Deir Ez-Zor, Alep : La Course à l’échalote entre Moscou & Washington se poursuit de plus belle. Y compris en… Europe [1]

10 octobre, 2016

| Guerre Vs DAECH | Questions à Jacques Borde |

Beaucoup de confusion & de tumulte entre les deux grands en lice, par proxies interposés, au Levant. & si Moscou met le turbo sur Alep, les choses, côté étasunien, semblent encore confuses entre différents scenarii (type Liban, Libye, voire Grozny, & Balkanisation-Otanisation). Dont, quelques-uns pourraient se jouer de ce côté-ci de la Méditerranée… 1ère Partie.

| Q. Que penser des chiffres russes quant aux pertes causées aux terroristes ?

Jacques Borde. Lorsque que de Moscou, on nous dit que les militaires russes ont éliminé près de 35.000 terroristes entre le 27 février et le 1er septembre 2016 ? Oui, pourquoi pas ? Ce chiffre, rendu public par le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov, semble tout à fait réaliste.

En effet, que nous dit Antonov ?

Que « La mise en œuvre de la déclaration conjointe du 22 février par la Russie, contrairement aux États-Unis, a permis de libérer 586 localités et plus de 12.000 kilomètres carrés du territoire, d’éliminer environ 35.000 terroristes, dont plus de 2.700 personnes en provenance de Russie et des pays de la CEI ».

De son côté, le ministre russe de la Défense, Sergueï K. Choïgou1, a estimé que la situation « s’est stabilisée » et qu’un grand nombre de terroristes « ont été éliminés », ce qui a permis de « libérer une grande partie du territoire » syrien.

À noter que, curieusement, les retards pris dans la libération du territoire syrien en question sont largement imputables aux trêves concédées par la diplomatie russes aux autres parties en lice.

Si vous voulez vous faire une bonne idée de ce qui se passe réellement en Syrie, passez-vous et repassez-vous l’entretien de Bassam Tahhan, spécialiste du Levant et de la Syrie, réalisé par Frédéric Saillot, le 29 septembre 2016, qui dénonce le double-jeu occidental. Bassam Tahhan, lui même Aleppin, y passe en revue la responsabilité des uns et des autres. Notamment celle des media occidentaux en qui il voit autant de bouchers de la Syrie.

Pour les reste, Bassam Tahhan se montre beaucoup plus optimiste que moi quant à l’issue de la Bataille d’Alep. J’espère, très sincèrement, que c’est lui qui a raison et moi tort…

| Q. Quid de toutes ces rumeurs de guerre civile ?

Jacques Borde. Excusez-moi de le dire comme ça, de la manière dont on nous présente la chose, c’est de l’onanisme médiatique. Guère plus !

Bon, laissez-moi vous citer ce qu’en a dit Benoît Rayski2, « La guerre civile, ce serait si des Français de souche, radicalisés par Éric Zemmour et les prédications de Sarkozy, s’en allaient mitrailler de paisibles fumeurs de chicha à la terrasse des cafés d’Aubervilliers. Si d’autres Français de souche, Fichés S pour la plupart, allaient massacrer les journalistes d’Oumma.com et du Bondy Blog en criant « Toutatis est grand ! » (…). La guerre civile, ce serait si deux catholiques fondamentalistes pénétraient dans la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray pour y égorger l’imam local. Ce serait si deux jeunes filles, fraîchement sorties du Couvent des Oiseaux, allaient placer une voiture remplie de bonbonnes de gaz à proximité de la Grande Mosquée de Paris ».

Ce à quoi nous avons à faire face n’est pas stricto sensu une guerre civile, au sens classique. Mais un guerre asymétrique menée par des contingents importés et des agents dormants.

| Q. C’est donc anecdotique, selon-vous ?

Jacques Borde. La menace, caractérisée comme guerre civile ? Oui ! En soi polémologiquement, au sens du discours, cela ne veut pas dire grand-chose ! Personnellement, j’ai toujours cru, et je le crois toujours, que l’État de droit qui est le nôtre a, déjà, à sa disposition 90% des moyens sécuritaires, paramilitaires et militaires pour se défendre. Ce qu’il n’a actuellement plus, depuis des années, c’est la volonté d’user de ces moyens dont il dispose. Ce qui n’est pas la même chose !

