création de l’État d’Israélien au même moment où la Grande-Bretagne s’abstenait et les américains hésitaient. L’empire soviétique n’a jamais soutenu les états arabes d’une manière déterminante face aux israéliens. Tout au contraire Staline encouragea les juifs polonais à émigrer en Israël et les Tchèques à livrer des armes vitales à Tsahal sans quoi ils n’auraient jamais pu triompher faces aux armées arabes. Les Soviétiques s’étaient servis de ce conflit pour asseoir leur présence dans certains pays musulmans alors qu’autrement l’idéologie communiste était incompatible avec l’Islam.

La présence Russe en Syrie peut vite virer à l’enfer si les Américains venaient à armer les rebelles « syriens démocrates » en Stinger et en autres armes de pointe. Or tel n’est pas le cas. D’une part Russes et Américains œuvrent ensemble pour réduire et potentiellement éradiquer l’État islamique devenu hors de contrôle, et d’autre part la Russie contient et délimite le débordement Turque et celui de ses « acolytes rebelles » avec la bénédiction américaine. L’objectif commun étant de forcer le régime syrien et ses ennemis à rentrer en phase de négociations sérieuses une fois exsangues et épuisés par les combats.

Ceci est une vision à court et à moyen terme. Mais qu’est-ce que les Russes pourraient bien offrir aux américains et aux israéliens afin que ces derniers s’accommodent définitivement de leur présence militaire puis économique en Syrie ? Comment expliquer par ailleurs ce rapprochement entre Nétanyahu et Poutine ?

Si l’axe de la résistance formé entre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah, considère que les armes du Hezbollah – d’une ampleur stratégique dans la région – sont l’objectif final de la destruction de la Syrie alors l’ont peu considérer que la future promesse Russe lors de négociations à venir serait de garantir l’imperméabilité de la frontière Syro- libanaise aux armes en provenance de Syrie. Ce qu’Israël et les USA n’auront pas réussi à prendre par la force sera livré par les Russes à travers un accord global que peu d’acteurs pourront alors contester.

Dès lors, ces nouveaux Accords Sykes-Picot ouvriront une nouvelle ère de collaboration américano Russe qui démarrera à Tartous et se terminera aux frontières de la Chine

© Tayyar.org, http://rplfrance.org/index.php?content=eclairages/160620nadimfreiha1-ga.htm.

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