Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Du Bataclan à Calais : Quelle forme de combat pour libérer nos territoires ? [3]

16 septembre, 2016

| Guerre Vs DAECH | Questions à Jacques Borde |

Djihâd takfirî : Comment & qui combattre au-delà des 5èmes colonnes nazislamistes présentes sur notre sol ? Comme en 1940, notre guerre pour libérer la France du terrorisme intérieur qui la gangrène a face à elle ses kollabos sans foi ni loi ! 3ème Partie.

| Q. Et, bien sûr, dans tout ce que vous nous dites, vous ne minorez pas l’impact des frappes de la coalition contre le terrorisme ?

Jacques Borde. J’aimerai bien. Deux choses à noter sur ce point :

Primo, même la pourtant très pro-occidentale (pro-britannique, en fait) OSDH sait parfaitement à qui attribuer les vraies pertes subies par les terroristes takfirî : à Damas et à ses alliés.

Revenant sur la Bataille d’Alep, n’a-t-elle pas déclaré que « Plus de 1.000 combattants armés appartenant aux différentes factions armées ont été tués, depuis le 31 juillet 2016 , dont des dizaines de chefs militaires, par des tirs de l’armée syrienne, dans la bataille baptisée  »Briser le siège d’Alep » et lancée sur les fronts sud et sud-ouest d’Alep ».

Secundo, le Pr. Bauer, sans être contredit par qui que ce soit sur le plateau, a clairement affirmé sur le plateau de C-dans-l’air que les pertes supposément infligées à l’ennemi par les États-Unis, dans le cadre de l’Ost par eux réuni, dépassaient de loin les effectifs totaux à disposition d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[1] sur l’ensemble des territoires de l’État islamique.

Ce qui, ramené à la triste réalité, pose deux problèmes bien précis :

1- Comment diable a-t-on fait pour éliminer plus de terroristes takfirî qu’il n’y en a réellement à supprimer ?
2- Contre qui peuvent bien combattre l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)[2] , la Liwāʾ Suqūr aṣ-Saḥrāʾ[3] , le Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī (PSNS)[4] et le Hezbollah réunis si leurs adversaires ont tous été éliminés par les héroïques pilotes de l’Ost occidentalis ?

En un mot comme en cent : les chiffres du Pentagone – quid du reste de l‘a-coaltion ?, au fait – sont totalement bidonnés !

| Q. C’est un peu ridicule tout de même ?

Jacques Borde. C’est surtout très humain et un grand classique de l’histoire militaire !

Le mauvais général – tel que répondant à la pensée du grand Sun Zu (et aussi, parfois, quelques-uns des plus excellents) – a souvent tendance à s’attribuer plus de lauriers qu’il n’en mérite. Je vous sens sceptique : alors deux petits exemples, si vous le voulez bien :

Primo, Caius Julius Caesar, auteur de quelques ouvrages[5] qui ont fait date :

Le plus célèbre d’entre tous, son De Bello Gallico, Commentaires sur la Guerre des Gaules, relatant ses campagne en Gaule.
De Bello Ciuile, Commentaires sur la Guerre civile, relatant sa lutte avec Pompée.
De Bello Alexandrino, Sur la Guerre d’Alexandrie.
De Bello Africo, sur la Guerre d’Afrique.
De Bello Hispaniensis, sur la Guerre d’Hispanie, relatant la campagne de César dans la péninsule Ibérique.

Le grand César, disais-je a, dans ses ouvrages, fait la part belle à certains de ses adversaires, de manière à justifier l’emprise qui fut la sienne sur des troupes sur lesquelles Pompée contestait l’autorité césarienne. À savoir, cependant que César fut aussi (pour une partie de ses commandements) Pontifex maximus, ce qui lui conférait une auctoritas au-delà du seul champ militaire. Là, évidemment, ce ne sont point, vous l’aurez compris, les talents du général qui étaient en cause.

Secundo, lors de la 2ème Guerre mondiale, la RAF[6] finit par s’agacer que les seuls mitrailleurs des boxes[7] de B-17 Fliying Fortress américaines revendiquaient, à eux-seuls, plus de chasseurs allemands abattus que n’en possédait la Luftwaffe.

