Qalamoune : & Une fois encore une pointure d’An-Nusrah passe au travers des mailles du filet !

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Alep toujours en proie aux combat & sa partie contrôlée par les terroristes (en partie) dégagée par une nouvelle vague de Contras pro-occidentaux violant la trêve imposée par ces mêmes Occidentaux ! Quid du Liban voisin où, étrange indolence (sic) US aidant, les terroristes takfirî ont bien de la chance pour échapper ainsi à la traque de leurs ennemis…

| Q. Brièvement, où en sommes-nous des combats autour d’Alep ?

Jacques Borde. Visiblement, Damas reprend progressivement la main. Au Sud-Ouest d’Alep, l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)[1] et ses alliés (le Hezbollah principalement avec le Bataillon Rezwan) ont repris le dessus. La progression à Al-Kaziya, Al-Karajat et Al-Baladiya est nette. Les forces régulières ont, aussi, repris le contrôle des lotissements 1070 dans le sud-ouest de la ville.

Côté takfirî, on déplore la perte de milliers de combattants[2] et, notamment celle du chef terroriste, Youssef Zoua.

L’armée syrienne vient donc de restaurer sa ligne de défense dans le Sud-Ouest d’Alep. Mais grâce à qui ? Des centaines de combattants du Hezbollah irakien ont été appelés à la rescousse au plus fort de l’offensive takfirî.

| Q. Des Irakiens, dites-vous ?

Jacques Borde. Oui, selon des sources iraniennes, quelques 3.000 combattants du Bataillon Al-Nojaba (Les Dignes) et du Hezbollah irakien seraient partis ces derniers jours à Alep en renfort des forces déjà sur place.

| Q. Mais, face à DA’ECH il n’y a pas une offensive de la part de la coalition ?

Jacques Borde. (Sourire) La seule offensive que mènent sérieusement Washington et ses alliés est médiatique. Le reste – le militaire, si vous préférez – c’est de la cosmétique et seulement ça.

Par ailleurs, les Américains refusent toujours obstinément de mettre sur le même plan l’ensemble des organisations terroristes. Notamment Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām[3]. Et, ça, c’est un problème.

| Q. Est-ce si sûr que vous nous le dites ?

Jacques Borde. Oui, hélas. Nouvel indice de leur indolence à l’endroit d’An-Nusrah, qui reste la branche d’Al-Qaïda en Syrie (Al-Qaïda que les États-Unis tiennent pourtant pour responsable du 11 Septembre), les États-Unis ont matériellement empêché l’Al-Jayš al-Lubnani[4] d’abattre son chef militaire dans le Qalamoune syrien[5], Abou Malek al-Talli.

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Selon As-Safir[6], citant des « sources arabes bien informées », les SR militaires libanais étaient parvenus à loger Talli, dans le jurd d’Aarsale, au nord-est du Liban, aux confins avec la Syrie.

Mais lorsque le commandement de l’armée libanaise a demandé aux Américains leur feu vert pour utiliser l’un des appareils mis à disposition par les États-Unis pour le liquider, il s’est vu opposé une fin de non recevoir.

| Q. Comment est-ce possible ?

Jacques Borde. En échange des trois AC-208 Combat Caravan (fournis au Liban à partir de 2009-2010)7 armés par paires de missiles air/sol AGM-114 Hellfire, les Américains avaient imposé (il s’agit d’un don et non d’une vente formelle) une condition aux Libanais : obtenir leur accord préalable avant de mener toute frappe.

Et, là, à la surprise des Libanais, le bureau de contact US installé au ministère de la Défense libanais à Yarzeh a refusé de donner son feu vert à l’attaque contre le dirigeant de Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām Abou Malek al-Talli – ceci « sans fournir aucune explication ou justification », a indiqué As-Safir, citant plusieurs sources concordantes.

