Dounia Bouzar ! Ou les arcanes de la Déradicalisation heureuse !…

7 décembre, 2016

| Guerre Vs DA’ECH | Jacques Borde |

Alain Juppé nous a offert, entre sophisme politique & (mauvaise) blague de potache, son identité heureuse. À gauche, il semble bien que l’on soit, en matière de sécurité intérieure, dans celui de déradicalisation heureuse. Figure emblématique de cette géguerre picrocholine Vs le terrorisme nazislamiste, une personnalité (sic) pour le moins originale : Dounia Bouzar…

En amont de ce papier, regarder ce que dit Xavier Raufer à propos de la déradicalisation.

À quoi peut bien tenir la lutte contre le terrorisme takfirî. À pas grand-chose, en fait. C’est sur cette gageure que Dounia Bouzar et son Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI) ont pu prospérer.

Mais, quelque part, comment leur en vouloir lorsqu’on constate combien le maillage antiterroriste est toujours aussi symbolique et dysfonctionnel quel que soit le côté de la Méditerranée où l’on se trouve.

Cas emblématique de cette déshérence sécuritaire : la Cour d’appel de Salé (Maroc) en charge des affaires du terrorisme1, une  a condamné, le 20 octobre 2016, un ancien militaire français Manuel Brousta – Fiché S (en France) et précédemment assigné à résidence, deux constantes de plus en plus fréquente – à 4 ans de prison ferme pour son implication dans des affaires liées au terrorisme.

La cour a également décidé de l’expulser du Maroc au terme de sa peine (et de saisir ses biens au profit de l’État).

Arrêté à l’aéroport de Fès (mars 2016), plusieurs chefs d’accusation étaient retenus contre Manuel Brousta dont :

1- constitution d’une bande en vue de préparer et commettre des actes terroristes ;
2- détention d’armes ;
3- apologie d’actes et d’une organisation terroristes.

Selon une note des SR français, Brousta s’est affirmé comme un leader de la communauté islamiste radicale angevine ou il organisait « des entraînements sportifs de type paramilitaire avec ses coreligionnaires ». Brousta rendait également et de manière régulière visite à un détenu de la maison d’arrêt d’Angers « connu pour son fondamentalisme religieux » et « projetant de se rendre en Syrie à sa libération afin d’y mener le djihâd ».

Ceci pour donner un profil-type du genre des lascars destinés à passer par nos filières de déradicalisation heureuse (sic) ! Avec ça, inutile de se demander pourquoi notre lutte contre le terrorisme (intérieur) takfirî est aussi peu efficace.

Pour en arriver à Dounia Bouzar (née Dominique Bouzar), cette dernière fonde en avril 2014 une association Loi 1901 : le CPDSI, dont, en tout bien tout honneur, elle est la directrice générale.

Celle qui sera l’auteur de L’islam des banlieues2 et bien qu’alors simple éducatrice, Dounia Bouzar n’en est pas à son coup d’essai pour avoir déjà monté une association : Le Théâtre du Lien, en partenariat avec la PJJ, dans le cadre d’un contrat local de Sécurité. Entité destinée à réinsérer les jeunes par l’intermédiaire « d’échanges culturels avec l’international » (sic).

Faute de structures concurrentes, Bouzar et le CPDSI vont, dans un premier temps, se tailler la part du lion dans ce qu’on va appeler, sans trop savoir de quoi il retourne dans la plupart des cas, la déradicalisation. Que, à titre personnel, je qualifierai, de déradicalisation heureuse (pour plagier la novlangue d’un des candidats à la primaire des droites), tant le concept semblera creux à bien des professionnels appelés à se prononcer à son sujet !

Il est vrai qu’on a de quoi être surpris par la simplicité, pour ne pas dire plus, de certains des arguments qu’emploie Dounia Bouzar pour nous faire partager son immense expertise.

Ainsi, lorsque Michel Onfray clame que « 250 versets du Coran justifient le djihâd »3 contre juifs et chrétiens, tout ce que Dounia Bouzar arrive à lui répondre est que « l’intégrisme ne provient pas de l’islam », « car sinon, quelle serait la solution pour en venir à bout ? ».

CQFD ! Passez votre chemin braves gens : la messe est dite…

Pauvreté de l’argumentaire que l’on retrouve lorsque que Bouzar publie son premier livre, L’Islam des Banlieues.

