Obama : Dernière semaine & Ultimes coups tordus

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L’ère Obama se termine. Ni dans la gloire, ni dans la décence d’ailleurs. Épaulé par une partie de l’establishment étasunien, le président sortant fait tout ce qu’il peut pour miner le terrain à son successeur. Qu’en sera-t-il de ce jeu de massacre à la prestation de serment de Donald J. Trump ? Alea jacta est, avait dit en son temps un certain C. Julius Caesar.

| Q. Quid du discours d’adieu d’Obama ?

Jacques Borde. Bof : des phrases, ou l’écume poisseuse d’un plaidoyer pro domo visqueux à souhait. Tout ça passé en boucles par nos media munichois. Pathétique.

Ou comme l’a dit Slobodan Despot, « Aujourd’hui, nos media affligés pleurent le départ du président-humaniste qui a largué 26.171 bombes sur 7 pays en 2016 ».

Quant à ce cher Ebber Addad, il souligne que si « … la forme y est comme d’habitude, toujours aussi élégant, toujours un bon tribun qui sait haranguer la foule, la faire rire et la faire pleurer mais sur le fond rien n’a changé, il est toujours aussi creux et prend autant de libertés avec la vérité en même temps que ses désirs pour des réalités. C’est un idéologue mais surtout un expert en transformation des faits et un maître de l’illusion avec la même crédibilité qu’un camelot des Grand Boulevards du temps de mon adolescence. Pour commencer, il a oublié de dire qu’il a accumulé plus de dettes en huit ans que ses 43 prédécesseurs réunis mais il a oublié et transformé tellement de choses que ce serait rébarbatif de les énumérer. Il laisse derrière lui un bon nombre de bombes à retardement et certaines seront difficiles à désamorcer, à commencer par sa désastreuse réforme de santé, Obamacare. Quant à ses chiffres sur le chômage ils sont tellement minimisés qu’il a dû, à mon avis, les tirer à la courte paille. Plus de la moitié des chômeurs ne sont pas comptabilisés parce qu’au chômage depuis plus de trois ans. On fait dire ce qu’on veut aux statistiques, c’est bien connu ».

Comme bien souvent, en pareil cas,la vérité est ailleurs…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Que la vérité économique, en tout cas, est toute autre. Je veux dire totalement différente des oukases d’un Obama ou des prédictions d’un Soros.

Un exemple : le groupe italo-américain Fiat-Chrysler va investir un milliard de dollars d’ici à 2020 dans deux de ses usines dans le Michigan et l’Ohio. 2.000 nouveaux emplois vont être créés pour assembler notamment sa nouvelle Jeep de luxe Wagoneer ainsi qu’un pick-up, précisait le communiqué publié à la veille de l’ouverture du salon automobile de Detroit. Fiat-Chrysler va également produire dans son usine de Warren (Michigan) une grosse camionnette à plateau (pick-up) de marque Ram, actuellement fabriquée au Mexique. Comme quoi, relocaliser quand on veut…

Fiat-Chrysler, qui a senti le vent du boulet effleurer ses petits camarades Ford et GM insiste sur « … son engagement à renforcer sa base manufacturière aux États-Unis », prenant bien soin d’ajouter avoir également créé 25.000 emplois dans le pays depuis 2009.

Un message visiblement destiné à Donald Trump, qui a multiplié les avertissements contre l’industrie automobile, implantant leurs usines au Mexique pour y fabriquer à moindre coût des voitures destinées aux États-Unis.

Exactement, ce que font les deux constructeurs français, PSA et Renault, soit dit en passant…

| Q. Et, en politique étrangère ?

Jacques Borde. Citons encore Eber Addad, dans ce domaine ô combien délicat, « …il n’a absolument rien réussi alors qu’aujourd’hui même Kerry nous parlait des succès de la diplomatie en Syrie ».

| Q. Quid d’Obama dans une semaine ?

Jacques Borde. Nous verrons bien. Mais c’est surtout le Barack Hussein de cette dernière semaine qui m’inquiète beaucoup plus.

Comme le note Eber Addad, « Dans une semaine Obama ne sera plus Président et on a l’impression qu’il a envie de commencer une guerre mondiale. On n’a jamais vu ça ! Un président sur je départ prendre autant de décisions de politique étrangère comme s’il voulait savonner la planche à son successeur et faire payer au monde entier son départ de la Maison-Blanche… il vient d’envoyer des troupes, des tanks et de l’artillerie en Pologne aux portes de la Russie comme une provocation… Ce type est fou et je suis sûr qu’on en apprendra des choses sur lui après son départ. Même son rictus et son physique ont changé ces dernières semaines, l’amertume se lit sur son visage, la rancœur et la colère froide dans ses moindres faits et gestes. Déclenchera-t-il un conflit majeur ou prendra-t-il des décisions lourdes de conséquences cette dernière semaine ? Yes, he can! ».

Oui, il le peut ! C’est bien là tout le problème. Bon ! Trois choses sont là pour nous rassurer…

| Q. Lesquelles ?

Jacques Borde. Oh, simplement celles-ci :

1- de son côté, son successeur à la tête de ce qui reste, envers et contre tout, l’hegemen étasunien, Donald J. Trump, se veut toujours aussi rassurant et pragmatique quant à ses relations avec ses homologues, Vladimir V. Poutine, en tête.

2- côté russe, l’administration Poutine garde la tête froide et se garde bien de répondre aux ultimes provocations d’un Obama de plus en plus caractériel.

