Entre Kulturkampf & Remises en question, l’administration Trump prend ses marques…

19 janvier, 2017

| États-Unis | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

À la veille de sa prestation de serment, Donald J. Trump, imprime déjà sa marque sur la vie politique US. entre Kulturkampf & Remises en question, l’administration Trump, assurément, ne ressemblera à aucune de celles qui l’ont précédé.

« La CIA a également délivré des armes et de l’argent via l’Arabie Séoudite, la Turquie, le Qatar et d’autres pour apporter un soutien direct et indirect à des groupes tels que l’État Islamique et Al-Qaïda (…). Cette folie doit cesser. Nous devons cesser d’armer les terroristes ».
Tulsi Gabbard, Représentante (D-HI).

| Q. Allons droit au but : quand se rencontreront Trump et Poutine ?

Jacques Borde. Je vais vous faire une réponse de Normand : dès que l’occasion se présentera ! Il est quasiment assuré que les deux homme n’attendront pas le Sommet du G20, qui n’est prévu au cours de l’été 2017. Vu l’urgence des dossiers, la première opportunité sera la bonne.

Coté russe, Vladimir V. Poutine Poutine s’est dit prêt à rencontrer Donald J. Trump dès que que celui-ci aura pris ses fonctions, en janvier 2017. « On sait que le président-élu des États-Unis a appelé publiquement à la normalisation de la relation russo-américaine. Nous ne pouvons que soutenir cela », affirmé Vladimir V. Poutine.

L’occasion faisant le larron, cela pourrait être dès lundi (23 janvier 2017) au Sommet d’Astana, sur la Syrie. Mais pas sûr…

| Q. Rex Tillerson au Département d’État. N’est-ce pas un peu illusoire de vouloir faire passer la diplomatie des États-Unis par un pétrolier comme Rex Tillerson ?

Jacques Borde. Pourquoi illusoire ? Tout dépend de ce que vous voulez ! Le nouveau US Secretary of State, Rex W. Tillerson1 (64 ans), n’est pas n’importe qui. Et ExxonMobil, son entreprise, a conclu une dizaine de partenariats avec Rosneft, le principal pétrolier russe2. En fait, les contrats conclus avec la Russie par ExxonMobil pourraient potentiellement générer 500 Md$US.

Or, soyons clair, l‘America First dont nous parle Donald J. Trump est celle d’un plein emploi qui doit passer par un apaisement des tensions internationales. Et surtout celles entre les grands de ce monde. Donc du business, y compris, voire surtout, avec la Russie.

Qui plus est, certains de ceux qui critiquent les choix de Trump feraient mieux de se regarder dans une glace. Surtout dans notre vieille Europe.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Primo, quand on a mis, comme l’a fait l’administration Hollande, la France à genoux géopolitiquement, géostratégiquement et économiquement, un peu de modestie serait de mise.

Secundo, parce que nous avons toujours eu, dans notre vieille Europe, des gens venant des milieux du business en politique, voyons :

Pompidou, Giscard, Berlusconi. Et le petit dernier en date, nous venant droit s de la finance : Emmanuel Macron ? En quoi Rex W. Tillerson ne pourrait-il pas exercer un office d’État. Surtout que lui a de vrais résultats au compteur !

| Q. Tout va pour le mieux pour Trump, alors ?

Jacques Borde. Oui, plutôt. Évidemment, les media, majoritairement démocrates, vont tenter d’habiller le nouveau US Secretary of State Tillerson, pour l’hiver. Mais le bonhomme sait se défendre. Et les Américains, qui sont plus pragmatique que nous, le jugeront sur ses résultats.

À noter que tout ce qui ne va pas dans le sens du Trump bashing est systématiquement abandonné par nos media mainstream. Comme lorsque le recomptage des votes s’est encore plus mal passé que prévu pour les Démocrates, carrément pris la main dans le sac de « bourrage des urnes »…

| Q. Où donc ?

Jacques Borde. À Detroit, notamment. Quand ils ont fini le décompte pour la ville de Detroit, qui a voté à 95 % pour Hillary R. Clinton, ils ont trouvé plus de bulletins qu’il n’y avait d’électeurs ! Beaucoup plus ! Et que n’avait-on entendu sur le sujet dans la bouche des media mainstream.

Gênant tout de même…

| Q. Sinon, les critiques sont toujours aussi vives contre l’administration sortante de la part des Républicains ?

Jacques Borde. Pourquoi des Républicains seulement ?

Une des voix les plus décidées (et des plus lucides) contre l’administration Obama reste celle de la Représentante (D-HI) Tulsi Gabbard, qui avait fait les manchettes lorsqu’elle a démissionné de son poste de vice-présidente du Democratic National Committee (DNC, le Comité national démocrate).

Tulsi Gabbard incarne l’essence même du rejet des politiques interventionnistes qui ont plombé l’Amérique au cours des deux dernières décennies. À ce titre, c’est bien d’elle que nous venait ce rappel que « La CIA a également délivré des armes et de l’argent via l’Arabie Séoudite, la Turquie, le Qatar et d’autres pour apporter un soutien direct et indirect à des groupes tels que l’État Islamique et Al-Qaïda (…). Cette folie doit cesser. Nous devons cesser d’armer les terroristes ».

