Donald Vs Ploutos ! Après la victoire du peuple contre l’or corrupteur : la guerre, la vraie ?

| Guerre Vs DAECH | Questions à Jacques Borde |

Que va faire Donald J. Trump, de sa victoire ? Va-t-il continuer à mener de front l’option Mossoul & l’option Raqqa ? Probablement, lancées par Obama, l’échec de de l’une ou de l’autre pourra être imputée à son prédécesseur. Quant aux lauriers, pour peu que ces fiefs de DA’ECH ne tombent qu’après janvier, les lauriers seront pour lui. Mais, le caractère du nouveau patron de l’Amérique ne le porte que peu aux atermoiements, alors ?…

| Q. Vous avez vu que le Premier ministre tchèque dénonce le déploiement d’un système radar américain dans son pays…

Jacques Borde. Oui. C’est une excellente nouvelle !

| Q. Embarrassant pour l’administration Trump, non ?

Jacques Borde. Absolument pas. Bien au contraire. Mais prenons les choses dans l’ordre, si vous le voulez bien :

Sur les ondes de la radio CT, s’exprimant sur le déploiement du radar en question, le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, a eu des mots effectivement assez durs : « C’est du domaine de la science-fiction et cela ne se produira jamais. Mon point de vue là-dessus est négatif. Je pense qu’aujourd’hui nos problèmes de sécurité sont ailleurs ».

Mais Sobotka a raison, ce projet est quelque peu anachronique ayant été initialement élaboré en 2009, en vue de contrer une menace iranienne potentiellement nucléaire. Or, depuis, il y a eu l’accord 5+1, pour imparfait qu’il soit, avec Téhéran. Et les relations avec Téhéran sont désormais en voie de normalisation.

Dès lors, ce « … radar signifierait une escalade de la tension dans les relations avec la Russie, tandis que nous avons besoin de profiter de l’opportunité offerte par l’élection de Donald Trump pour que les États-Unis et la Russie se mettent autour d’une même table », a souligné Bohuslav Sobotka.

En fait, une posture plutôt en phase avec avec les déclarations du 45ème président des États-Unis tout au long de sa campagne, si l’on y réfléchit bien.

Finalement, le tchèque Bohuslav Sobotka ne dit pas grand-chose de différent lorsqu’il affirme que « La fin de la guerre en Syrie est la question qui revêt maintenant la plus grande importance pour l’Europe. Sans mettre fin à la guerre en Syrie, nous ne pourrons arrêter le flux de réfugiés et qu’est-ce que nous pouvons leur proposer ? Les États-Unis disposent d’une influence notable sur la situation en Syrie, la Russie aussi, et il nous est nécessaire de l’utiliser ».

Que dire de plus ? Si une chose : Donald J. Trump a fermement l’intention d’arrêter de jeter l’argent du contribuable américain par la fenêtre. Comment ne pas souligner combien l’arrêt de ce projet dispendieux et dépassé cadre, mot pour mot, avec la volonté exprimée par Trump dans ses engagements répétés quant à la fin de la gabegie et le partage des tâches avec les Européens ?

| Q. On commence à nous parler des Grands électeurs gagnés par la camp républicain : peuvent-ils retour leur veste et lâcher Trump, comme le soulignent certains ?

Jacques Borde. (Sourire amusé). Ah, oui, le tout dernier fantasme anti-Trump. Qu’en est-il au juste, vous voulez dire ?

Effectivement, tous n’y sont en effet pas tenus, mais, comme l’a précisé au Huffington Post, le Pr. Pierre Guerlain1, si dans 23 États sur 50, « les grands électeurs ne sont pas obligés de voter pour le candidat naturel », dans les autres États ils auraient les mains liées. Plus ou moins, en fait, selon les sources…

Mais pour permettre à Hillary R. Clinton de repasser devant Trump, il faudrait qu’au moins 38 Grands électeurs républicains trahissent leurs mandant et votent pour elle. C’est peu probable, dans la mesure où Donald J. Trump a désormais 306 grands électeurs contre 232 à Clinton, soit une avance de 74. Le premier qui en remporte 270 gagne l’élection. Or, au 12 novembre 2016, avec la consolidation des résultats du Michigan et de l’Arizona, l’écart s’est encore creusé en faveur de Trump.

Passer outre relèverait du coup d’État.

Ensuite, et c’est encore plus fondamental : le décompte des voix n’est pas terminé ! Et Trump a maintenant (et provisoirement) 62.972.226 votes contre 62.277 750 à Clinton. Soit 700.000 de plus pour Trump. C’est mercredi dernier, que Clinton avait 59.755 284 votes, soit 219.762 de plus que Trump. Et cela va encore changer. À en croire David Wasserman du Cook Political Report, s’« il reste probablement encore à peu près 7 millions de votes à compter », ils n’auront aucune influence sur le résultat final.

| Q. Que pensez-vous des projets de Trump, on parle de 2 à 3 millions de clandestins visés par ses premières mesures ?

