Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Du Bataclan à Calais : Quelle forme de combat pour libérer nos territoires ? [1]

8 septembre, 2016

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Les fronts mobiles du djihâd takfirî se multipliant par métastases & copycat : Comment (& avec qui) combattre & éradiquer les 5èmes colonnes nazislamistes désormais présentes en nombre sur notre sol ? 1ère Partie.

« Ni oubli, ni pardon, ni reconnaissance diplomatique, ni négociations. Destruction du pseudo-État islamique. Totale. Partout. Maintenant ».
Une amie sur la Toile, à propos de DA’ECH.

| Q. Que pensez-vous de l’affirmation d’Éric Zemmour qui fait mention d’une offre israélienne pour reprendre le contrôle de nos banlieues ?

Jacques Borde. Intéressant. Mais, en fait, l’affaire pourrait être plus compliquée qu’elle n’y paraît. Je m’explique. Effectivement, Éric Zemmour affirme dans son dernier livre Un quinquennat pour rien, que Tsahal pourrait venir en aide à l’armée française pour reconquérir, le moment venu, ses territoires perdus en France.

Cf. « L’état-major de l’armée sait qu’un jour viendra où il devra reconquérir ces terres devenues étrangères sur notre propre sol. Le plan est déjà dans les cartons, il a pour nom Opération Ronces. Il a été mis au point avec l’aide des spécialistes de l’armée israélienne qui ont transmis à leurs collègues français leur expérience de Gaza. La comparaison vaut tous les discours ».

« C’est quelqu’un de très proche de l’état-major qui me l’a assuré. C’est la Bataille d’Alger qui recommencera. Je n’ai pas donné le nom de l’Opération Ronces en vain. Le plan est prêt », a réitéré, le 7 septembre 2016, Éric Zemmour sur RTL.

Ça, c’est brut de fonderie, ce que nous dit Zemmour. Qu’en déduire ?

| Q. Parce que cette théorie vous semble crédible ?

Jacques Borde. Pourquoi pas ? Mais cette affirmation renferme plusieurs choses :

1- C’est le rôle de nos armées de se préparer à tout type de conflit : haute, moyenne et basse intensité. Nous avons même des structures ad hoc qui sont en charge de ce type de réflexions : le Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF) notamment. CDEF qui fut dirigé par le général de division (CR) Vincent Desportes[1].
2- Étudier une reprise en main musclée de nos nombreuses zones de non-droit est, à ce titre, un cas d’école à ne pas négliger. C’est ne pas le faire qui serait une faute.
3- Les études les plus sérieuses le montrent – Le Combat urbain, Analyse & perspectives, et Combattre dans les villes, Évolution & permanence, de Jean-Louis Promé notamment, pour les plus accessibles – les guerres du futur seront, évolution de la démographie oblige, des guerres urbaines et péri-urbaines. Par la force des choses, nos banlieues entrent dans ces deux catégories.

| Q. Mais que viennent faire les Israéliens là dedans ?

Jacques Borde. Quitte à prendre des avis extérieurs, autant s’adresser à des gens qui s’y connaissent. Il y a aussi l’expertise russe : Trois batailles de suite à Grozny, ça vous donne une forme d’expérience, non ? Mais l’expertise israélienne est l’une des meilleures qui soit. Les deux guerres de Gaza ont montré la forte réactivité des Sayerot[2] israéliens en milieu urbanisé. Surtout dans l’art de minimiser les pertes. Et là nous ne parlons pas d’exercice.

| Q. Et la guerre de 2005, pas vraiment un succès ?

Jacques Borde. Oui. Mais, justement, si la Guerre des 34 jours contre le Hezbollah a été une expérience très dure pour les troupes de Jérusalem, les Israéliens en ont tiré un RetEx[3] non négligeable. Et, pour nous, au moins aussi important que les victoires précédemment enregistrées par Tsahal. On apprend de tout. Y compris de ses échecs (échec qui, en 2005, n’était pas complet).

| Q. Mais c’est plus du maintien de l’ordre qui attend nos troupes ?

Jacques Borde. Seulement ? Qu’en savez-vous ?

Mais même là, le Mishmar Ha’Gvul (MA’GAV)[4]a une expertise unique sécurisant (entre autres) les postes-frontières, les lieux de culte face à une opposition qui peut passer, en une minute du jet de pierre, au couteau et aux armes d’épaule. Voire au RPG.

| Q. Nous n’en sommes pas là ?