La Représentante Gabbard est, rappelons-le, tout à fait qualifié pour rendre ces jugements.

En 2002, à l’âge de 21 ans, et élue depuis peu à la législature d’état hawaïenne, elle a rejoint la Hawaii National Guard, où elle s’était porté volontaire pour se déployer en Irak3. À l’époque, elle déclarera que « Bien que je n’étais pas en service actif, je me suis porté volontaire pour aller avec ses camarades de la Garde parce que je sentais que c’était mon devoir en tant que soldat et amie de me joindre à eux Au service de notre pays ».

| Q. Sinon, c’était sérieux cette campagne de boycott lancée par des Pro-Trump contre le dernier épisode de Star Wars, Rogue One ?

Jacques Borde. Oui, très. Et, c’est tant mieux au niveau du Kulturkampf, ou du combat des idées, si vous préférez.

| Q. De quoi s’agit-il ?

Jacques Borde. Oh, c’est assez simple. Alors même que le film n’était même pas en salles, une campagne de boycott du film a été lancée sur Twitter notamment par le biais du hashtag: #dumpstarwars (Abandonner Star Wars).

| Q. D’où cela vient-il ?

Jacques Borde. D’un dénommé Jack Posobiec, membre de Citizens for Trump, un mouvement citoyen en faveur du président Donald J. Trump.

Sur le réseau social, Posobiec affirmait, dès le 8 décembre 2016, que « les scénaristes de Star Wars ont réécrit et retourné certaines scènes de Rogue One juste pour ajouter des séquences anti-Trump ». D’où l’idée du hashtag, qui, depuis, a été suivi par des dizaines de milliers de tweets de fans de Donald Trump. Franchement, je trouve le concept assez bon. Assez enrichissant même. Pourquoi seules les groupies d’Hillary R. Clinton devraient-elles être les seules à passer par la Toile pour faire passer leurs initiatives ?

| Q. Mais ces accusations contre Rogue One, vous en pensez quoi ?

Jacques Borde. Sur ce point précis, je n’ai pas d’éléments précis. Mais tout ceci n’est pas si étonnant que ça ! Hollywood a toujours été un véhicule idéologique majeur pour l’hegemon étasunien. Ainsi (exemple), Star Trek, à l’époque, a fait la promo de la politique d’ingérence pendant les guerres de Yougoslavie…

| Q. Et, ça n’est pas un exemple isolé ?

Jacques Borde. Non, de toujours, aux États-Unis le 7ème Art a été une machine de guerre plutôt implacable et pas seulement un divertissement. Même lorsqu’on y fait mine de battre sa coulpe.

Par exemple, prenez le film Soldat bleu4, supposé nous éclairer sur la brutalité des guerres indiennes, il se termine par une citation du général Nelson Appleton Miles, condamnant un massacre (de Sioux Lakotas si ma mémoire est bonne). Or, Miles est un des plus grand massacreurs d’Indiens que le Nord-ouest est connu. C’est lui, avec le général Oliver O. Howard, qui écrasa les Nez Percés qui vont finir en déportation dans une de ces réserves-mouroirs ou vont être épurées ethniquement, une à une et sans état d’âme, les Premières nations amérindiennes.

| Q. Les réalisateurs américains ne trouvent pas grâce à vos yeux ?

Jacques Borde. Sur ce sujet ? Si, un tout de même. John Ford, le maître ! Qui catholique et Irlandais d’origine marqué par les massacres et la volonté véritablement génocidaire de la Couronne britannique vis-à-vis du peuple libre d’Irlande, aura toujours une empathie véritable pour les Premières Nations.

Voir son remarquable Cheyenne Autumn5, sorti en 1964. Pour moi, le seul vrai plaidoyer sincère contre le génocides des Premières Nations des États-Unis.

Sans parler de The Searchers6, sorti en 1956. En 2008, l’American Film Institute l’a, à juste  titre, désigné comme le « plus grand western de tous les temps ». Il est inscrit depuis 1989 au National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis « pour tous les temps en raison de son importance culturelle, historique ou esthétique ». Bibliothèque (Sourire) où, en toute immodestie, il côtoie mes deux livres7

Si dans The Searchers, les Comanches sont bien les ennemis. Ceux-ci sont dépeints comme des adversaires redoutables et à traiter avec respect.

Notes

1 Pdg du géant pétrolier ExxonMobil.
2 Détenue par l’État russe depuis 2011.
3 Où elle a effectué deux tours opérationnels.
4 Film américain de Ralph Nelson, sorti en 1970. Le film renvoie au Massacre de Sand Creek (Colorado), le 29 novembre 1864, par 700 hommes de la Cavalerie du Colorado. Les soldats assassinèrent beaucoup de femmes et d’enfants, prirent une centaine de scalps et commirent de nombreux viols et mutilations.
5 Les Cheyennes.
6 La Prisonnière du désert.
7 Vol 688 Iran Air, Un Crime de guerre américain, Éd. Dualpha, 2000, et Pourquoi l’Amérique – 11 Septembre, Éd. Avatar, 2001.

Tulsi Gabbard, Jack Posobiec, Nelson A. Miles, John Ford, Rex W. Tillerson

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