3- Côté Vieille Europe, Trump a réitéré ses propos de campagne concernant l’Allemagne et ses choix géostratégiques, notamment à propos des flux migratoires. Mais rien de bien nouveau en fait. Il faudra, je le crains que nos dirigeants fasse avec. Fraü Merkel la première.

| Q. Et, économiquement, où en est-on ?

Jacques Borde. Aux États-Unis, vous voulez dire ? Au beau fixe, pardi !

George Soros avait parié que la bourse allait se crasher après la victoire de Donald J. Trump, et s’était positionné en conséquences. Il a misé sur la baisse et a perdu, comme vient de l’écrire le très austère Wall Street Journal dans son édition du 12 janvier « près d’un milliard de dollars en raison du rallye boursier provoqué par l’élection surprise de Donald Trump ». Pour reprendre Eber Addad, « Ce n’est peut-être pas grand chose pour lui mais son ego en souffre et il est, heureusement, en fin de carrière ».

| Q. Diriez-vous à propos de l’administration sortante que ce sont mauvais perdants ?

Jacques Borde. C’est pire que ça. Ces gens-là, Egobama en tête, foulent au pied les institutions de leur propre pays.

Comme l’a dit Dominique Jamet, « On est surpris que les SR américains et le président sortant ne soient pas plus nets et plus clairs. Ou bien ils soutiennent des manœuvres pour empêcher Trump de devenir président et dans ce cas, qu’ils aient le courage de leurs accusations et qu’ils les prouvent ; ou bien qu’ils laissent tomber des manœuvres qui relèvent encore moins des couloirs que des toilettes. En ce moment, en discréditant Donald Trump, ils se discréditent eux-mêmes et font du tort aux institutions américaines. Alors on aimerait avoir le cœur net le plus vite possible et de deux choses l’une : soit on est capable d’apporter des preuves étayant ces accusations et il faut aller jusqu’au bout, soit on envoie ces accusations aux toilettes et on tire la chasse »1.

| Q. Et du côté de Trump ?

Jacques Borde. Donald J. Trump, joue la montre assez intelligemment. Ce tout en n’épargnant pas la presse caniveau de son pays, comme nous venons de le voir lors de sa dernière conférence de presse.

Pour le reste, comment ne pas noter que l’essentiel des attaques le concernant ne tiennent tout simplement pas la route…

| Q. Dans quel sens ?

Jacques Borde. Prenez, tout la m… – désolé, je ne vois pas d’autre terme plus approprié – que colportent, de ce côté-ci de l’Atlantique, nos media munichois sur ses relations avec la Russie, ça ne tient pas la route. Et, surtout, déontologiquement, c’est acceptablement.

Lorsque « … je lis que « Trump est un mauvais président » et, beaucoup plus rarement, qu’il est un bon président », note Eber Addad. « La sagesse, la prudence et même l’intelligence élémentaire inclineraient à ne porter aucun jugement ni négatif ni même positif tant qu’on ne l’a pas vu à l’œuvre…. sur quelles bases peut-on le juger aujourd’hui ? On peut l’aimer ou ne pas l’aimer, le trouver éminemment sympathique ou foncièrement antipathique, mais on ne peut pas juger de son aptitude à gouverner alors qu’il ne sera investi dans sa fonction que dans une semaine seulement ! Il faudrait arrêter de mélanger sentiments et opinions, c’est mauvais pour la santé mentale…. »

À meilleure preuve :

1- le US Secretary of Defense, James Mad Dog Mattis2, auditionné par le Sénat, n’a pas hésité un seul instant à rappeler la place de la Russie dans les défis qu’aurait à traiter la nouvelle administration ;

2- Trump a confirmé, samedi dernier, son intention de nommer l’ancien sénateur Dan Coats, mal noté (sic) à Moscou, pour remplacer au poste de Director of National Intelligence (DNI)3, le lieutenant-général James R. Clapper Jr.

La nouvelle administration US n’est pas à la botte de Moscou, elle a simplement plus envie de normalisation que de confrontation avec le plus gros joueur autour de la table après elle.

| Q. Le choix de Coats, ça n’est pas une marche-arrière par rapport à ce que vous nous disiez à propos de Michael T. Flynn ?

Jacques Borde. Quelque part, si. Beaucoup de sources donnaient le nouveau National Security Adviser, le lieutenant-général Michael T. Mike Flynn4, comme opposé au maintien du poste de DNI dans l’architecture difficile de la lutte contre le terrorisme.

Rappelons que le poste a été créé après les attentats du 11 Septembre, et sert à coordonner l’activité des 16 agences de Renseignement US, dont la CIA, le FBI, la DIA, la NSA. Sans avoir à proprement parler d’autorité sur ces agences, le DNI s’assure que l’information circule entre elles et qu’elles ne dupliquent pas leurs efforts.

Flynn était plutôt favorable à la suppression du poste de DNI, dont il aurait hérité des attributions.

Nous verrons bien ce qu’il en sera, du rôle des uns et des autres, lorsque l’administration Trump se mettra en marche…

Notes

1 Russia Today.
2 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
3 Nommé le 5 juin 2010 pour remplacer Dennis C. Blair, décision confirmée par le Sénat le 5 août 2010.
4 Ancien directeur, de 2012 à 2014, de la Defense Intelligence Agency (DIA, Agence du Renseignement militaire), répond aux besoins du président des États-Unis, du US Secretary of Defense, du Joint Chiefs of Staff (JCS, Comité des chefs d’état-major interarmées). Michael T. Flynn est l’auteur avec Michael Ledeen de The Field of Fight: How We Can Win the Global War Against Radical Islam & Its Allies. St. Martin’s Press. ISBN 1250106222.

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