Pensum en fait destiné à faire contrepoids – pourquoi, d’ailleurs, et pour le compte de qui, pourrait-on s’interroger si l’on était un peu curieux ? – au Banlieues de l’islam, de Gilles Kepel décrivant, lui, la façon dont les groupes takfirî proches du Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin4 radicalisent banlieues et cités de France et de Navarre.

Dounia Bouzar prétendant, elle, que « L’entrée en religion, loin d’être un retour aux sources, s’avère un facteur d’intégration et permet de vivre pleinement le double lien avec ses parents et avec la société occidentale ».

Depuis nos près de 400 morts, les familles des victimes apprécieront…

Elle s’y fait, notamment, la propagandiste de l’idée que le voile est un instrument de libération, et d’une revendication musulmane qui émancipe.

Cf. « … le voile ne constitue pas en lui-même un moyen d’émancipation de par la liberté d’espace auquel il donne droit. C’est l’entrée dans l’islam, en ouvrant un débat sur leurs conditions de vie, comme nous venons de le voir, qui favorise l’émancipation familiale, et par conséquent sociale. On comprend mieux alors comment le voile symbolise, pour ces jeunes filles vivant en France, leur relation avec un Dieu créateur de liberté ».

Une émancipation qu’ont pu apprécier à leur juste valeur nos sœurs chrétiennes d’Orient, vendues, violentées et exterminées à outrance…

Aussi, face à de telles allégations, faut-il tant se surprendre que la sénatrice (centriste) Nathalie Goulet demande en décembre 2015 « au ministère de l’Intérieur de lui fournir un bilan circonstancié des résultats du CPDSI. « Cette structure n’a pas de bureau et un très faible effectif » », explique-t-elle, « je souhaite juste comprendre comment on « déradicalise » dans de telles conditions ». La sénatrice Goulet (source à vérifier) aurait même qualifié les méthodes de travail de Dounia Bouzar et sa fine équipe de « psychologie de bazar ».

A contrario de Dounia Bouzar dont le bagage (sic) semblera léger à plus d’un, la sénatrice Goulet affiche un solide cursus à propos des questions d’Orient et de sécurité en général :

– vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense & des Forces armées ;
– titulaire de la Délégation sénatoriale à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN ;
– présidente du Groupe interparlementaire d’amitié France-Pays du Golfe ;
présidente du Groupe interparlementaire d’amitié France-Yémen.
– En juin 2014, Nathalie Goulet obtient la création d’une Commission d’enquête sur la lutte contre les réseaux djihâdistes en France.

Pour être complet (et à charge, si l’on peut dire) contre la sénatrice Goulet, on notera son extrême ambiguïté sur la question du génocide arménien. Au point que, fin 2012, dans une lettre au journal Hetq, elle précisera reconnaître l’existence du génocide arménien et que son opposition à la loi le condamnant était basée sur sa conviction que ce n’est pas à l’Assemblée nationale d’écrire l’Histoire5.

Pour Mohamed Sifaoui6, autre intervenant peu réceptif à l’œuvre du controversé CPDSI. « Dounia Bouzar raisonne en musulmane et refuse d’admettre que nous sommes dans le traitement d’une maladie de l’Islam et non d’une dérive sectaire ». L’un et l’autre bottant allègrement en touche mais selon deux angles de tir différents.

Olivier Roy7, plus sérieusement, réfute la théorie de CPDSI de l’emprise sectaire. Pour lui, il s’agit d’un « refus de comprendre », qui revient à « nier à quelqu’un la raison de son action. Ces jeunes sont volontaires. Ce sont eux qui vont chercher sur des sites ». Une évidence que peu osent mettre en avant…

Au bout du compte, Dounia Bouzar elle-même reconnaît les limites de sa méthode qui « fonctionne surtout pour des jeunes qui ne connaissent pas la réalité de DA’ECH et à qui les rabatteurs français ont fait miroiter des faux mythes ».

Quid des autres, a-t-on envie de lui dire ?

En revanche, ce qui est sûr c’est que Mme. Bouzar a une haute estime d’elle-même et de ses activités : aux Inrocks, elle ne craint pas d’asséner combien « Les précurseurs subissent toujours des incompréhensions parce que les gens ne maîtrisent pas le sujet. Les 600.000 euros8 de l’appel d’offres (dont nous refusons donc le renouvellement automatique pour l’année prochaine) ont déclenché beaucoup de jalousie. C’était pourtant assez juste pour gérer une équipe de sept salariés et 1.000 familles dans la France entière ainsi que les DOM TOM… »9.