Ce à quoi nous avons à faire ce sont des cellules terroristes nazislamistes arc-boutées sur un terreau communautariste à qui nous passons toutes ses provocations, oukases et violences. Ce qui, excusez la comparaison, n’est :

1- Ni la Civil War entre le Nord et le Sud3, aux États-Unis ;
2- Ni les Rouges-Noirs internationalistes espagnols affrontant les Franquistes-nationalistes (Guerre d’Espagne).
3- Ni même les FreiKorps jugulant les Spartakistes sous Weimar. Même si, à quelques égards, ce 3ème cas me semble plus proche de ce qui nous attends en terme d’affrontement asymétrique.

En fait, nous pourrions plus nous retrouver dans le cas des combats qui, au Kossovo, ont opposé les troupes du Ministarstvo Unutrašnjih Poslova (MUP)4 à l’Ushtria Çlirimtare e Kosovës (UÇK)5. Avant l’intervention étasuno-otanienne, il s’entend.

Ce qui, en revanche, est moins anecdotique, c’est le refus obstiné des représentants officiels et officieux d’une religion de s’engager clairement dans notre guerre contre la terreur takfirî pour se réfugier dans le mantra d’une victimisation mal-venue et obscène. Mouvance religieuse qui, étrangement, s’en est sorti sans prendre ne serait-ce qu’un seul éclat la visant directement depuis que des vagues de terroristes takfirî s’abattent sur notre pays !

Et comme l’a rappelé Céline Pina6, sur BFM-TV, « S’il y a une lutte contre l’islamisme pourquoi les mosquées salafistes ne sont-elles pas fermées ? » s’interroge-t-elle, avant de rajouter: « Il y a deux façons de détruire un pays: avec les attentats et en apprenant la haine des principes et des valeurs de ce pays ».

Trop, c’est trop !

| Q. À ce stade, que pensez-vous du débat lancé par Marine Le Pen autour de l’aide aux migrants ?

Jacques Borde. Vaste sujet. Concentrons-nous sur ce qui est la spécificité de ce blog : les questions géostratégiques.

Marine Le Pen, sur le plateau de BFM TV dimanche dernier, a effectivement plaidé pour « qu’on arrête de les loger, qu’on arrête l’Aide médicale d’État (AME) qui coûte un milliard d’euros par an ». « Nous n’en avons plus les moyens », concluait la présidente du FN.

| Q. Et cela vous inspire quoi ?

Jacques Borde. Plusieurs choses, en fait.

Primo, l’info n’est pas nouvelle : les cas d’activistes takfirî finançant (pour partie ou complètement importe peu) leurs engagements ad usum DA’ECHi par le biais d’aides diverses et variées de notre dispendieuse République pose effectivement problème. Et pas qu’un peu.

Quelque part, cela revient à solder sur nos deniers des effectifs que Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)7, recrute ou nous expédie (non pas en catimini car ils l’ont annoncé) par le biais de migrants qui n’en sont pas, comme le prouvent ces images d’hommes jeunes et bien portants…

| Q. Mais de quoi ces images sont-elles la preuve ?

Jacques Borde. De quelque chose que les vrais spécialistes connaissent sur le bout des des doigts depuis les débuts de la guerre civile libanaise – les combats des camps de Damour et de la Quarantaine, en 1976, notamment – : le fait que les combattants de première ligne sont mieux entretenus et nourris que le civil lambda, car ils ont en charge la défense des sites.

De prime abord, voir arriver de zones de guerre, où les privations et les carences alimentaires sont monnaie courante (cinq ans de guerre pour la Syrie…), des gens :

1- en bonne condition physique ;
2- en nombre ;
3- en âge de prendre les armes.

Devrait davantage préoccuper nos pouvoirs publics.

