De Falloujah à Mossoul : Ceux qui font la guerre ne sont pas (forcément) ceux qui en parlent le plus !

| Guerre Vs Daech | Jacques Borde |

Grands diseux, petits faiseux ! Ceux qui parlent le plus de la guerre (Vs les Takfirî ) ne sont pas nécessairement ceux qui la font le mieux. Au moment où se prépare la Bataille de Mossoul & en ces temps où les beaux parleurs de la coalition occidentalo-centrée s’attribuent de (hauts) fait guerriers dans lesquels, verbatim les militaires irakiens, ils n’auraient eu aucune part. Qui dit vrai ?

La période qui vient de s’écouler sur le front irakien, été porteuse de bonnes nouvelles. Les différentes forces arabes – forces régulières, paramilitaires régnicoles ou autres – ont repris de haute lutte la ville de Falloujah et s’apprêtent désormais à libérer Mossoul.

Simple question : qui va se battre contre qui ?

À peu près tout ce qui porte une arme. Ce qui met en exergue le défaut de cet appareil militaire déployé face à Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH): son aspect nettement hétéroclite, vu qu’il regroupe :

– des paramilitaires kurdes, eux-mêmes passablement désunis ;
– des paramilitaires chrétiens et yézidis, numériquement peu nombreux par rapport aux autres composantes mais très décidés ;
– des paramilitaires chî’îtes irakiens bien équipées et bien commandés ;
– des paramilitaires sunnites irakiens relativement nombreux mais aux qualités militaires controversées ;
– des forces gouvernementales irakiennes.

Par paramilitaires, nous l’entendons au sens large : à la fois des membres d’unités plus ou moins formées selon leurs origines et des forces régulières et semi-régulières émanant des pouvoirs régionaux et locaux. À noter que selon la vieille classification du Military Balance, les personnels servant dans des entités comme la Guardia civil (Espagne), les Carabinieri (Italie), la Jandarma (Turquie), la Gendarmerie Royale du Canada/Royal Canadian Mounted Police (GRC/RCMP) sont des paramilitaires au même titre que les membres de groupes armés comme (liste non exhaustive) :

Al-Jayš al-Mahdi2 ;
Haris al-‘Irāq al-Jamhūriyya (Garde républicaine irakienne) ;
Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī (PSNS)3,
Liwāʾ al-Quds4,
Nirouy-é Moghavémat Bassidj5.

Sinon, en amont des combats à venir, se pose la question de l’efficacité des forces régulières dépendant du pouvoir central sis à Bagdad. Il est à noter que ces forces irakiennes ont tapé comme des sourds sur tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des éléments d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DAECH) lors des combats de Falloujah. Une tactique payante et qui n’aurait pas été possible sans la montée en puissance de l’appareil militaire irakien.

Comme dans toutes ces batailles plus ou moins asymétriques, l’appui aérien sera fondamental. Or, il est à noter que, bien qu’embryonnaire, l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Iraqīya (IQAF, armée de l’air irakienne) et l’armée terre irakienne disposent, quand même, de :

– 3 avions d’appui-sol Aero L-159A Alca, sur 12 commandés.
– 20 avions d’appui-sol Sukhoï Su-25 Frogfoot.
– 5 appareils bimoteurs Cessna AC-208 Caravan, en version appui-sol.
– 28 hélicoptères d’assaut Mil Mi-35M, qui est la version modernisée du Mil Mi-24V Hind.
– 6 hélicoptères d’assaut SA342 Gazelle, encore en état de vol.

Une partie du parc (important) de Mil Mi-17 peut être armé.

À savoir que, selon le ministère irakien de la Défense, l’Irak vient d’acquérir un nouveau lot  d’hélicoptères russes de type Mil Mi-28. Hélicoptères qui devraient être opérationnels « dans les prochains jours » et devraient jouer un « rôle prépondérant dans la lutte » contre DAECH et donc dans  la Bataille de Mossoul.

De l’autre côté, les milices takfirî auraient reçu des centaines missiles antiaériens Cobra (en fait une version 9K32 Strela-2/SA-7 Grail) destinés à abattre les avions syriens. C’est surtout l’OSDH, qui a fait sienne cette information, indiquant que leur cargaison est arrivée en même temps que celles de missiles antichars BGM-71 TOW6. Ce qui signifie que ces informations ont pour origine plus que certaine les SR britanniques.

Les engins auraient été essentiellement livrés aux factions syrienne. Mais, compte tenu de la porosité des groupes takfirî entre eux, de mauvaises surprises ne sont pas à exclure lors de la Bataille de Mossoul.

