Fillon les pognes dans le pot de confiture & Merkel dans la graisse de Kalach !

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Ach, la guerre, gross malheur. À chacun sa croix ! À Paris, Tartuffe cul-béni, Fillon le preux, les deux mains engluées dans le pot de confiture, n’en finit pas de s’enfoncer dans le Pénélopegate. À Berlin, autre musique, celle d’une fanfare militaire essayant de masquer ce qui pourrait devenir le scandale de la décennie : celui des livraisons d’armes de feue la NVA à des clients bien peu recommandables.

| Q. Dites-donc, il semblerait que l’on commence à avoir quelques doutes quant à l’engagement des Peshmerga ?

Jacques Borde. Oui, effectivement. En Allemagne notamment où le porte-parole du groupe Aufschrei1,Jurgen Grasslin, estime que des livraisons d’armes en provenance de la Bundeswehr2 et destinées aux Peshmerga kurdes auraient fini dans de bien mauvaises mains…

| Q. Lesquelles ?

Jacques Borde. Dans le pire des cas : celle d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)3. Cuisant échec ! À moins que…

Plus généralement, selon, un vieille tradition remontant aux guerres de Yougoslavie (où Berlin a armé à outrance les milices oustachi croates), à partir de 2014, la Bundeswehr a fourni des matériels militaires aux Peshmerga en Irak du Nord. But (du moins officiellement) donner aux Peshmerga les moyens matériels de leur guerre contre contre la terreur takfirî.

Las, de récentes études de nos confrères de NDR et WDR confirment que ces armes made in Germany4 se retrouvent assez facilement sur des marchés parallèles et tombent, entre autres, dans les mains de Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH).

Jurgen Grasslin a avoué à nos estimés confrères de Sputnik que c’était une chose courante : « En règle générale, le gouvernement fédéral n’a aucune idée de l’endroit où se retrouvent les armes exportées. Mes recherches menées ces 30 dernières années dans nombre de pays, régions de crise et régions de combat témoignent que les armes se déplacent. Elles ne restent pas là où elles ont été livrées », a-t-il indiqué.

Le plus intéressant est que, ce faisant, l’Allemagne viole l’embargo de l’ONU sur les livraisons d’armes.

« Il est intéressant de noter dans le cas de cette mission de formation, le gouvernement fédéral enfreint plusieurs lois allemandes. La loi sur le contrôle des armes de guerre, la loi sur le commerce extérieur, les directives allemandes et européennes sur les exportations d’armes interdisent leur fourniture dans les zones de combat », a ajouté de son côté le vice-président de Die Linke, Tobias Pfluger.

| Q. Mais comment en être sûr ?

Jacques Borde. Parce que les armes sont des denrées parfaitement identifiables, pardi.

Toute arme possède des marquages qui permettent son identification. Certes, vous pouvez tenter de les effacer (plus ou moins en fait). Mais cela ne suffit pas.

Pas de chance, en plus : prenez les AKM est-allemandes, elles sont relativement facile à tracer. Elles ont toutes été fabriquées chez VEB Fahrzeug & Waffenfabrik Ernst Thälmann, sise dans la bonne ville de Suhl. Elles étaient produites pour le compte de la Nationale Volksarmee (NVA)5 et l’exportation et en deux versions seulement :

1- MPi-KM (AKM) ;

2- MPi-KMS-72 (AKMS).

Utilisant massivement le plastique pour les garnitures, elles sont en outre reconnaissable à l’œil nu. Entre deux et cinq mètres, je vous les identifie d’un simple coup d’œil ! C’est un peu la même choses pour les Vz-28 tchèques. Mais qui, attention, ne sont pas des AK-47 ou des AKM fabriquées localement, mais des armes entièrement différentes. Et bien meilleures, si vous voulez mon avis.

Ceci sans parler des fusils-mitrailleurs LMG-K et mitrailleuses PKM.

| Q. Donc Berlin a approvisionné les Peshmerga

Jacques Borde. Oui mais pas seulement. Cette affaire, c’est un peu comme des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres.

| Q. Et, c’est dommageable ?

