Kulturkampf & Guerre d’attrition ! Qui combat qui, au juste ? [3]

5 octobre, 2016

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Qui combat qui & dans quel but ? & qui, quelles que soient les circonstances, ne combat jamais ou si peu ? Où lorsque le petit jeu des Européens pèse de peu face au grand jeu de Washington & de Moscou ? 3ème Partie.

| Q. Pourquoi le torchon brûle-t-il entre Russes et Américains ?

Jacques Borde. Pour plusieurs raisons en fait.

Primo, Pour une raison bêtement pratique, l’ambassadeur de Russie à l’ONU, Vitali Tchourkine, vient de prendre, le 3 octobre 2016, le poste du président du Conseil de sécurité, ce qui lui donne une forme de préséance. Pas énorme, mais abondance de biens ne nuit pas. Surtout compte tenu de l’agressivité permanente des représentants britannique, français et US à son égard.

Secundo, Il y a un peu le feu au lac, il faut, à tout prix juguler l’offensive que prépare Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām[1] sur Alep.

Tertio, Parce que pour les Russes, ces dernières semaines les Américains « n’ont jamais vraiment fait pression sur le Front Al-Nosra, ils n’ont rien fait pour la délimitation [entre terroristes et groupes d’opposition] et n’ont pris aucune disposition contre ses combattants », affirme le ministère russe des Affaires étrangères.

De fait, Moscou estime, non sans arguments, que Washington a saboté le cessez-le-feu en Syrie en ne prenant aucune mesure contre le Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. Ce qui, d’après Moscou, démontre la volonté étasunienne de renverser Bachar el-Assad, par n’importe quel moyen.

« Nous sommes de plus en plus convaincus que, cherchant un changement de régime à Damas, Washington est prêt à « conclure un accord avec le diable », s’allier à des terroristes endurcis qui rêvent de remonter le cours de l’histoire et imposer par la force leurs lois inhumaines » assure le communiqué des Affaires étrangères russes.

| Q. Quid, dans ce contexte, de la livraison de S-300 à Damas ?

Jacques Borde. Une étape intéressantes dans la montée en puissance de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)[2]. La nouvelle a été annoncée par le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, donc pas d’erreur quant au sérieux de la chose.

« En effet, la batterie du système de missiles antiaériens S-300 a été livrée dans la République arabe syrienne. Ce complexe est conçu pour assurer la sécurité de la base navale de Tartous et des navires de la marine russe se trouvant dans la zone côtière », a fait savoir Konachenkov, qui a rappelé « que le S-300 est un système purement défensif et ne menace donc personne. De plus, auparavant, comme vous le savez, dans la région, il y avait un système similaire, version mer, le complexe « Fort », dont est équipé un croiseur lance-missiles ».

Ça, c’est pour le côté technique de l’affaire…

À savoir cependant que, à consulter Russia Today, on apprend que les S300 livrés à Damas l’ont été pour défendre la base navale… russe. Autrement dit, probabilité à 99% que les servants soient russes. Et qu’ils obéissent à la hiérarchie militaire russe et non syrienne.

Affaire à suivre donc…

| Q. Autre sujet : pourquoi les Européens, sont-ils si peu présents dans la guerre contre le terrorisme ?

Jacques Borde. Oh, pour des tas de raisons, en vérité. L’une d’entre elles est qu’ils ne sont absolument pas prêts, stratégiquement et tactiquement, à affronter les conséquences de cette guerre quant à son front intérieur européen. Donc, à tout prendre :

1- On laisse ces nigauds de Français faire avec en traitant avec les moyens du bord le versant sahélo-saharien de la guerre contre le terrorisme ;
2- On se garde bien de mettre le paquet face à un ennemi dont on juge, au fond, qu’il est bien là où il est.
3- Et, surtout, on pratique la politique de l’autruche vis-à-vis des colonnes montantes d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[3], qui se positionnent en Europe même par les filières migratoires, comme d’ailleurs DA’ECH l’a fait savoir, par ses canaux usuels de communication.

| Q. Mais pourquoi une telle inquiétude ?