Donc largement de quoi faire des dégâts. Comme ceux de de la Bataille de Falloujah, que la coalition occidentale s’est empressé de s’attribuer. Élément majeur de ces frappes, le matraquage systématique et sans la moindre once de pitié des colonnes takfirî fuyant la région. D’où des images faisant froid dans le dos et montrant des dizaines de véhicules (de tous types). Avec à la clé de centaines de djihâdistes takfirî littéralement vaporisés sous les coup !

Curieusement, ce succès des forces gouvernementales irakiennes ne semble pas avoir été du goût des Américains, pourtant à la tête d’une coalition internationale venue en Irak pour éradiquer l’organisation terroriste dans ce pays (et dans la Syrie voisine).

Las de l’invraisemblable pusillanimité occidentale, les Irakiens ont mangé le morceau et accusé l’ami américain de leur avoir refusé l’appui aérien dont ils avaient besoin. La justification avancée par les responsables militaires américains était que ladite colonne aurait été composée de « véhicules civile » (sic).

Ce que les faits on démontré comme faux, après coup.

On sait donc comment, depuis des mois, les colonnes de 4×4 takfirî font pour se projeter de cible en cible : ils bénéficient de l’incroyable fatuité géostratégique occidentale qui les regardent de haut, au propre et au figuré.

Ce qui a fait dire à l’analyste Kharroubi Habib que les Américains « avaient pourtant la latitude de vérifier la véracité de l’information irakienne donnant ce convoi comme étant celui d’éléments de DAECH en fuite de la ville de Falloujah. Ce qu’ils ont probablement fait. L’on peut alors déduire que ce n’est pas par souci humanitaire que l’aviation américaine s’est abstenue d’apporter son soutien pour l’opération engagée par celle du gouvernement irakien. L’attitude des Américains en la circonstance donne à penser qu’ils n’ont pas eu intérêt à ce que les djihâdistes rescapés de Falloujah fuyant vers la Syrie soient totalement annihilés ».

Quelque part, l’incident (sic) de ces colonnes takfirî détruite par l’aviation irakienne « donne la mesure de la duplicité américaine dans la prétendue guerre anti-DAECH menée par la coalition internationale sous leadership de Washington. Tant que les Américains ont besoin d’elle dans le rôle d’épouvantail dans la région, l’organisation terroriste est assurée qu’elle ne sera pas confrontée de leur part à des opérations militaires visant à sa totale éradication ».

La question qu’on peut légitimement se poser est comment ces centaines de takfirî d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DAECH) ont été annihilés, lors de frappes qui ont visé des « centaines de véhicules » ayant quitté les dernières positions contrôlées par ISIS à Falloujah, avait précisé le Centre de coordination des opérations anti-ISIS.

« Nos héros de l’aviation militaire ont détruit plus de 200 véhicules et saisi une grande quantité d’armes, d’équipements et de munitions », a déclaré Yahya Rassoul, un porte-parole.

Au moins 150 militants d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām, auraient été tués. Le porte-parole faisait référence à une première série de frappes ayant visé un immense convoi circulant dans le désert au sud de Falloujah en direction apparemment de régions encore contrôlées par ISIS près de la frontière syrienne.

Par ailleurs, quelques 60 autres véhicules ont été détruits au cours d’autres frappes menées par les avions irakiens et de la coalition sur un convoi au nord-ouest de Falloujah.

Il n’a pas été possible de préciser le nombre exact de djihâdistes tués lors de ces frappes.

Mais, comment ne pas être surpris par la disproportion entre les résultats de la rustique armée irakienne – entre 260 et plusieurs « centaines de véhicules » – et ceux de l’omnipotente coalition conduite pas Washington : à peine 60 véhicules !

À la lumière de s’est passé à Falloujah, Il est intéressant de se demander sous quels auspices se déroulera la Bataille de Mossoul. Déjà, des sources (russes) font mention d’une entente entre les administrations Obama et Salmān (Arabie Séoudite) portant sur l’exfiltration de quelques 9.000 éléments de DAECH dont on faciliterait le transit vers le front du djihâd syrien.

Une affaire à suivre donc…

Notes

1 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
2 Armée du Mahdi, bras armé du mouvement politique dirigé par le Sayyed Moqtada al-Sadr.
3 Parti social nationaliste syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien, PPS, ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste .
4 Brigade de Jérusalem en français, unité paramilitaire palestinienne : proche à la fois de l’AAS et du Hezbollah.
5 Ou Force de mobilisation de la Résistance, couramment appelé Bassidj, le nom persan signifiant mobilisé.
6 Pour Tube-launched, Optically-tracked, Wire-guided.

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