En un mot comme en cent, l’administration Obama se comporte, une fois encore, comme si son choix était bien de sauver la peau d’un chef terroriste d’envergure internationale. Étrange pour une administration guère avare de l’usage de ses propres drones armés. Et qui ne sait que trop combien le facteur temps compte dans ce genre d’opération.

| Q. Et les Libanais ne pouvaient pas agir seuls ?

Jacques Borde. Et avec quels moyens ? Le Liban, en matière de puissance aérienne est le pays de la région le plus mal loti. Jugez-en :

1- 20 et quelques hélicoptères Bell UH-1H Huey et Huey II (ex-US Army), mais pour la plupart impropres à des missions d’attaque.
2- le statut des 11 antiques hélicoptères d’attaque Gazelle jadis fournis par la France est plus qu’incertain.
3- le seul appareil de combat en dotation au sein de l’Al Quwwat al-Jawwiya al-Lubnania[8] est le Hawker Hunter. Soit trois – dont un biplace – donné pour encore en état de vol. Cette noble et élégante machine est un vieille dame. Comprenez, là, que son heure de gloire remonte à l’Affaire du Canal de Suez en… 1956, et lors de la Guerre d’indépendance du Yémen du Sud, soit au milieu des années 1960. Au Levant, la Jordanie et l’Irak l’utilisèrent pendant les Guerre des Six jours (1967) et du Kippour (1973). Pour la petite histoire, les Hunter chiliens tinrent leur rôle lors du coup d’État militaire d’Augusto Pinochet Ugarte en… 1973.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que des appareils anciens comme le Hunter sont très vulnérables dans des phases d’attaques au sol[9]. À meilleure preuve, un L-39ZO/L-39C libyen s’est écrasé lors d’une mission au dessus de Syrte. Si les autorités locales n’ont pas commenté l’affaire, Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[10], a, de son côté, revendiqué la paternité de cette destruction au travers d’un communiqué de son agence AMAQ.
4- le projet d’acquisition de 6 hélicoptères lourds d’attaque Mil Mi-35[11] auprès de la Russie ne s’est pas matérialisé.

| Q. Donc pas assez de moyens pour agir ?

Jacques Borde. Pas assez de temps surtout. Tout le problème de ce genre d’opération est le temps ! Comme l’ont bien compris les Israéliens, c’est la Boucle OODA[12] qui est la clé du succès dans ce genre d’affaire. Plus elle est courte, plus on a de chance de taper la cible.

Évidemment, vous l’avez bien compris : un terroriste de la trempe d’Abou Malek al-Talli reste rarement longtemps au même endroit. Il se déplace fréquemment et vite. En refusant ainsi d’épauler les Libanais en les privant de l’aide précieuse de leurs AC-208 Combat Caravan, l’ami américain (sic) savait parfaitement ce qu’il faisait. Eux-mêmes ont connu beaucoup de ratés dans ce type d’opérations pour des Boucles OODA trop longues. Or, une solution de frappe antiterroriste ne s’improvise pas au dernier moment. Surtout dans un pays aussi pauvre en moyens de frappes aéroportées que le Liban.

| Q. Certaines sources parlent de drones et non pas d’avions d’armes ?

Jacques Borde. Oui, j’ai lu ça. À ma modeste connaissance, les seuls drones dont disposent nos amis libanais sont des RQ-11 Raven. Donc des drones non armés.
Par ailleurs, à ce que j’en sais les AC-208 Combat Caravan sont des appareils pilotés et non dronisés. Mais, bien sûr, je peux me tromper.

Notes

[1] Armée arabe syrienne.
[2] Morts et blessés confondus.
[3] Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
[4] Armée libanaise.
[5] Frontalier avec le Liban.
[6] Quotidien libanais, fondé en 1974. son nom signifie l’ambassadeur.
[7] Le 3ème, livrable en 2015, ne serait pas encore en dotation opérationnelle.
[8] Forces aériennes libanaises.
[9] Et, pour ainsi dire, leur armement est aussi ancien que leur cellule.
[10] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
[11] Version export du Mil Mi-24 Hind D.
[12] Pour Observation-orientation-décision-action. Appelé aussi Cycle de Boyd.

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