Jacques Borde. Sur la durée, beaucoup oui.

Pour, Jurgen Grasslin « S’il est prouvé que DA’ECH tire avec des armes allemandes — et des armes provenant d’autres pays, bien sûr — c’est plus qu’un scandale. C’est un crime. C’est la complicité dans les meurtres. Les armes sont livrées dans des zones de combat. Il est notoire qu’elles tombent dans les mains des pires groupes terroristes, y compris DA’ECH. Il faut nommer les gens qui autorisent les exportations d’armes, à savoir le conseil fédéral de sécurité et les membres du gouvernement fédéral. Mais, en premier lieu, ce sont Angela Merkel et Sigmar Gabriel qui dirigent le conseil et portent la responsabilité pour les exportations d’armes ».

| Q. Quel rapport avec des poupées russes ?

Jacques Borde. Mais parce que, sacrebleu, il n’y a pas que DA’ECH dans le circuit. À la chute de la RDA, en 1990, l’Allemagne va se retrouver à le tête d’un arsenal bien encombrant : celui de la NVA et de la Volkspolizei6. Qu’en faire ?

Ça tombait bien, l’ami américain avait (et allait avoir) sur les bras toute une série de conflits pas très propres sur eux. Avec des alliés et proxies intégralement formés aux maniement des armes soviétiques. Avec deux énormes foyers, encore non-éteints complètement à ce jour :

1- Afghanistan, du mois de décembre 1979 à… maintenant.

2- Soudan, ou la Seconde guerre civile soudanaise a commencé en 1983. Le conflit a officiellement pris fin avec la signature d’un accord de paix en janvier 2005. Mais a redémarré entre factions sud-soudanaises depuis.

C’est donc la très prude Allemagne fédérale qui va faire de gros efforts pour équiper en armes légères et collectives ces proxies de l’Occident.

Au point qu’on verra des unités entières des miliciens de la Sudan People’s Liberation Army (SPLA)7 de feu John Garang, vêtus à 90% des treillis si caractéristiques de la NVA. Sans parler de MPi-KMS-72 et LMG-K à foison dans les rangs de cette même SPLA.

| Q. Bon. Et en quoi cela est embarrassant pour l’administration Merkel ?

Jacques Borde. Le gênant, c’est que ces livraisons ont approvisionné des pays sous embargo militaire. Et des mouvements, tous à leurs débuts, pas mieux classés que DA’ECH au plan des droits de l’Homme.

Si vous voulez, c’est un peu comme ce que l’on a appelé les prisons de la CIA. Les Américains avaient besoin de matériels en bon état, en quantité et immédiatement disponibles. Alors, la République fédérale – trop contente de se débarrasser d’armes et d’équipements dont elle ne savait que faire – a honoré les commandes Et s’est mis des pétrodollars plein les poches !

| Q. Et, il n’y a pas eu de clients plus, disons, honorables ?

Jacques Borde. Si, quelques-uns. On notera pour les contrats légaux à 100% la Jandarma8. Quant à l’aspect démocratique de la Jandarma, je vous en laisse seul juge !

| Q. Des soucis en perspective pour la chancelière ?

Jacques Borde. À ce stade, il est trop tôt pour le dire. Mais, il n’est pas sûr qu’entre l’âpreté des media à ronger ces os pas très nets et la ténacité de partis comme Die Linke, à ne pas laisser l’administration Merkel enterrer l’affaire, qui sait si nous n’en sommes pas aux prémisses d’un possible Merkelgate ?

Nous verrons bien…

Notes

1 Tollé en allemand.
2 Armée fédérale, de l’Allemagne pos-hitlérienne.
3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
4 In DDR, l’Allemagne de l’Est, en fait.
5 Pour Armée populaire nationale, de 1956 à 1990, l’armée de la République démocratique allemande (RDA).
6 En allemand, Police du peuple, la police nationale de l’Allemagne de l’Est.
7 Ou Armée populaire de libération du Soudan (APLS).
8 Gendarmerie turque.