Trump & le monde arabe

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Quelle sera la politique arabe du prochain président des États-Unis, Donald Trump ? Son élection surprise a suscité des réactions divergentes parmi les régimes arabes. Alors que certains se sont réjouis de ses positions vigoureusement antiterrorisme islamiste, notamment contre l’État Islamique (EI), d’autres ont exprimé leurs inquiétudes face à ses prises de position excessivement pro-israéliennes..

Trump est en réalité un tenant d’une politique étrangère isolationniste. Il a souligné qu’il mettrait l’accent sur les questions internes, notamment économiques. Il ressemble en cela au président démocrate sortant Barack Obama, qui s’est gardé d’impliquer directement son pays dans les conflits qui déchirent le monde arabe depuis 2011, se contentant d’un rôle secondaire et laissant les premiers rôles aux puissances régionales, (Iran, Arabie Séoudite et Turquie), mais aussi à la Russie.

Trump a cependant exclu la lutte contre le terrorisme, notamment contre DA’ECH, de cette politique de retrait des affaires du monde arabe. Il a annoncé que c’est la seule question pour laquelle il était prêt à envoyer des troupes américaines à l’étranger. Mais il préfère toutefois, en accord avec sa politique isolationniste, laisser à la Russie le soin de combattre DA’ECH en Syrie. Moscou, qui intervient militairement dans ce pays depuis septembre 2015, y bombarde, entre autres, les positions du groupe islamiste. Pour Trump, la Russie fait du bon travail anti-islamiste en Syrie.

On peut donc s’attendre à ce que le nouveau locataire de la Maison-Blanche applique une politique violente et agressive, basée sur l’utilisation de la force militaire, contre les organisations terroristes dans le monde arabe. Cette politique suppose une coopération et une concertation sécuritaires plus étroites avec les régimes politiques régionaux qui combattent le même phénomène, dont l’Égypte. Elle implique par conséquent la baisse ou la suppression des pressions officielles américaines concernant les questions de démocratie, de respect des droits de l’Homme et de liberté d’expression, qui sont considérées par les puissances régionales comme une intervention dans leurs affaires internes. Il faut s’attendre donc à une amélioration des relations entre Washington et ces pays.

Conformément à sa politique isolationniste, Trump a appelé les monarchies arabes du Golfe à « dépenser plus » dans leurs forces militaires et à assumer une part plus importante de la sécurité de leur intégrité territoriale. Il leur a également demandé de « payer plus » pour bénéficier de la protection militaire américaine. Cette position est conforme à la vision affairiste adoptée par Trump dans les questions internationales, mesurant le mérite de toute politique étrangère à l’aune du profit matériel direct. Cette politique pourrait être un facteur de tension avec les États du Golfe qui les pousserait vers une plus grande intégration de leurs forces militaires. En fait, Obama a tenu une position similaire lorsqu’il a appelé les régimes du Golfe à compter davantage sur leurs propres forces militaires, estimant en même temps qu’ils exagéraient le danger que représente l’Iran pour leur sécurité interne, en particulier après la signature de l’accord international sur son programme nucléaire en juillet 2016.

C’est là que réside la principale différence entre Trump et Obama. Alors que le président sortant considère que l’accord sur le nucléaire iranien est sa plus grande réalisation au Moyen-Orient, Trump estime que cet accord est le pire jamais signé par les États-Unis, et qu’il n’empêcherait pas l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Il a, par conséquent, promis de revoir certaines de ses dispositions. Cette promesse est extrêmement difficile, voire impossible à mettre en œuvre, car il s’agit d’un accord international signé par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne. Les États-Unis pourraient cependant ralentir l’application de ses dispositions relatives à la levée des sanctions. Ils sont également en mesure d’imposer leurs propres sanctions. Il est à rappeler que Washington avait imposé de nouvelles sanctions à l’Iran, en raison de son programme de missiles balistiques, le 17 janvier dernier, quelques heures à peine après la levée de certaines sanctions prévues par l’accord sur le nucléaire. Les nominations annoncées jusqu’ici dans l’Administration Trump confirment cette orientation anti-iranienne, qui devrait se solder par un rapprochement des positions avec les monarchies du Golfe. Celles-ci avaient longtemps accusé l’Administration Obama de « naïveté » dans sa politique envers les ambitions régionales de la République islamique.

Le plus inquiétant dans la politique arabe de Trump se trouve dans ses positions vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Elles sont certes en faveur d’Israël, à l’instar de celles des précédentes administrations américaines. Mais elles représentent aussi une rupture avec les positions traditionnelles des États-Unis envers les colonies juives dans les territoires palestiniens occupés. Trump avait au départ annoncé, lors de sa campagne électorale, qu’il serait « neutre » à l’égard du conflit israélo-palestinien, ce qui a suscité la colère des dirigeants israéliens. Il a ensuite rectifié le tir, en annonçant qu’il serait le meilleur des amis d’Israël et que les relations entre les deux pays atteindraient des niveaux inégalés. Il a par conséquent indiqué qu’il soutient le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, ce qui signifie que Washington la reconnaîtra comme capitale d’Israël. Ses conseillers en politique étrangère ont cependant expliqué par la suite que le président élu ne prendrait pas une telle décision avant qu’elle ne bénéficie d’un consensus américain.

Mais la position la plus importante tenue par l’équipe de Trump en faveur d’Israël est celle annoncée le 10 novembre dernier, par son conseiller sur Israël, Jason Greenblatt. Celui qui est pressenti comme le prochain envoyé spécial américain pour le Proche-Orient a indiqué que le président élu ne considère pas les colonies juives dans les territoires palestiniens occupés comme un « obstacle » à la paix. Une position qui est non seulement contraire au droit international mais également aux positions des différentes administrations américaines depuis plus de vingt ans. Celles-ci avaient constamment considéré la construction de colonies comme un obstacle à une solution pacifique basée sur la création d’un État palestinien indépendant. Si elle se confirme, cette nouvelle position nuira gravement à toute solution politique fondée sur la formule des « deux États ». Certains observateurs expliquent les positions pro-israéliennes de Trump par son manque d’expérience en matière de politique étrangère, notamment concernant des dossiers aussi compliqués que celui de la question palestinienne.

Les grandes lignes de la politique arabe de Trump, exposées ci-dessus, représentent essentiellement ses positions affichées au cours de sa campagne électorale. Certaines d’entre elles pouvaient avoir été fortement influencées par sa volonté de gagner les voix du puissant lobby pro-israélien aux États-Unis. D’autres risquent fort d’être modifiées ou reformulées lorsque la nouvelle Administration se heurterait aux difficultés de l’exercice du pouvoir et aux contraintes imposées par les intérêts des puissances étrangères

© Al-Ahram Hebdo

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