TSK Vs AKP: Vrai-faux putsch (raté) ou purge à vaste échelle ?* [1]

20 juillet, 2016

| Turquie | TSK[1] Vs AKP[2] | Eber Addad |

Continuons avec Eber Addad, toujours aussi rapide & incisif dans ses premières réflexions sur le vrai faux[3] (sic) putsch d’une TSK ayant ayant oublié tous les fondamentaux du golpisme, matière dans laquelle elle a quelques lumières, visiblement plus qu’éteintes ce week-end.
Le contenu regroupe TROIS  interventions distinctes d’Eber Addad sur Facebook, le titre, lui, est de la rédaction.

Il y a un peu plus de trois ans je sentais que la Turquie allait rentrer dans une zone de turbulences et je voulais visiter ce magnifique pays avant de ne plus pouvoir le faire. On a eu la chance d’avoir un très bon guide, historien de surcroît, qui nous a appris plein de choses sur l’Histoire de son pays qui le passionne.

L’Histoire se répète en Turquie. En 1826 le Sultan, Mahmoud II, voulait se débarrasser des Janissaires (ordre militaire très puissant, très respecté et très loyal au Sultan, composé d’esclaves d’origine chrétienne et constituant l’élite de l’infanterie de l’armée ottomane à l’apogée de l’Empire ottoman) parce qu’il voulait une armée plus moderne. Il les provoqua pour les inciter à la mutinerie et ils tombèrent dans le panneau. Quand les Janissaires marchèrent sur le Palais, il fit bombarder leurs baraquement par l’artillerie et en un après-midi il fit tuer entre 4.000 à 7.000 d’entre eux. Ceux qui survécurent furent exilés ou décapités et toutes leurs possessions confisquées. Cet événement s’appelle en turc Vaka-i Hayriye. C’est à peu près le même scénario qu’Erdoğan a utilisé Vendredi dernier.

Il n’est pas impossible, très probable même, que le « coup d’état » turc soit plutôt un « coup-monté » par Erdoğan et sa clique pour pouvoir mettre le pays entièrement sous sa coupe en finissant de décapiter l’armée, ce qu’il avait déjà commencé à faire grâce à l’aide de l’Union Européenne au début, et réunir tous les pouvoirs entre ses mains. Ça a l’air d’être un tel travail d’amateurs que ça ne semble pas digne de l’armée turque, une arme très professionnelle et trop bien organisée pour agir ainsi comme des débutants. Je suis presque sûr que c’est un false-flag avec la complicité d’Obama. Ça lui permet de faire d’une pierre deux coups, mettre l’armée au pas et discréditer son opposant plus islamiste encore que lui, Fethullah Gülen, très populaire en Turquie, en exil aux États-Unis, et qui lui porte de plus en plus ombrage.

Ce « coup-monté » maquillé en « coup-d’état » qui a eu lieu en Turquie a été d’une telle brièveté que ça ne pouvait qu’être au mieux qu’un mini-putsch et, ça apparaît de plus en plus, comme quelque chose d’orchestré par Erdoğan et sa clique. Le partisans islamistes d’Erdoğan en ont profité pour se livrer à leur sport favori, la décapitation des prisonniers putschistes. Je ne doute plus que ces putschistes dont certains se sont réfugiés en Grèce aient été manipulés pour permettre à Erdoğan de parachever sa mainmise totale sur la Turquie en supprimant ce qui restait de presse d’opposition et en muselant encore plus les partis qui lui sont opposés, sur sa gauche et sur sa droite. Les partisans de Fathallah Güllen vont se faire plus discrets et vont même tenter de se faire oublier.

La Turquie devient maintenant une vraie dictature. Erdoğan préfère cela à rentrer dans l’UE dans laquelle il n’aurait plus les coudées franches et comme il pense, peut-être pas à tort, que les jours de l’Union Européenne sont comptés et qu’il peut, malgré tout et en attendant, bénéficier des accords commerciaux qui suppriment les droits de douane sans avoir à payer un prix politique, c’est gagnant-gagnant pour lui. Enfin, je ne serais pas étonné que les avions US qui stationnent depuis peu dans la base d’Incirlik, dans le Sud de la Turquie, sous prétexte de bombarder DA’ECH, aient participé de près ou de loin à cette mascarade. Obama reste un des meilleurs amis d’Erdoğan.

C’est un putsch d’opérette. Je ne pense pas qu’un « quarteron de colonels » pour paraphraser De Gaulle aurait pris un risque pareil s’il n’avait pas reçu des (fausses) assurances. Du travail d’amateur comme on en a jamais vu sauf peut être en Afrique. Pas d’interruption de la télé et des radios, ni des réseaux sociaux, pas de mis aux arrêts du président, pas de général ou de responsable qui fait le moindre discours d’explication pour galvaniser des sympathisants…

A contrario c’est Erdoğan qui a accès aux ondes et qui tweete pour faire descendre les gens dans la rue. Pas d’encerclement du parlement ou de prise de possession du palais présidentiel….

Le faux « coup-d’état » de Turquie s’est passé brièvement vendredi ouvrant la voie au VRAI Coup-d’état qui se poursuit actuellement dans la « démocratie la plus transparente ». Égorgement des soldats putschistes, révocation de milliers de juges considérés comme peu favorable à la « démocratie erdoganesque », armement des civils pour protéger la démocratie et toutes les mesures permettant à la dictature, non seulement de s’implanter durablement mais, de se consolider. Il y a 100 ans la Turquie était « l’homme malade de l’Europe »… Mustafa Kemal Atatürk l’avait sortie de cette condition. Erdoğan l’y ramène peu à peu. Là, le « coup d’état » a servi de prétexte et de « voile pudique » à Erdoğan et sa clique pour prendre les pleins pouvoirs et contrôler tout le pays. Il y avait déjà autant de journalistes en prison qu’en activité, il y en aura désormais plus en prison et il n’y aura plus de presse d’opposition du tout parce que même un peu c’est trop.

Quant à l’armée il va la calquer sur le modèle des Gardiens de la Révolution iraniens[4] et en faire un instrument à sa disposition.

L’Union Européenne aura permis à un dictateur islamiste de s’implanter de façon solide en Turquie en ayant tout fait pour que l’armée seule garante de la laïcité rentre dans le rang. L’Europe n’arrête pas de se tromper au Moyen-Orient depuis plus d’un siècle, depuis les Accords Sykes-Picot qui régissent à ce jour là vie de cette région. Comme l’Europe est arrogante et que son passé colonialiste s’est transformé en « donneurs de leçons » au présent, elle aura une fois de plus brouillé les cartes dans cette région pour des décennies à venir.

Notes

[1] Türk Silahli Kuvvetleri (TSK, armée de terre turque).
[2] Adalet ve Kalkınma Partisi (AKP,Parti de la justice & du développement).
[3] Ou faux-vrai putsch, putsch dans le putsch, ou toute appellation à votre convenance.
[4]  Le Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi. En terme de technicité très forte probabilité. L’homme politique (l’intelligence en moins et le mysticisme égal) à qui l’on peut parfaitement compérer l’homme fort du Bosphore est l’Iranien Ahmadinéjad. NdlR.

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