Jacques Borde. (Soupir). J’ai toujours été bluffé par ce tropisme propre à cette droite orpheline du grand homme providentiel, ou simplement d’hommes d’État, à s’approprier ceux des autres et, du coup, tout aussi prompte à mettre la charrue avant les bœufs.

Là, non désolé Trump n’a pas dit qu’il allait expulser d’un coup de baguette magique trois millions d’immigrés clandestins.

À CBS lors de l’émission 60 Minutes, Donald J. Trump a déclaré ceci, et pas autre chose :
« Ce que nous allons faire, c’est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue (…), sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions (de personnes), nous allons les renvoyer du pays ou nous allons les mettre en prison. Mais nous allons les renvoyer de notre pays, ils sont ici illégalement ».

Grands dieux, nous n’en sommes pas à remplir des trains et des charters. Tout ce qu’a fait Trump, c’est de préciser quels types de personnes seraient visés, les criminel de tous poils à l’évidence et de donner un ordre de grandeur. Ce en quoi, d’ailleurs, il a parfaitement raison.

| Q. Vous partagez ce manque de communication, vous ?

Jacques Borde. Oui, parler pour ne rien dire ou pour donner des indications à vos ennemis n’a jamais servi à grand-chose. Désolé ! Que ce soit avec le crime organisé ou le le terrorisme.

D’ailleurs, dans son entretien, accordée à CBS, on notera que Donald J. Trump a refusé de communiquer sur la stratégie qu’il utiliserait face à Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)2, précisant même que si l’opération lancée à Mossoul se heurtait à de telles difficultés, cela venait du fait que l’administration Obama avait annoncé ses plans à l’avance.

Du coup, Trump n’a rien lâché sur l’envoi, possible (nécessaire disent certains) de troupes au sol. « Je ne dirai rien. Je ne veux rien leur dire. Je ne veux rien dire à personne », précisant qu’il ne ferait part de ses choix qu’aux militaires. « Je veux faire ce travail. Nous avons d’excellents généraux ».

| Q. Plutôt frustrant, non ?

Jacques Borde. Oui, et après ? Au commander in chief de conduire sa guerre comme il l’entend. Et, à nous journalistes d’essayer de nous y retrouver. Chacun son métier..

| Q. Vous voulez dire arracher des informations ?

Jacques Borde. Non, mieux (ou pire, c’est selon) : savoir faire notre travail d’investigation et faire le tri de tout ce que nous ramassons. Y compris toute forme de manipulation ou de déception.

| Q. Qu’appelez-vous au juste travail de Déception ?

Jacques Borde. C’est une technique propre au monde des Renseignements. Une forme sophistiquée de manipulation, en fait.

À tout prendre, je trouve que la meilleure définition du travail de déception, nous en a été donnée par l’ancien des SR helvétiques, Jacques Baud, lorsqu’il écrit que « Contrairement au camouflage, qui cherche à cacher une activité (mesures passives), la déception consiste à simuler une activité (mesures actives). En matière militaire, la déception se résume souvent à faire passer des activités anormales pour des activités normales. On crée ainsi une »normalité » fictive, qui masquera les activités anormales réelles (par exemple préparatifs d’attaque). L’un des procédés les plus courants est d’effectuer à plusieurs reprises des exercices ou des manœuvres dans des conditions proches de la réalité afin de créer chez l’adversaire le cry-wolf syndrome »3.

Mais le travail de déception peut aussi être pratiqué à d’autres niveaux.

| Q. Comment donc ?

Jacques Borde. Je vais vous donner un exemple.

Ainsi, si l’on se rapporte à ce qu’a noté l’Historien Tom Séguev, c’est bien à une habile opération de déception que se livra Moshé Dayan, de retour au portefeuille de la Défense en juin 1967, lorsque recevant, le 2 juin 1967, le petit-fils de Winston Churchill, alors envoyé du News of the World, qui cherchait « à savoir si la guerre allait éclater sous deux ou trois jours, car il se demandait s’il lui fallait encore attendre à son hôtel ou alors rentrer chez lui. Dayan lui répondit qu’il pouvait rentrer chez lui sans inquiétude de rater quoi que ce soit : il était pour l’heure trop tard ou trop tôt pour déclencher une offensive, et Israël se devait de poursuivre sur la voie de la diplomatie »4.

Une cible parfaite, et qui s’imposait, dans la mesure où le jeune Churchill « avait téléphoné à l’étranger en disant ouvertement que l’aviation israélienne allait déclencher une offensive »5.

Quatre jour plus tard, les appareils de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal6 réduisaient en cendres l’essentiel des forces aériennes arabes leur faisant face. Alors qui sait ce que nous prépare le nouveau commander in chief de l’Amérique ?

Notes

1 Professeur de Civilisation américaine.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Encyclopédie du Renseignement & des Services secrets, Jacques Baud, p.200, Lavauzelle.
4 1967, Six jours qui ont changé le monde, p.366, Tom Séguev, Hachette Grand Pluriel.
5 1967, Six jours qui ont changé le monde, p.366, Tom Séguev, Hachette Grand Pluriel.
6 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.

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