Jacques Borde. Si, justement. Du Bataclan à Calais, nous avons deux environnements hostiles ou, dans le premier, nous avons des AK-47, AKM et, dans l’autre, des « centaines de migrants armés de barres de fer ». Et dans la jungle de Calais, il y a déjà eu des règlements de compte à l’arme de poing ! À quand la bascule ?

| Q. Et que peuvent nous apprendre les Israéliens ?

Jacques Borde. Plusieurs choses en fait.

1- D’abord, à mieux comprendre les fiascos et insuffisances de nos groupes d’intervention. Reconnaissons que (pour ne pas remonter plus loin dans le temps) de Toulouse[5] au Bataclan et à l’Hyper-Casher, nous n’avons pas été au mieux de la forme souhaitée.
2- Réduire notre Boucle OODA[6] et frapper au plus vite. La mobilité est le propre de groupes armés insurrectionnels. Et en termes de réactivité, les Israéliens sont les n°1.
3- La maîtrise et l’usage des munitions en plastique qui, selon moi, devrait remplacer toutes les munitions (et armes non-létales qui vont avec), encombrantes et, au bout du compte, peu efficaces…

| Q. Mais, ôtez-moi d’un doute, ces munitions tuent bien ?

Jacques Borde. Oui, à très courte et courte distance. Et après ? Vous ne croyez pas sérieusement que la récupération de nos zones de non droit se fera sans victimes. Une guerre sans morts ça n’existe pas.

| Q. Mais pourquoi ces munitions en plastique ?

Jacques Borde. Pour deux raisons :

Primo, parce qu’à longue distance elles perdent de leur pouvoir vulnérant. Donc causent, malgré tout, moins de morts.

Secundo, elles peuvent être utilisées dans des armes classiques : les armes de poing (SIG P2022, Glock 23, 17, 18 et 19) et les armes d’épaule (HK UMP, HK G36 HK416, Beretta M12S, etc.).

| Q. Mais, la jungle de Calais, est-elle vraiment une zone de guerre ?

Jacques Borde. Oui, à plus d’un égard.

Primo, ces migrants se comportent de plus en plus comme des groupes insurrectionnels. Et, ça n’est pas moi qui le dit mais :

1- Le directeur général de la Road Haulage Association (RHA) britannique, Richard Burnett, qui décrit une situation apocalyptique : « Nous voyons des migrants, en plein jour, mettant le feu à des arbres au milieu de la route, en utilisant les flammes comme protection lorsqu’ils jettent leurs projectiles – pierres, briques, même des bombes à essence – aux conducteurs innocents. Des conducteurs qui essaient juste de faire leur travail ».
2- Beaucoup plus inquiétant, le directeur d’Europol, Rob M. Wainwright, qui, en date du 26 août 2016, à averti que des combattants takfirî quittent la Syrie pour s’infiltrer en Europe en se faisant passer pour des demandeurs d’asile munis de faux passeports syriens.

Les responsables de ces situation sont donc des auteurs d’actes de guerre de basse intensité doivent être traités comme tels.

Secundo, l’arrivée de djihâdistes sur notre sol ne se fait pas au hasard ou de manière improvisée : ces migrants sont infiltrés par des groupes armés takfirî : Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[7], Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām[8], etc. Là encore, ils doivent être traités comme tels.

Tertio, juridiquement, tous les États européens, dont le nôtre, sont légitimement fondés à se défendre contre ce phénomène. Car, comme le rappelle Me. Philippe Chansay-Wilmotte « Affirmer qu’il serait impossible de contrôler les frontières parce que les « migrants » veulent les franchir à tout prix, c’est, au minimum minimorum, de la niaiserie. Tout État est fondé à refouler par les armes quiconque prétend violer ses frontières, y compris sous couvert d’asile (non-demandé à ce stade), et la circonstance que les envahisseurs seraient désarmés n’y change rien. Ce qui est déterminant, c’est le refus de rester en-dehors ».

Dura lex, sed Lex !

Notes

[1] Ex-patron du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ancien directeur de l’École de guerre (ex-Collège interarmées de Défense), Professeur associé à Sciences P.o Paris, diplômé de l’United States Army War College (équivalent US du Centre des hautes études militaires de l’armée de Terre).
[2] Pluriel de Sayeret. Les Sayerot sont les forces spéciales de Tsahal.
[3] Retour d’Expérience.
[4] La police des frontières.
[5] L’Affaire Merah.
[6] Pour Observation-orientation-décision-action. Appelé aussi Cycle de Boyd.
[7] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
[8] Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.

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