À cela, trois raisons essentielles :

1- Le besoin (étasunien) de remonter le moral des troupes et de la nation, qui finançait (ne l’oublions pas) l’effort de guerre.
2- L’absence de modes d’enregistrement des tirs effectués : pas de ciné-mitrailleuses notamment.
3- Le fait que plusieurs mitrailleurs à la fois tiraient sur un même appareil ennemi et en revendiquaient, séparément, la destruction.

Résultat : l’Art et la pratique de la guerre resteront toujours des exercices difficiles.

| Q. Dans ce cas, sommes-nous plus efficaces & sérieux que les autres Occidentaux ?

Jacques Borde. Nous Français ? Oui et non, comme toujours. C’est la problématique du verre à moitié plein ou à moitié vide !

Au Mali contre le terrorisme takfirî, oui. Mais comme nous y sommes seuls : il n’y a personne à qui nous comparer…

En Irak et en Syrie, comment expliquer l’étonnante résilience de groupes comme Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) et Jabhat an-Nusrah li-Ahl ash-Chām[8] , sans envisager notre propre inefficacité à les réduire sur un temps long qui dépasse celui de la guerre de 1914-18 et celle de 1939-45, séparément bien sûr ?

Quant au sérieux – ou son corollaire, le manque de sérieux – que nous affichons face aux menaces, quelque part, c’est nécessairement celui de ceux qui nous dirigent qui est en cause.

| Q. Vous pensez à qui ?

Jacques Borde. Oh, à un peu tout le monde, en fait. Mais, simple exemple : le camp occidental brandit, à propos de la Syrie, des arguments qui ne tiennent pas la route et, quelque part, contribuent eux aussi au prolongement inutile de cette guerre. Une guerre étant toujours une tension dialectique entre ceux qui se la font, directement ou indirectement. Et au-delà des combats, les contacts continuent. Mais à quoi bon s’ils sont menés en dépit du bon sens ?

Un exemple parmi d’autres : le président français, François Hollande, parlant de cette Syrie qui « vit depuis 5 ans une tragédie épouvantable avec plus de 300.000 morts, 5 millions de réfugiés, 9 millions de déplacés », nous a affirmé que « selon un rapport de l’ONU », « des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Damas contre sa propre population, après 2013, alors même qu’en 2013, il y a déjà eu violation et utilisation des armes chimiques ».

Sauf que c’est faux ! Eh oui, le rapport de l’ONU dit, expressément, que « …Les enquêteurs de la mission ont conclu que des hélicoptères militaires syriens ont répandu du gaz de chlore sur deux localités de la province d’Idlib (nord-ouest), à Talmenes le 21 avril 2014 et à Sarmin le 16 mars 2015. ISIS a de son côté utilisé du gaz moutarde à Marea, dans la province d’Alep, dans le nord du pays, le 21 août 2015. Le rapport préconise un complément d’enquête pour trois autres attaques menées dans les provinces de Hama et de Idlib (nord-ouest) ».

Curieusement, Paris fait l’impasse sur les attaques chimiques imputées à DA’ECH.

Balle au centre, diront certains, avec cynisme. Eh, bien même pas. Car comme l’a confirmé Jacques-Marie Bourget, « Est-ce se montrer odieux que se montrer précis : le chlore, qui a des usages industriels, n’est pas répertorié comme arme chimique en tant que tel »[9] .

Convenons-en : la guerre est l’une activités les plus sales du monde et qu’une guerre efficace se mène rarement en dentelles. Mais comment la diplomatie française – écartée du grand jeu tant par Washington, Moscou et, désormais Ankara – espère-t-elle jouer encore le rôle qui était le sien au Levant en commettant de telles bourdes et approximations ?

Notes

[1] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
[2] Armée arabe syrienne.
[3] Ou Brigade des Faucons du désert en français,  forme de réserve territoriale en quelque sorte ou pour faire simple, une sorte de Bassidj syrien, mais relevant de l’AAS, l’armée régulière syrienne.
[4] Parti social national syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien (PPS), ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste.
[5] Les trois derniers n’ont peut être pas été écrit par  César, mais par un de ses lieutenants. Jacques Borde viens de les relire récemment. Captivants, à l’entendre.
[6] Cela exaspérait aussi Pierre Clostermann, le héros des FFL.
[7] Formation de combat qu’adoptaient les escadrilles de bombardiers.
[8] Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
[9] http://prochetmoyen-orient.ch/une-marseillaise-a-pleurer/.

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