Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Du Bataclan à Calais : Quelle forme de combat pour libérer nos territoires ? [4]

| Guerre Vs DAECH | Questions à Jacques Borde |

Djihâd takfirî : les fronts mobiles, (au féminin ou au masculin) se multipliant par métastases & copycat : Comment (& avec qui) combattre & éradiquer les 5èmes colonnes nazislamistes désormais présentes en nombre sur notre sol ? 4ème Partie.

| Q. Face aux menaces, pensez-vous notre appareil pénal encore adapté ?

Jacques Borde. Je ne suis pas juriste, même si j’en connais de talent, évidemment. Ce que je crois c’est que nous sommes trop étriqués dans un habit judiciaire démodé et usé jusqu’à la corde.

Apparemment en Russie, on a commencé à réfléchir sérieusement au problème. Et on a abaissé la responsabilité pénale à… 14 ans, si je ne me trompe pas.

| Q. Pas un peu dur, tout de même ?

Jacques Borde. Pas à ce qu’en disent certaines voix autorisées pour qui, je cite : « la responsabilité pénale doit être pleine et entière sans aucune considération de l’âge. Et que les circonstances doivent permettre une juste application de la sanction. Les modalités d’arrestations et de détention revues et créées spécialement ».

Là, je crois que nous pourrons commencer à travailler (dans l’antiterrorisme) un peu plus à l’aise…

| Q. Pourquoi cet accent mis, désormais, sur les combats de basse & moyenne intensité de type urbain et périurbain, comme vous les appelez ?

Jacques Borde. Parce que, nous vivons dans un monde où 75% de la population est désormais urbanisée. Et que les villes sont de plus en plus grandes. Une ville comme Grozny, objet de deux batailles successives, atteignait 277.414 âmes en 2013. Ce qui, somme toute, en fait une agglomération de taille moyenne comme nous en connaissons beaucoup en France.

Imaginez donc une Bataille de Grozny qui passerait de Lille municipalité (231.491) à la communauté urbaine de Lille (1.175.828) dans son entier. Ce qui n’aurait rien d’inenvisageable vue la configuration du terrain, ces frontières-passoires avec des enclaves takfirî outre-Quiévrain et ce terreau démographique aussi propice que le nôtre à la présence d’agents dormants de ce même terrorisme takfirî. Au bout d’un moment, tout finit par se payer…

| Q. Et avec quelles conséquence, selon vous ?

Jacques Borde. Très clairement, là, la nécessité d’annihilation terminale (pléonasme, mais bon) de l’ennemi – fiché, radicalisé un peu, beaucoup ou pas du tout – ne sera pas une figure de rhétorique présidentielle, mais un objectif militaire à atteindre. Or, à payer des cours… d’escrime à des détenus d’unité de dé-radicalisation, ce qui se ferait à la prison d’Osny : pas prêts d’être sortis des ronces nous sommes, pour plagier un maître jedaï de petite taille et verdâtre !

| Q. Vous n’avez pas l’impression de lancer le bouchon un peu loin ?

Jacques Borde. Non. À meilleure preuve, à savoir que l’agglomération (fictive) de Jeoffrécourt, sise dans l’enceinte de la base militaire de Sissonne[1], est devenue le CENZUB-94e RI qui permet à 10.000 soldats par an, tant français qu’étrangers, d’être formée à la guerre urbaine. Ça n’est donc pas votre serviteur qui pédale dans sa petite tête.

| Q. Comme se fait-il, alors, que l’ennemi a si souvent une longueur d’avance ?

Jacques Borde. Pour trois raisons essentielles :

Primo, l’absence totale (de notre part) de techniques proactives et préventives, comme vient encore de le répéter, un brin désabusé semble-t-il, le professeur de Criminologie appliquée Alain Bauer sur un plateau de C-dans-l’air. Dès lors, il semble logique que l’ennemi takfirî garde l’avantage.

Secundo, l’attaquant frappant le premier, nous restons en position défensive.

Tertio, l’expérience de l’ennemi en matière de combat est ancienne. Le premier grand clash moderne à prendre en compte étant Mogadiscio…

| Q. Mogadiscio : vous voulez dire en 1993 ?

Jacques Borde. Oui, la 1ère Bataille de Mogadiscio[2], les 3 et 4 octobre 1993, en Somalie, entre la Task Force Ranger du major-général William F. Garrison, en charge du Joint Special Operations Command (JSOC)[3], et des milices de chefs de guerre somaliens, lors d’une tentative d’arrêter des proches du warlord le plus recherché, Mohamed Farrah Aidid.
Partant en fait de l’engagement renforcé US en Somalie, Opération Gothic Serpent/Task Force Ranger, Garrison déploie sa Task Force sur la ville. Soit :

le Squadon C du 1st Special Forces Operational Detachment-Delta (1st SFOD-D)[4];
la Compagnie B du 3e Bataillon du 75th Ranger Regiment ;
le 1st Bataillon du 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne)[5] avec 16 hélicoptères ;
des Pararescuemen & Combat Controllers du 24th Special Tactics Squadron de l‘US Air Force ;
une équipe de cinq SEALs du Naval Special Warfare Development Group (DEVGRU) de l’US Navy[6].

Les 3 et 4 octobre 1993, la Task force, partie pour une mission de courte durée, sera accrochée et tenue en échec jusqu’à l’arrivée de secours, enregistrant des pertes substantielles – 18 soldats tués et 84 blessés – ce en dépit de l’exemplaire tenue au feu de ses hommes.

Cette affaire qui entraînera – sur décision (controversée) du président de l’époque : un certain William J. Clinton – le retrait précipité de Garrison et de ses hommes, traumatisera profondément les Américains. Deux événements médiatiques en feront un moment incontournable de l’histoire des conflits armés :

1- la publication du livre Black Hawk Down: A Story of Modern War de Mark Bowden en 1999
2- son adaptation au cinéma par Ridley Scott en 2001[7], le film-culte[8] Black Hawk Down.

Cette bataille sera aussi le modus operandi qui inspirera le plus directement les groupes terroristes (ou autres) dans leur vision du combat asymétrique. Notamment, par l’usage que l’on peut faire de simples RPG, arme antichar portative à l’origine, pour abattre des voilures tournantes à basse altitude.

Notes

[1] Jadis garnison du 94e Régiment d’infanterie (RI).
[2] Appelée, côté US, The Battle of the Black Sea (Bataille de la mer Noire, du nom d’un quartier de Mogadiscio d’où elle es partie) ; Maalintii Rangers (Le jour des Rangers) côté somalien. A également été désignée par les militaires 1ère bataille de Mogadiscio pour la distinguer de celle de 2006, qui opposa les troupes gouvernementales et éthiopiennes aux forces islamistes.
[3] Subordonné à l’United States Special Operations Command (USSOCOM) le JOSC est chargé de diriger et de coordonner les unités des forces spéciales US. A été impliqué à : Urgent Fury (1983), Just Cause (1989), Desert Storm (1990), Gothic Serpent (1993), Uphold Democracy (1994), Enduring Freedom (depuis 2001) & Iraqi Freedom (depuis 2003)2
[4] Plus connu sous son nom de Delta Force.
[5] Ou 160th SOAR, Night Stalkers.
[6] Ou SEAL Team Six.
[7] Diffusé en France sous le titre La Chute du faucon noir.
[8] Notamment pour les Néo-cons US.

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