Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Qui combat qui, au juste ? [2]

3 octobre, 2016

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Qui combat qui & dans quel but ? & qui, quelles que soient les circonstances, ne combat Jamais le terrorisme ? Du Kulturkampf à la Guerre d’attrition : les dessous d’une guerre qui refuse toujours de dire son nom ? 2ème Partie.

| Q. Comme vous y faisiez allusion, que pensez-vous des propos de François Hollande, quant au fait que les musulmans seraient les principales victimes du terrorisme ?

Jacques Borde. C’est un des ces raccourcis simplistes dont l’administration Hollande a le secret, et qui, désolé, ne veut pas dire grand-chose !

« Avant de nous atteindre, ils (les terroristes) s’en sont pris à leur propre religion. Partout les musulmans ont été les victimes de ces islamistes. Il en va de même en France où parmi les morts que l’on dénombre, les blessés que l’on relève, on voit que les musulmans payent également leur tribut à la terreur », nous a asséné le président de la République.

Ce qui, statistiquement, n’est pas faux, mais relève du sophisme pur & dur.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Parce qu’en cet Orient compliqué qui nous préoccupe, s’en prendre aux communautés non sunni et non wahhabî (j’en parlais déjà en… 2001[1]) est bien la réalité ! Qu’il s’agisse de chî’îtes, chrétiens, etc., aujourd’hui et hier, du fait de groupes, ô hasard déjà financés de Riyad comme le Sipah-e Sahaba Pakistan (SSP)[2]qui a, tout de même, fini sur la liste officielle des organisations terroristes du Royaume-Uni et des États-Unis.

Sans parler de nos frères et sœurs arméniens (qui viennent de fêter leur indépendance) tombés sous les coups des génocidaires d’État de la Sublime porte et/ou de ses successeurs.

Oui, aujourd’hui, Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[3] livre une guerre implacable, en Syrie et au Liban notamment aux alaouites, aux halévis, aux chî’îtes et aux chrétiens. Et cette guerre aux accents génocidaire revient à une épuration ethnique de ces groupes. Mais si cela choque tant que cela le locataire de l’Élysée, que ne rejoint-il le vrai combat contre le terrorisme takfirî qui est celui des Syriens, des Russes et des Libanais ?

Et si, lors d’attentats de masse de ce côté-ci de la Méditerranée, des musulmans tombent aussi en victimes du terrorisme intérieur, cela ne retire en rien au fait que :

1- sur le territoire national : les cibles juives et chrétiennes (tant que catholiques romaines que chrétiennes orthodoxes et/ou d’Orient, ne faisons pas l’autruche) sont visées de manière prioritaire et systématique.
2- à ce jour aucune mosquée ou école coranique n’a été visée par Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH). Ce qui, à bien y réfléchir, pose beaucoup de questions quant à ce que beaucoup d’entre elles sont déjà et au rôle qu’elles ont à jouer dans la stratégie du terrorisme takfirî.
3- les musulmans tombent donc au même titre que les autres régnicoles (non musulmans) et non visés comme tels.
4- au-delà ce qui ressemble plus à des dommages collatéraux sur leur communauté d’origine (comme les Sikhs ou les Hindous, en quelque sorte) de la part des terroristes intérieurs takfirî, seuls des musulmans se prononçant ouvertement contre DA’ECH sont la cible de menaces spécifiques.
5- en outre, et le point est important, ces musulmanes sont, eux-mêmes visés comme apostats. Donc hors-Islam. Dialectiquement, peut-on donc les considérer comme des musulmans dans le discours takfirî ?

| Q. Donc pour vous les musulmans ne sont pas particulièrement menacés ?

Jacques Borde. Ici, plus que les autres ? Non. En France, c’est le pays tout entier qui est visé.

Et, si en termes de menaces, il fallait préciser une catégorie à risques, parlons plutôt des femmes.

| Q. De quelle manière selon vous ?

Jacques Borde. Lors d’attaques de plus en plus fréquentes, tout simplement. Quant au discours validant et poussant à de telles actes, cet exemple lourd de sens : répondant aux questions de la chaîne REN TV, l’imam (salafiste) de la mosquée de Cologne, Sami Abu-Yusuf, revenant sur les viols et agressions sexuelles subies par trop de femmes durant la nuit du Nouvel An, a affirmé, sans se faire arrêter dans la foulée, que « les événements du nouvel An sont de la faute des filles, parce qu’elles étaient à moitié nues et qu’elles étaient parfumées. Ce n’est pas surprenant que les hommes aient voulu les attaquer. [Habillées ainsi] c’est comme mettre de l’huile sur le feu ».