Jacques Borde. Mais parce que les nouvelles ne sont pas bonnes, pardi.

Si par exemple, vous lisez ce qui ressort d’une étude (israélienne) publiée par le Centre Begin-Sadate, le directeur du Centre, Efraim Inbar, y note sans fioritures que « l’éradication de DA’ECH est une erreur stratégique de premier ordre, l’Occident doit ainsi préserver les mauvais éléments dans l’organisation, qui ne concentrent pas leurs efforts dans des attaques terroristes aux États-Unis et en Europe ».

Inbar estimant même que la réunion du US Secretary of Defense, Ashton Baldwin Ash Carter, « avec les ministres de la Défense des pays alliés pour définir un plan d’intervention de la coalition contre DA’ECH afin de l’éliminer de manière décisive est une erreur stratégique ».

Entre les Munichois et les agents dormants takfirî notre vieille Europe a du souci à se faire…

| Q. Mais pourquoi prôner une défausse pareille ?

Jacques Borde. Parce que, quelque part, estime Efraim Inbar, un « DA’ECH faible vaut mieux qu’un DA’ECH destructeur », mais « Si l’Occident élimine DA’ECH, ses militants et ses partisans qui viennent de pays occidentaux n’auront guère le choix que de retourner chez eux. Or, compte tenu du fait qu’ils ont acquis suffisamment d’expérience dans le domaine du combat, ils seront capables de commettre de grandes attentats terroristes en Occident, provoquant de graves dommages dans les biens voire un grand nombre de morts ».

Donc, en un mot comme en cent, les pays de l’Union, qui sont prêts à tout sauf à la guerre, préfèrent les porte-flingues de DA’ECH de l’autre côté de la Méditerranée à massacrer les minorités religieuses du Levant. C’est aussi simple que ça !

Quant à la thalassocratie étasunienne, l’administration Obama, se dit que les océans la préserveront toujours du pire.

| Q. Une mauvaise solution, selon vous ?

Jacques Borde. Oui. La pire qui soit, justement.

1- La Syrie en guerre, pour ne parler que d’elle, c’est à une poignée d’heure de bateaux !
2- Les intérêts US seront affectés comme les autres. À moins que…

| Q. Drôle de source celle que vous citez, non ?

Jacques Borde. Pourquoi ? En fait, l’analyse d’Inbar est beaucoup plus dense et complexe, mais chacun voit toujours midi à sa porte. Mais il y a plus sommaire et biaisé…

| Q. Vous pensez à qui ?

Jacques Borde. Selon vous d’où nous viennent les informations sur la Syrie, relayée par nos media si peu scrupuleux ? De deux sources essentiellement :

Primo, L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH). Et qui est derrière l’OSDH ?

1- Le Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin[4] ;
2- Le Foreign Office et les SR britanniques. le fondateur de l’OSDH, Ryadh el-Maleh, a été condamné pour violences.

Évidemment, l’OSDH reçoit des fonds du Qatar et de l’Arabie Séoudite. Une manière détourner de continuer à financer les ennemis de la Syrie.

Secundo, Le Majlis al-Waṭanī as-Sūri[5], le notoire CNS, créé en 2011, à Istanbul à l’initiative de l’Adalet ve Kalkınma Partisi (AKP)[6]le parti du président Reccep Tayyip Erdoğan.
L’homme qui vient de lâcher les Boz Kürtlar[7] les miliciens du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)[1], rebaptisés pour les media aux ordres opposants modérés (sic) à Damas sur la Syrie.

Qu’Ankara et Londres aient des officines roulant pour leurs intérêts respectifs n’est pas si choquant en soi. Ce qui l’est, en revanche, est que des media, supposément indépendants, prennent tout ce que ces officines nous racontent pour argent comptant.

Notes

[1] Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
[2] Armée arabe syrienne.
[3] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
[4] ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).
[5] Ou Conseil national syrien (CNS).
[6] Parti de la justice & du développement.
[7] Loups gris.
[8] Parti d’action nationale, nationaliste et pantouranien

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