Le 11 février 2016, Dounia Bouzar, en sa qualité de patronne du CPDSI, affirme qu’elle n’accepte pas de renouveler son mandat d’Équipe Mobile d’Intervention, pour une seconde année, en réaction au maintien de la déchéance de nationalité. Elle y écrit notamment : « (…) Va-t-on recommencer à relier l’origine ethnique des individus au processus de radicalisation ? Va- t-on réellement assister dans les prochains mois à une essentialisation de l’islam faisant de chaque musulman un potentiel terroriste et laissant passer au travers des dispositifs tous les autres ? Nous ne pouvons partager un postulat que nous combattons depuis 15 ans. C’est pour lutter contre l’amalgame entre musulmans et radicaux que nous avions conçu les indicateurs d’alerte, qui reposent sur des comportements de rupture et non pas sur la pratique ou l’apparence religieuse. L’amalgame renforce toujours les radicaux.(…) ».

Pourquoi un tel revirement ?

En fait, au fil du temps, le bilan réel du CPDSI de Dounia Bouzar va être de plus en plus remis en question. L’association a été inondée de subventions publiques, « 900.000 euros depuis dix-huit mois » précise le JDD. Et certains, à l’image de Nathalie Goulet, demandent des comptes.

Par ailleurs, le JDD évoque les soupçons de népotisme planant sur la structure même du CPDSI.

Ainsi, outre le fait d’avoir embauché des membres de sa famille, en particulier ses filles, dont une placée à la tête de Bouzar Expertises, l’autre facette (sic) des activités de Dounia Bouzar, l’anthropologue jonglerait avec ses missions publiques et ses intérêts privés.

L’inspection interministérielle audite donc, en décembre 2015 la machine mise en place. Et s’inquiète des conflits d’intérêts entre le CPDSI et Bouzar Expertises. Le préfet Pierre N’Gahane, pourtant un de ses plus chauds partisans est contraint de jeter l’éponge et concède que « pour éviter les soupçons de conflits d’intérêts, nous ne renouvellerons pas sa mission de formation pour l’année 2016, Dounia Bouzar consacrera désormais exclusivement son action aux familles ».

Finalement, Bouzar n’aurait-elle pas tout simplement anticipé sur un lâchage qui se profilait à l’horizon ?

Le JDD, parlera de « … mélange des genres, entre son entreprise Bouzar Expertises, actuellement gérée par sa fille, et son association. L’inspection interministérielle, qui audite actuellement le dispositif national de lutte contre la radicalisation, s’en est ému avant même d’avoir terminé son Rapport. Bouzar Expertises vend, en effet, des prestations de formation à des collectivités susceptibles de travailler avec l’association… »10.

Libération n’était pas en reste et écrivait qu’« En septembre 2014, le ministère de l’Intérieur finit par reconnaître le travail de son association, désormais conventionnée et dotée de subventions publiques. Au risque de frôler le mélange des genres : sur le site du CPDSI, on peut ainsi acheter les derniers ouvrages de Dounia Bouzar, liens Amazon à la clé. La petite structure est aussi une affaire de famille : deux filles de l’anthropologue, Lilya et Laura, apparaissent dans l’organigramme »11.

Mais, il y a encore plus surprenant : parmi les recrues de la machinerie Bouzar, on est quelque peu surpris de croiser le dénommé Farid Benyettou. Quidam condamné en 2008 à six années de prison, comme un des chefs de la « filière des Buttes-Chaumont »12 qui recrutait des volontaires du takfir pour combattre en Irak est donc devenu « formateur en déradicalisation ».

Belle promotion en vérité !

Un choix qui a beaucoup surpris au ministère de l’Intérieur, où l’on assure avoir toujours opposé un non catégorique aux requêtes de Bouzar de recourir aux services de Benyettou. Et quand Bouzar remet le couvert, lors d’un Comité de pilotage avec le ministère et le Comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD) en janvier 2016, pour faire intervenir Benyettou, le même refus lui est signifié par l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), à qui l’on concédera qu’elle a quelques lumières en matière de terrorisme. Bien sûr, Dounia Bouzar n’en a cure et passera outre les recommandations de l’UCLAT.