Les femmes dans notre Vieille Europe ont-elles si peu de valeur aux yeux de certains – et certaines, voir le comportement de beaucoup de nos féministes (sic) – pour s’en désintéresser à ce point ?

| Q. Que penser des agressions visant les personnels pénitentiaires ?

Jacques Borde. Oh, une chose toute simple : conformément au road book rédigé par DA’ECH à l’intention de ses partisans et activistes, les prisons de France et de Navarre sont un des fronts du djihâd. C’est aussi bête que ça !

Quant à savoir pourquoi, nous en sommes arrivés là : comme le criminologue Alain Bauer n’a de cesse de le répéter : nous sommes trop réactifs et pas du tout proactifs ou préventifs. Un seul exemple : les premiers téléphone portables sont arrivés – en toute illégalité, est-il important de le préciser – à peine quelques semaines après leur mise sur le marché.

Écoutez aussi ce que vient de nous dire Xavier Raufer, lors des Estivales du FN

| Q. Sinon, puisque nous y sommes, selon vous la droite s’en sort-elle mieux que la gauche dans le combat contre le terrorisme ?

Jacques Borde. C’est un peu bonnet blanc, blanc bonnet. À part, renverser la table en Libye, et signer le calamiteux Traité du Touquet, qu’a fait la droite (dite) de gouvernement ?

| Q. Constat un peu sévère, non ?

Jacques Borde. (Sourire) Alors, lisez plutôt ce qu’en disent les Anglo-Saxons !

Au Royaume-Uni, un commission parlementaire a carrément  rendu un rapport remettant en cause l’intervention militaire britannique en Libye comme « fondée sur des postulats erronés » venant de… Paris.

« Les actions du Royaume-Uni en Libye se sont inscrites dans le cadre d’une intervention mal conçue, dont les résultats se font encore ressentir aujourd’hui », a indiqué  le président du Foreign Affairs Select Committee[4], Crispin J. R. Blunt. « La politique britannique en Libye avant et depuis l’intervention de mars 2011 a été basée sur des suppositions erronées et une compréhension incomplète du pays et de la situation ».

Selon le rapport, Britanniques et Français ont été aveuglés quant à la part non négligeable des nazislamistes takfirî dans les rangs de la rébellion (sic).

Et, sur ce point, Blunt a expliqué à la BBC que les Britanniques avaient suivi aveuglement les Français : « Nous avons été entraîné par l’enthousiasme français à intervenir ». Mais toujours pour Blunt, « d’après les indices que nous avons rassemblés, la menace envers les civils de Benghazi a été largement exagérée ».

| Q. Est-ce vraiment important aujourd’hui ?

Jacques Borde. Là encore, tout dépend à qui vous parlez. En France, on a tendance à tourner aisément ce genre de page. Les Anglo-Saxons n’ont pas notre approche dématérialisée du droit, dirai-je.

Et, à partir de là, les avis ne peuvent que diverger.

Voir, par exemple, celui de Donald J. Trump à propos de Nicolas Sarkozy : « Je vais être très clair : je n’apprécie guère l’ancien président de la République de France. Je n’éprouve pas de compassion pour cet homme qui se pose aujourd’hui en victime. Si la France a aujourd’hui un problème avec sa classe politique elle a résolument un problème avec la place qu’occupe la prison dans son arsenal punitif. il doit être condamné pour aider les terroristes à s’installer en Lydie et pour avoir déstabilisé le monde ».

| Q. C’est anecdotique, tout de même…

Jacques Borde. C’est ce que nous verrons à l’issue des présidentielles US. Plus longtemps à attendre en plus. Après, il y a des procédures et des une machinerie judiciaire à mettre en branle. Un peu compliqué, sans doute. Mais pas impossible.

Et, je vous rappelle que Washington a déjà quelques scalps accrochés à la hampe de son drapeau…

| Q. Et, à titre personnel, cela vous choquerait ?

Jacques Borde. Non, pas plus qu’autre chose. Si bien sûr, cela est fait dans les règles. Et puis, ne sommes-nous pas amis de la Grande république du Nouveau Monde ? Alors pourquoi irions-nous lui refuser une requête en bonne et due forme ? Mais nous n’en sommes pas là. Et puis, qui sait, l’administration Trump pourrait se tourner vers la CPI[5].

Elle est là pour ça, non ?

Notes

[1] In Pourquoi l’Amérique, 11 septembre, Éd. Avatar, 2001.
[2] Cherche à imposer un régime islamiste radical, s’est toujours attaqués aux musulmans chî’îtes, ahmadis et barelvis. Et aux chrétiens…
[3] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
[4] La Commission des Affaires étrangères du Parlement britannique.
[5] Cour pénale internationale.

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