En finir avec le Gun & (ici) le Glock Bashing

| Économie | Jacques Borde |

Les Armes, qu’elles soient civiles ou militaires, n’ont jamais eu bonne presse au pays de Minié[1] & de Delvigne[2]. Crier haro sur les armes & ceux qui les fabriquent. En ces mois d’été où l’espèce journalistique, quasi-analphabète de manière générale & ignare de ces choses en particulier, ne sait quoi faire de sa plume. Pente glissante par laquelle on aboutit à ce que l’on désigne sous le nom de marronnier. Un sujet bouche-trou que l’on traite avec l’habituel indigence. Cette fois-ci c’est le n°1 des armes de poing, l’autrichien Glock qui fait les frais de cet himalayen autisme journalistique…

Émission qui fera date. Et, où sur un ton badin mais franchement faux-cul, tout et, surtout, n’importe quoi, allait être dit en quelques minutes, sur un entreprise florissante qui fait vivre dans le monde plusieurs dizaines de milliers d’honnêtes gens…

En hors-d’œuvre, je vous livre, ce qu’en a écrit un internaute :

« Voilà un exemple de sujet de BFM-TV qui en dit long tout à fois sur la bisounoursite aggravée qui touche les journalistes et l’exemple parfait du type qui raconte n’importe quoi…
« Je n’ai pas compris ce qui était « glauque » ? Les très bons résultats de cette entreprise ? (une honte quand même !) Le fait qu’elle fabrique des armes (pabopabo) ? Qu’en plus elle en vende aux trop méchants militaires et policiers (pabopabopabo) ? Ou qu’elle en vende aussi à des particuliers ? (tropabo)
« Histoire d’être tout à fait putassier, une petite mention moraliste sur la vie privée du fondateur (quel rapport avec les résultats commerciaux ?)
« Avec ce grand moment d’aveu de totale incompétence sur le sujet : « …on peut tirer 17 coups sans recharger, vous voyez, par rapport aux pistolets classiques qui font 6 coups, c’est quand même essentiel… »
« Ah ouais, quand même… (^^^)
« Et la taupe-présentatrice, apparemment effondrée, catastrophée, dépitée qui répond à la vieille blague de tireur « In Glock we trust » sensée démontrer que les policiers américains sont des vraiment des trop trop méchants enfoirés de la mort qui tue : « Je ne sais pas comment réagir[3]... »
« Quelle nullité crasse… »

Revenons un peu sur ce moment rare de suffisance plumitive et d’ignorance audiovisuelle.

D’abord, ça démarre très fort. Effectivement, le binôme à la manœuvre n’est même pas foutu de prononcer proprement le nom de l’entreprise en question. Bonjour le professionnalisme et le travail en amont pour maîtriser son sujet !

Un peu comme si parlant d’automobile, on parlait de  »Fier-Harry » au lieu de Ferrari ou de  »Peuh-gué-hotte » à a la place de Peugeot. Cela me rappelle cette autre journaliste, à peu près aussi nunuche que notre duo, pérorant à propos de M. Henri Batasuna à propos du groupe nationaliste basque Herri Batasuna[4].

Le ton général du propos étant évidemment le dénigrement hautain, le mépris fielleux et la dérision mal placée.

Ce qui est un peu fort de café pour une des corporates les plus dynamiques et florissantes du secteur. Salauds de fabricant d’armes ! Non seulement, ils les fabriquent, mais en plus ils les vendent.

Y compris à des particuliers. Saletés de tireurs ! Apparemment, à BFM-TV le fait que le tir sportif soit un loisir reconnu[5] dans la plupart des pays civilisés et, chez nous, doté d’une Fédération sportive, la FFT, ne semble pas avoir atteint leur système neuronal.

Évidemment, le moustachu (en charge du sujet) tente d’étaler une science (sic) qui le dépasse visiblement et nous sort l’argument qui tue :

Cf. avec le Glock[6] « on peut tirer 17 coups sans recharger, vous voyez, par rapport aux pistolets classiques qui font 6 coups, c’est quand même essentiel... ».

Là, rions franchement un bon coup, car :

1- Oui, le Glock est bien une arme à grande capacité. Mais il n’est pas le seul et, surtout, n’a pas été le premier : à l’orée du grand conflit mondial dès 1935, le GP35 de la firme Herstall tenait déjà 13 coup en magasin.
2- Le Glock (les modèles 17, 17L, 18, 19, 34 & 26, si l’on se cale sur la munition 9×19 mm) accepte le chargeur de 33 coup, réservé aux administrations. Par ailleurs la marque en a un modèle à 19 coups. Pas franchement un secret d’État : l’info est au catalogue sans parler du site : http://eu.glock.com/english/index_magazines.htm, on y accède (je viens de le faire) en trois clics ! Tout ça à condition de lire les infos disponibles, évidemment…
3- La plupart des « pistolets classiques » font depuis belle lurette 15 coups de capacité. Le Walther P88, fabriqué à partir de 1988, notamment : un p’tit rien de 28 ans, mais bon ! Il existe même l’étonnant pistolet de survie (sic) PMR-30 de l’américain KelTech qui peut grailler de 20 à 30 coups (en .22 magnum) suivant les capacités autorisées dans les pays où il est commercialisé.
4- Pas de bol décidément pour les nullards de BFM-TV, avant l’essor des armes de grande capacité, la contenance lambda d’un pistolet d’ordonnance allait de 7 coups (armes de la famille du .45 ou 11,43 mm) à généralement 8/9 coups (8 coups pour le P38/P1 allemand et 9 coups pour le MAC 50 français) pour tout ce qui se chambrait en 9×19 mm. À noter que c’était déjà le cas pour le mythique P08/P08/14 Luger ou la Rolls des pistolets : le SIG P210[7]. Même le MAS35S (chambré en 7,65 long) qui équipa l’armée française lors de la 2ème Guerre mondiale acceptait 8 coups en magasin. On parlera aussi des remarquables MAB P-8 (8 coups) et MAB PA-15/MAB P 15 F1 (15 coups) pour le tir sportif.