Il est à rappeler que la conversion de Farid Benyettou au camp du bien a laissé plus que sceptiques Patrick Pelloux et Zineb El Rhazoui13, qui ne croient pas en la déradicalisation de l’ancien leader de la filière des Buttes-Chaumont.

Ainsi pour Pelloux, « Benyettou qui fait de la déradicalisation, c’est comme si on demandait à une marque de cigarettes de se charger des campagnes anti-tabac ! C’est une injure. On nous fait croire qu’on est dans un film et qu’à la fin, même les méchants deviennent gentils. Je ne comprends pas les psychiatres qui font confiance à Beneyettou, ils sont dans l’imaginaire et la croyance ». Pour Pelloux, quitte à parler de déradicalisation « Ce qui est certain, c’est qu’il faut engager des personnels qualifiés comme des pychiatres, des psychologues, des assistantes sociales. L’État doit cesser de faire confiance à des personnalités dont les méthodes n’ont pas été évaluées »14.

Quant à Zineb El Rhazoui, pour elle, « la vraie déradicalisation, c’est la liberté de critiquer l’islam. Or aujourd’hui, ceux qui critiquent cette théologie vivent avec des gardes du corps. Aujourd’hui en France, on veut respecter l’islam mais, en réalité, c’est l’islamisme que l’on respecte. Par ailleurs, il faut comprendre que les vraies victimes du terrorisme ne sont pas ces radicaux mais nos amis de Charlie, les gens du 13 novembre, de Nice et leurs familles. Quand, après la Seconde Guerre mondiale, on a voulu se débarasser du nazisme, on n’a pas seulement puni les nazis mais également la littérature. On a interdit les manifestations pacifiques de l’idéologie nazie »15.

À ces éclairages, arrive un élément qui pourra en surprendre quelques-uns. Dounia Bouzar. Ainsi que l’une de ses filles bénéficient d’une protection policière assez lourde : une équipe de six policiers (chiffres différents selon Le Point) chacune ! Mais, comme l’a fait remarquer un ami sur Facebook : « Faut dire que ça ferait moche si leur symbole de la déradicalisation se faisait dézinguer… ».

D’ailleurs, la présence de Farid Benyettou, « mis en cause en 2005 dans le recrutement de djihadistes pour la guerre en Irak et formateur religieux des frères Kouachi, dès 2003, les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 », dixit Le Point, embarrasserait beaucoup les policiers du SDLP, ex-SPHP affectés à cette tâche. Notamment par ce que « sa présence régulière lui permet de connaître (leurs) méthodes de travail et la mise en place du dispositif de sécurité »16.

Last but not least : le duo Benyettou-Bouzar va sortir (janvier 2017) un livre à quatre mains, Mon Djihâd, itinéraire d’un repenti, narrant la saga du premier.

Notes

1 Plus précisément (semble-t-il) : la Chambre criminelle de 1er degré près l’annexe de la Cour d’appel de Salé.
2 Octobre 2001, Éd. La Martinière.
3 Bourdin direct (24 mai 2013).
4 ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).
5 French Senator Goulet Responds to Hetq Article: Says APA Incorrectly Translated Her Words, Hetq (20 décembre 2012).
6 Journaliste, auteur de (notamment) La France, malade de l’islamisme : menaces terroristes sur l’Hexagone, Le Cherche midi, 16 septembre 2002, ISBN 978-2-7491-0027-2), AQMI, Le groupe terroriste qui menace la France, Encre d’Orient, 2010, ISBN 978-2362430053.
7 Universitaire, auteur de (notamment) Le Moyen-Orient, du début du xxe siècle à la guerre en Irak, Éditions sonores De Vive Voix, 2009 ; Le Djihad & la mort, Paris, Le Seuil, 2016.
8 À savoir qu’à faire le total des aides & subventions reçues, on serait davantage proche des 900.000 € ! mais qu’est l’argent en comparaison d’un tel sacerdoce !!!!
9 Les Inrocks.
10 JDD.
11 La seconde étant : « chef d’équipe » (sic) au CPDSI.
12 Parmi ses émules, Chérif Kouachi qui, accompagné de son frère aîné Saïd, a commis en janvier 2015 l’attentat contre Charlie Hebdo.
13 Tous deux passés par la case Charlie Hebdo.
14 Le Figaro.fr.
15 Le Figaro.fr .
16 Le Point.

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