Confusion & Collusion sont-elles les deux mamelles de l’Occident dans son rapport à l’Orient ? A priori, oui…

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Beaucoup de confusion & d’approximations dans nos relations à l’Orient compliqué du général de Gaulle. Les choses sont-elles en passe de s’arranger ? Rien n’est moins sûr & pourrait l’être encore moins après novembre 2016, Clintonia regnante

| Q. pour revenir sur ce que vous disiez lors d’un entretien précédent : vous pensez réellement que notre attitude vis-à-vis du Proche-Orient n’est guidée que par des considérations matérielles ?

Jacques Borde. Oui et non. Ce qui en soi ne me gênerait pas outre-mesure. Vous connaissez, bien sûr, la citation du général1 : « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». En revanche, et je vous l’ai déjà dit, c’est lorsque notre politique (dite) arabe de la France se mue en politique pro-arabe de, dans le sens où nous nous mettons à la botte de telle ou telle pétromonarchie en n’en espérant que des rétributions financières, que cela pose problème.

| Q. En est-on là avec l’Iran ?

Jacques Borde. (sourire) Non pas encore ! Avec les pays du Golfe, oui, à fond la caisse, si je puis dire !

Quant à Téhéran, pour vous faire un idée plus précise de nos relations économiques avec la RI d’Iran, je vous conseille de lire l’article d’Alain-Gabriel Verdevoye dans une récente livraison de Challenges : PSA & Renault ont un boulevard en Iran2.

Avec Téhéran, nous cherchons encore nos marques, en priant pour que le vainqueur des présidentielles US ne renverse pas la table de l’Accord 5+1 conclu entre les administrations Obama et Rohani.

| Q. Et, c’est possible ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Cet accord est assez bancal, trop récent. Et, il faut bien le reconnaître, très imparfait. L’amender peut sembler une idée tout à fait raisonnable. Sauf qu’avec la fouteuse de guerre qu’est Clinton, je crains le pire…

| Q. À ce stade, puisque nous parlons des États-Unis : que penser des accusations à connotation sexuelle qui ont visé Trump, à moins d’une semaine de la présidentielle US ?

Jacques Borde. Je crois que vous avez dit vous même l’essentiel : à moins de... du scrutin ! Tout est là, évidemment.

Pour le reste, je vais vous citer cet excellent connaisseur de la société américaine qu’est Eber Addad : que dit-il ?

Que « Toutes ces femmes qui soudainement se réveillent pour se souvenir qu’il y 5, 10, 15 ou 20 ans Donald Trump a essayé de les embrasser, leur a fait des avances ou leur aurait dit un gros mot, 26 jours avant les élections, c’est prendre les gens pour des cons à un niveau jamais atteint. Qu’attendaient-elles pour le faire plus tôt ? Une avance de fonds de chez George Soros ? Un regain de mémoire ? Une inspiration divine ? C’est cousu, non pas de fil blanc, mais de corde blanche tellement c’est gros ! Même dans un film de série B, écrit par le pire des scénaristes on n’aurait pu imaginer pareil scénario ! Un enfant de 10 ans aurait du mal à croire à de telles sornettes ! Quel que soit le pays où vous vivez et quelle que soit la qualité de la presse chez vous, sachez qu’elle ne risque pas d’égaler en médiocrité la presse américaine d’aujourd’hui ! ».

Le seul bémol que je mettrais aux propos d’Eber Addad est qu’en terme de médiocrité et de servilité, notre presse germanopratine, à n’en pas douter, vaut bien en termes de turpitudes celle des États-Unis.

| Q. Donc, vous n’êtes pas convaincu ?

Jacques Borde. Non. Pas plus que les Américains, visiblement, bien plus marqué par ce qui s’apparente de plus en plus à une fronde de la communauté du Renseignement. Mais j’y reviendrai….

À propos de Trump, on rappellera qu’il a animé des années durant des shows TV où il a dû côtoyer un petit millier des starlettes (des bombes pour reprendre une expression d’aujourd’hui). À ce jour, parmi ce millier de femmes, aucune d’entre elles n’a jugé opportun de se manifester.

À noter les propos de l’une d’entre elles, Natasha Rickley, qui a concouru au titre de  Miss Teen USA, et qui contactée par ABC News, leur a déclaré ce qui suit : « Je vais être très honnête et laisser ABC apprendre que Donald Trump a été un vrai gentleman. Je n’ai jamais vu un comportement inapproprié que ce soit, les deux semaines pendant lesquelles j’ai participé au concours »3.

Et d’enfoncer le clou affirmant être sûre « qu’aucun de mes entretiens ne va va faire la une, depuis que je n’ai que des choses positives à dire sur mon expérience avec Donald. Je trouve ça intéressant et important pour que les gens connaissent les profondeurs que les media peuvent atteindre pour leur campagne de calomnies »4.

Un « vrai gentleman » ! Qui aura l’idée d’user de ce qualificatif à propos de celui qui sera l’éminence grise d’HiLIARY, son mari William J Bill Clinton ?

Pour le reste, à ce que j’en ai lu, sur ces quelques femmes à avoir porté l’affaire devant les media deux seraient des compagnes de route d’Hillary R. Clinton dans sa campagne électorale. Et une troisième coaché par l’avocate des deux précédentes. Est-il utile d’en dire plus ?

Et la relance des investigations du FBI sur les Clinton e-mails, vient, en quelque sorte, de remettre le projecteur sur la candidate démocrates. O tempora, o mores

| Q. Autres accusations : que vous inspire le débat autour d’une traduction de Hollande devant la CPI pour assassinats ciblés ?

Jacques Borde. Assassinats ciblés de terroristes takfirî, si ça ne vous dérange pas ! En fait deux réflexions assez brèves :

Primo, une telle politique – équivalente au Sikul memukad5 israélien, pour faire simple – visant à terminer avec extrême préjudice (si l’on reprend le vieux terme prêté au SR anglo-saxons pour désigner leurs exécutions hors du cadre judiciaire), visant des terroristes me semble, et je pèse mes mots, une excellente chose. Soyons clair : plus nous tuerons de Kamiz brunes d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)6 là-bas, moins nous en aurons ici. Quant à mon avis sur le fond : le chef de l’État, quel qu’il soit, ayant recours à ce modus operandi ne saurait relever, à mes yeux de la Cour pénale internationale (CPI).

Secundo, ceci posé : il reste assez cocasse, voire ubuesque, d’entendre le commanditaire de cette salutaire via factis nous expliquer, par ailleurs, que le retour à la peine de mort est impensable, alors que lui même ordonne de tuer…

| Q. Et, juridiquement, qu’en pensez-vous ?

Jacques Borde. N’étant pas juriste, je me limiterai à vous citer le Pr. Gilles Devers7 qui anime le blog Actualités du droit, et nous dit ceci :

1- la CPI considère bien que « l’assassinat ciblé décidé par le pouvoir politique et commis dans le contexte d’un conflit armé, est un crime de guerre ».
2- d’un point de vue plus français, l’article 67 de la Constitution de la Ve République prévoit que le président de la République « n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité » hormis la destitution décidée par le Parlement constitué en Haute cour ;
3- l’article 53-2 de la Constitution indique, lui, que « la République peut reconnaître la juridiction de la Cour pénale internationale dans les conditions prévues par le traité signé le 18 juillet 1998 ».

Le tout réside, à mon avis réside dans « la République peut reconnaître ». Cela impliquant, je pense, qu’elle peut en l’espèce rejeter la juridiction invoquée auprès de la CPI. Tout ceci étant à vérifier auprès de juristes.

Quant à savoir si François Hollande devra rendre compte d’une partie de ses actes durant son quinquennat à la tête du pays une fois débarqué par le suffrage universel, c’est, bien sûr, une toute autre question qui regarde davantage politiques et magistrats que moi. Donc, gardons-nous de mettre la charrue avant les bœufs :

1- je n’ai pas pas à me prononcer sur ce sujet, à ce stade du débat ;
2- je me rangerai, je le pense, aux décisions que les juridictions compétentes prendront le moment venu. Si elles ont, bien sûr, à se prononcer.

Après : dura lex, sed lex !

Notes

1 De Gaulle, évidemment.
2 Challenges n°493 (13 octobre 2016).
3 « I am going to be very truthful and let ABC know that Donald Trump was an absolute gentleman. I never witnessed any inappropriate behavior whatsoever the entire 2 weeks that I participated in the pageant ».
4 « I’m sure that none of my interview will make the news since I have nothing but positive things to say about my experience with Donald. I do find it interesting and important for people to know that these are the depths the media is going to for their smear campaign ».
5 La Prévention ciblée israélienne. La plupart du temps traduit par éliminations ciblées.
6 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
7 Professeur de droit de l’Université Lyon III.

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