En fait, contrairement, à ce qu’affirme très stupidement (si, si, j’insiste) Béhèfème-tévé, il existe assez peu de pistolets à six coups de capacité[8]. Même le vénérable Beretta model 1934 (du 9 mm court ou .380) tenait 7 coups en magasin[9]. Et l’excellent Beretta 951 Brigadier, 9 coups, comme tout le monde si je puis m’exprimer ainsi. Parmi les pistolets (à diffusion moyenne) à 7 coups on trouve le Tokagypt égyptien. Mais l’excellent FÉG M48[10] dont il dérive est un bon vieux 8 coups. En fait, le seul six coups automatique de grande diffusion, mais en 9 court (.380), est le mythique Walther PPK, passé à la postérité grâce à James Bond.

Ad libitum.

Le gag dans cette affaire, c’est que la seule et dernière innovation en matière de pistolet six coups chambré en 9×19 mmm nous vient de… Glock. La firme commercialise depuis peu son ultra compact à simple colonne : le Glock 43. Excellent produit une fois encore.

Vous l’avez compris, ce à quoi nos zozos de Béhèfème-tévé font, le plus probablement, allusion lorsqu’ils parlent, eux, de « pistolets classiques qui font 6 coups », sont en fait les… revolvers, des armes à barillet cylindrique et rotatif. Mais, là, nous parlons de tout autre chose.

Autre gag, mais de taille, le journaliste qui, décidément, a vachetment potassé son sujet de nous sortir que le  »Glauque » (si, si), comme il le nomme est « composé en matériau composite » !

Rappelons donc que le Glock n’est fait que partiellement de composite. 30% pas plus si ma mémoire est bonne : culasse, canon etc., étant en bon vieil acier. Béhèfème-tévé, toujours aussi à la pointe des niouzes, ne fait que reprendre à son compte une légende urbaine aussi éculée que fausse. Et remontant, ad minimo, à une quinzaine d’années. Super l’actu chez Béhèfème-tévé !

Le succès que rencontre Glock avec ses modèles ultra-compacts : Béhèfème-tévé se garde bien d’en donner une des raisons essentielles qui plomberait sa doxa boboïstanaise sur le sexe dit faible : ce sont les femmes qui s’arment assez largement depuis quelques années et qu,i visées par ces nouveaux produits, en font l’acquisition.

Quant aux armes de « petite taille » de la firme, Glock 42, 43, 26, etc., elles sont largement destinés aux professionnels pour un port dissimulé et ne visent pas uniquement les particuliers, loin de là. Le Glock 43 étant en train de devenir l’arme de back-up de prédilection des personnels en armes (administrations et privés), la plupart des États américains autorisant le port d’une seconde armes pour lesdits personnels.

Notes

[1] Claude Étienne Minié, inventeur du fusil Minié & de la munition du même non. Se firent connaître lors de la Guerre de Crimée & de la Guerre de Sécession.
[2] Henri-Gustave Delvigne, militaire et inventeur français. Delvigne a révolutionné la technologie du fusil et donné son nom à une arme la carabine Delvigne.
[3] La fermer, qui sait…
[4] Fondée en 1978, suite à la coalition d’Acción Nacionalista Vasca (ANV), d’Euskal Sozialista Biltzarrea (ESB, Assemblée socialiste basque), d’Herri Alderdi Sozialista Iraultzailea (HASI, Parti socialiste révolutionnaire populaire ) et Langile Abertzaleen Iraultzarako Alderdia (LAIA, Parti révolutionnaire des travailleurs patriotes).
[5] Et, fort heureusement, l’un des plus encadré.
[6] Se prononce comme  »coq » mais avec  »gl » à la place du  »c ».
[7] Qui  dérive des brevets du Pistolet Automatique Modèle 1935A français rachetés par SIG en 1937.
[8] Généralement des armes compactes destinées au port dissimulé. Pas grand chose à voir avec notre sujet…
[9] Je précise, au cas où les nullos de BFM-TV me liraient que je parle là du chargeur et non de l’échoppe (armurerie) où s’acquièrent les armes pour les détenteurs sportifs ou autre…
[10] Version magyar du Tokarev TT 33 soviétique.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail