Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Du Bataclan à Calais : Quelle forme de combat pour libérer nos territoires ? [2]

12 septembre, 2016

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Djihâd takfirî : les fronts mobiles, (au féminin ou au masculin) se multipliant par métastases & copycat : Comment (& avec qui) combattre & éradiquer les 5èmes colonnes nazislamistes désormais présentes en nombre sur notre sol ? 2ème Partie.

| Q. Que reprochez-vous à la nouvelle trêve en Syrie, puisque vous m’avez dit être contre ?

Jacques Borde. Ce que je reprochais, déjà, aux précédentes. Elle ne sert que les factions takfirî. Je ne crois pas aux promesses de rupture de l’administration Obama avec les groupes radicaux, c’est de l’enfumage. Point barre.

Ensuite, beaucoup plus grave : en interdisant de facto aux appareils de l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Souriya[1] de survoler une partie de leur propre territoire, la diplomatie russe vient de valider motu proprio ce qu’elle avait toujours condamné au-dessus de l’Irak au temps du blocus génocidaire imposé à ce pays : la mise en place d’une No Fly Zone (NFZ). NFZ qui, autre curiosité, ne concernera pas la… Türk Hava Kuvvetleri (THK)[2] que personne n’osera chasser du ciel syrien[3] ! Étrange, non ?

| Q. bon passé cette entrée en matière : comment expliquer tout ce tohu-bohu autour de ce qu’a dit Zemmour ?

Jacques Borde. C’est du buzz. Techniquement parlant, Éric Zemmour ne fait que dresser un constat. Oui, il est vrai que « depuis les émeutes de Trappes qui ont suivi le contrôle d’identité d’une femme en burqa, les policiers ont pour ordre de ne plus appliquer cette loi », qui « vise à verbaliser le port du voile intégral dans les lieux publics ».

Pour le reste, je suis beaucoup plus pessimiste que ne l’est Zemmour…

| Q. À quel moment ?

Jacques Borde. Lorsque Zemmour pense que « c’est la bataille d’Alger qui recommencera ».

Je pense que nous serons un cran ou deux au-dessus.

Pour l’instant encore en deçà de Beyrouth, Mog[4] ou Grozny. Mais pour combien de temps encore ? Voyez comment les choses ont d’abord démarré en Slovénie, lors de la Guerre d’indépendance[5]. La suite, au plan régional, on la connaît.

| Q. Donc, pour vous, Hollande a tort, dans son analyse ?

Jacques Borde. Oui. Mais c’est surtout dans ses choix géostratégiques qu’il se trompe. Comme se trompait un certain Laurent Fabius qui, alors chef de la diplomatie français, estimait que le Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām[6] faisait du « bon travail »…

| Q. Et ça n’est pas un peu lassant cette persistance dans l’erreur ?

Jacques Borde. L’erreur et la manipulation, en fait. Oui et non.

Oui, parce ce tout se répète sans cesse. Prenez la Syrie : associés aux Américains les Russes (qui n’ont rien compris au grand jeu étasunien, depuis l‘Affaire des missiles de Cuba) alignent trêve sur trêve, alors qu’ils sont les seuls, avec leurs alliés, à y perdre quelque-chose. Comme celle qui va entrer en vigueur ce 12 septembre 2016 !

Non, parce que le temps de la guerre (comme le temps judiciaire) est un temps, parfois, long.

C’est bien pour ça aussi que l’expertise israélienne dont je vous parlais précédemment est d’une importance fondamentale dans notre guerre contre Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) & co !

| Q. Quel rapport ?

Jacques Borde. Parce que les Israéliens ont compris (et, par dessus tout, réussi) à mener des guerres courtes.

Même en 2005 (la Guerre de 34 Jours face au Hezb[7], pour ceux qui auraient des trous de mémoire), ils ont compris qu’il fallait mieux mettre un terme aux hostilités. Les guerres longues épuisent un pays et sa réserve.

Savoir terminer, même moins bien qu’initialement prévu, un conflit est plus important que de le commencer. En sachant s’arrêter à temps dans une affaire mal engagée dès sa planification, les Israéliens ont sauvé leur mise principale : leurs hommes sur le front et à l’arrière.

