TARA TM-9: Un rival pour Glock, enfin ?

Milipol 2013/Monténégro  | Jacques Borde |

Milipol, c’est un peu comme une Foire au vin, il faut savoir traîner un peu partout pour tomber sur les bonnes affaires. Pourquoi comme une Foire au vin me direz-vous ? Parce que c’est strictement la même chose : la bouteille peut être avenante, l’étiquette mignonnette, le coffret esthétique, et le vigneron mucho sympatico, tant que vous n’avez pas tâté du produit…

Tara – ou plutôt Tara Aerospace & Defence Products A.D., issu de Tara Group, pour être exhaustif – m’a fait cette (excellente au demeurant) impression :

Objet(s) de bonne facture, commerciaux convaincants, fonctionnement (à sec, je rassure les inquiets) rassurant. Mais, nous étions dans un salon, pas de dégustation du cru, enfin pas de pas de tir pour aller jusqu’au bout de l’expérience. À quand un stand de tir pour tester les produits sur Milipol ?

Ah, oui ! De quoi parlons-nous ?

Tara Aerospace & Defence Products A.D., est une firme d’armements monténégrine qui présentait deux gammes :

  • le fusil d’assaut TM-4, un énième avatar du M16/M4, décliné en deux versions : de base et modèle court TM-4C.
  • le pistolet TM-9, qui s’apparente à un pistolet demi automatique de la génération du Glock, ou voulu comme tel.

A priori, l’expérience TM-9 semble réussie : la prise en main est bonne, le pointage est naturel et la détente semble prometteuse pour du multiple tap. A contrario du calamiteux Stryker qui ne donne même pas envie qu’on l’essaie pour-de-vrai !

Se séparant de la voie tracée par Glock, Tara a mis au point son propre système de détente baptisé DARE System, pour Double Action Rapid Engagement. Un nom qui cadre parfaitement avec un reset à 3 mm de course. Ce qui assure une Double action très, très, très courte et, par là, un 2ème départ aussi rapide. Ad libitum.

Comme on a rien sans rien, on comprendra que le TM-9 n’est mettre entre les mains de personnels non entraînés, voire – pire – de personnels incorrectement entrainés, comme on en rencontre parfois dans certaines administrations ! Mais, dixit Tara, son système DARE (le TM-9 est dépourvue de sureté manuelle ce qui, perso, ne me gêne pas le moins du monde) et aussi fiable que celui du Glock. En tripotant l’ustensile de toutes les manières possibles, rien de fâcheux ne s’est passé. Bon, évidemment, il ne nous pas été donné la possibilité de jeter l’engin sur les murs et/ou d’entamer un partie de football dans les travées (fait par l’auteur avec de PC miliaires durcis, il y a des années).

À noter que, s’ l’on parle solidité, Tara garantit une dure de vie de 50.000 coups pour ses pistolets. Ce qui devrait rassurer les plus sceptiques.

Tara a également choisi de faire l’impasse de la percussion (à vide) avant démontage de l’arme. On a également une clavette (type SiG) au lieu des deux mini-tétons de Glock (parfois agaçants). Le déverrouillage du chargeur est absolument ambidextre.

Pour faire simple : en main, on a une sensation équivalente à celle du Glock 17. L’arme monte parfaitement bien et le départ est des plus prometteurs avec une visée à trois points classique. L’arme est approvisionnée à 17 coups avec des chargeurs de facture classique (type SiG). Mais qui (et les armes étaient 100% neuves) n’ont pas l’air d’avoir été inventés pour vous infliger des coupures systématiques. Un bon point !

Un bon PA garanti à 50.000 coups ! Que demande le peuple ? Le prix, pardi ! Les commerciaux sur le stand nous ont assuré que la politique tarifaire serait particulièrement agressive (de l’ordre de – 40% par apport à… Glock, apparemment ?). Assertion qui a faire sourire nos chers amis de… Glock croisés sur le stand.

Pas forcément à tort ! Dans la mesure où une arme se juge sur le temps et son comportement entre les mains d’utilisateurs pas toujours soigneux. Les ingénieurs de Tara tiendront-ils la gageure d’un rival (enfin) de Glock à quasiment moitié prix de la star autrichienne ? Il est trop tôt pour le dire. Mais effectuons un petit saut dans le temps…

L’histoire de Tara Group remonte aux années 80 du Monténégro. Cette ancienne république de la République fédérale de Yougoslavie a abrité ce qui se faisait de mieux, dans la région, dans le domaine des armements du Bloc de l’Est. À égalité avec l’Allemagne de l’Est et la Tchécoslovaquie. Ce qui donne à Tara un profil et une expertise assez solides en matières d’équipements, y compris de pointe. Les années sombres qui ont frappé la Yougoslavie ont failli voir sa fin, mais à partir de juillet 2007, la privatisation partielle de Tara, sa recapitalisation et sa séparation en deux entités, Tara Precision Works A.D.et Tara Aerospace & Defence Products A.D., vont lui permettre de redémarrer.

Renseignements pris auprès de quelques sources, la tradition industrielle de cette partie du Monténégro fait qu’on sait y produire et assembler de la bonne mécanique solide et robuste telle qu’on a toujours su le faire en Yougoslavie. En se lançant dans la manufacture d’armements légers, la direction de Tara n’a pas fait un saut dans l’inconnu : fournir des force armées, dans le coin, on a toujours su.

Le TM-9 est-il l’annonciateur d’une famille d’armes qui sauront séduire – voire l’expérience de cet autre ex-Européen de l’Est CZ – et s’imposer ? Ou sera-t-il une énième étoile filante dans le firmament des armes de poing où beaucoup ont tenté d’emprunter la voie du Glock sans y parvenir à ce jour ?

Reste une dernière question de l’auteur de ces lignes : à quand quelques séances (comparatives ?) de la bête monténégrine ? Une arme non essayée, c’est, au mieux, une (mini) sculpture digne d’un élève de César. Comme disent certains économistes : « you cannot be half pregnant ? »1. On a quand même envie d’en savoir plus…

Notes

1Une femme ne peut pas être à moitié enceinte…

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