Quant à l’AME, c’est un autre sujet, mais tout aussi sérieux.

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. L’AME, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, revient (pour l’aspect qui nous concerne ici) à prendre en charge des personnels ennemis blessés au combat. Et je précise : non pas blessés dans des combats réguliers avec nos propres troupes ce qui, du point de vue du droit de la guerre aurait du sens. Mais prendre en compte des blessés d’une guerre qui, officiellement, n’est pas la nôtre ! Que je sache la France n’est pas en guerre avec la République arabe syrienne. En quoi, devrions-nous nous occuper des blessés d’un camp qui est, ne l’oublions jamais, celui du terrorisme takfirî qui nous porte des coups répétés ?

| Q. Et ça n’est pas un peu anecdotique comme analyse ?

Jacques Borde. Non, pas du tout. J’en veux pour preuve les faits suivants :

Selon une enquête de l’hebdomadaire Die Welt am Sonntag, des réfugiés enregistrés en Allemagne, et, à ce titre, bénéficiaires d’allocations8 feraient, je cite « de courts séjours dans leurs pays d’origine ». On note parmi ces destinations la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan. Pays où les consulats occidentaux recommandent de ne pas se rendre, sinon pour des raisons d’extrême urgence !!!!

Disons que, là, c’est le « de courts séjours dans leurs pays d’origine » que je trouve particulièrement révélateur.

| Q. Pourquoi donc ?

Jacques Borde. Une bonne guerre – et celle de Syrie dure depuis cinq ans – ne se conçoit pas sans relève des troupes. Si vous voulez : à la manière où les États-Unis faisaient tourner leurs personnels par rotations ou tours lors de la Guerre du Viêt-Nam. Même système avec les tours de régiments de la Couronne que Londres envoyait à tour de rôle en Irlande occupée pour s’y frotter aux combattants asymétriques de l’Óglaigh na hÉireann (IRA)9.

Je pense qu’il faut très sérieusement envisager que Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) envoie bien certains de ses éléments – la médecine de guerre française, rappelons-le, est l’un des meilleures au monde – se refaire une santé de ce côté-ci de la Méditerranée. Et, notamment dans les pays qui se montrent les plus souples quant à la prise en charge de personnes venues de l’étranger.

| Q. Et ça représente du monde ?

Jacques Borde. Là, difficile à dire. Ce dont nous disposons c’est davantage d’estimations quant à l’entrée de possibles combattants takfirî. Ainsi, selon le Sunday Express (citant une source de… DA’ECH), plus de 4.000 Kamiz brunes de DA’ECH ont bien mis le pied en Europe en tant que réfugiés. Assez clair, non ?

Mais des sources françaises se montrent encore plus alarmistes.

| Q. Lesquelles?

Jacques Borde. À en croire ce que nous en dit Éric Baudet, pour le JDD, les SR français estiment que près de 15.000 individus sont « susceptibles de constituer une menace ». Individus recensés au sein du Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Toujours selon Éric Baudet, 4.000 constituent « le haut du spectre ». C’est-à-dire « les plus susceptibles de passer à l’action, et que les agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) suivent de très près, en tant qu’ »objectifs opérationnels » ».

Suivent, mais n’arrêtent que trop rarement en amont. Il faut toujours un début de passage à l’acte.

Encore quelque-chose à revoir pour nous rendre réellement plus que proactifs vis-à-vis d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH).

Notes

1 Depuis le 6 novembre 2012.
2 Benoit Rayski a travaillé pour France Soir, L’Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe. Il est, avant tout, historien & écrivain : Le Gauchisme, maladie sénile du communisme (Atlantico Éditions & Eyrolles E-books), Là où vont les cigognes (Ramsay), L’affiche rouge (Denoël), L’homme que vous aimez haïr (Grasset).
3 Guerre de Sécession, en français.
Ministère de l’Intérieur serbe.
5 Armée de libération du Kosovo.
6 Auteur de Silence coupable.
7 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
8 Tiens : eux aussi…
9 Ou Irish Republican Army, historiquement les Volontaires d’Irlande.

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