Et, en cela, nous commettons une grave erreur en choisissant de ne pas frapper avec une férocité implacable tous ceux qui se dressent devant nous ad usum da’echi. Et en optant pour une guerre d’usure qui est la plus cher désir de DA’ECH et d’Al-Qaïda.

| Q. Donc, vous maintenez qu’il faut s’inspirer de ce que font les Israéliens ?

Jacques Borde. Oui, plus que jamais. C’est, d’ailleurs, ce que pense l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic qui suggère aux Français d’« adopter des réflexes à l’israélienne »[8], estimant que les endroits à protéger en priorité sont ceux « où il y a des enfants ». Et sans « sombrer dans la psychose » les Français doivent maintenant « vivre différemment, et adopter des réflexes à l’israélienne »[9]. Car, « On ne peut pas mettre des policiers et des militaires partout, donc il faut prendre des mesures particulières, faire des exercices, savoir se protéger, fuir, étudier les itinéraires pour évacuer les enfants dans les écoles, en mettre un maximum à l’abri, faire des salles sécurisées avec des portes blindées, ce genre de choses »[10]. Or, « L’année va être épouvantable jusqu’à l’élection présidentielle. La tentation va être grande pour l’organisation terroriste état islamique de s’en prendre au pays. On est dans une guerre en temps de paix »[11], ce alors que la classe politique française de n’a « pas voulu voir venir »[12] par aveuglement ou calcul cette situation.

Il sera intéressant, le moment venu, que des collègues de Marc Trévidic se penchent, judiciairement parlant sur la réalité et la nature de tels calculs.

Et en attendant, nous payons, chaque jour qui passe, notre choix de ne pas voir la vraie nature du Kulturkampf et de la guerre de basse intensité que nous livre le nazislamisme takfirî.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Très précisément ceci : ce que nous voyons (ou faisons mine de voir) comme des incivilités, des incidents isolés, des manifestations cultuelles ou tout ce que vous voudrez, sont des actes de guerre qui doivent être traités comme tels. Et la liste est longue :

Agressée à Gennevilliers parce qu’elle portait une jupe ;
Agressée à Reims parce qu’elle bronzait dans un parc en maillot de bain ;
Agressée en Charente-Maritime parce qu’elle bronzait seins nus ;
Agressées à Toulon parce quelles faisaient du roller en short[13] avec leur famille.

Le refus de nos administrations successives à lutter contre la propagande et communautarisme takfirî est l’une des causes majeures de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ce faisant, on a renforcé la détermination des ennemis de la République et des… femmes. Or, en 2016 en France, on ne peut que constater que les droits des femmes ne cessent de régresser au fur et à mesure que la doxa takfirî, elle, progresse. Or, ce droit des femmes est, n’en doutons pas, l’un des axes du Kulturkampf qui nous oppose à la barbarie.

Pour combattre cet ennemi multiforme et mobile, il faut arrêter de nous regarder le nombril et frappe vite et fort. Le temps long de cette guerre d’usure joue contre nous. Il faut le raccourcir à tout prix. À n’importe quel prix, en fait !

Notes

[1] Force aérienne arabe syrienne.
[2] Armée de l’air turque.
[3] Les choses étant faites de manière à ce que les appareils syriens, eux, n’auront pas le droit de s’aventurer dans la partie de ciel syrien où les appareils turcs mèneront l’essentiel de leurs sortie.
[4] Mogadiscio.
[5] Ou Slovenska Osamosvojitvena Vojna, aussi appelée Desetdnevna Vojna (Guerre des Dix Jours). Opposa la République fédérative socialiste de Yougoslavie à la République de Slovénie en 1991.
[6] Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
[7] Le Hezbollah du Sayyed Hassan Nasrallâh et Cheikh Na’ïm Qâssem.
[8] Marianne (4 septembre 2016).
[9] Marianne (4 septembre 2016).
[10] Marianne (4 septembre 2016).
[11] Marianne (4 septembre 2016).
[12] Marianne (4 septembre 2016).
[13] Ou pas ce qui, in fine, serait un cran supplémentaire dans la chariaisation de l’espace juridique de la République.

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