Trump, MLP : le Patriotisme populaire est-il soluble dans la vie internationale ?

21 février, 2017

| Occident |  Kulturkampf | Questions à Jacques Borde |

Décidément, l’actualité a toujours l’art de se focalise sur ce qui présente assez peu d’intérêt. Ces cerniers jours deux affaires (sic) auront mobilisé les media – qui, par ailleurs s’accommodent toujours aussi bien de la via factis de la coalition wahhabî au Yémen : merci enfants yéménites, veuillez continuer à mourir en silence – : Primo, le refus de Marine Le Pen de porter voile au Liban. Secundo : la, supposée gaffe du président américain, Donald J. Trump, qui aurait évoqué un attentat qui n’a jamais eu lieu en Suède. Retour sur ces fausses affaires dont se gavent ad nauseam des mass media à la déontologie chancelante…

« Plus le trouble est grand, plus il faut gouverner. Sortant d’un immense tumulte, ce qui s’impose, d’abord, c’est de remettre le pays au travail. Mais la première condition est que les travailleurs puissent vivre ».
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre.

| Q. Faisons mine d’être galant : que pensez-vous du fait que Marine Le Pen ait refusé de se voiler pour sa rencontre avec le Grand mufti du Liban ?

Jacques Borde. C’est son choix. Et, je pense que c’est, aussi, à nous de le respecter.

Quant aux faits : à l’arrivée de la présidente du Front National venue rencontrer Cheikh Abdellatif Deriane en ses bureaux d’Aïcha Bakkar, il lui a été tendu un voile. Et Marine Le Pen a refusé de se plier à cette requête.

Avant de tourner les talons et de s’en expliquer.

« La plus haute autorité sunnite du monde n’avait pas eu cette exigence, par conséquent je n’ai aucune raison de… Mais ce n’est pas grave, vous transmettrez au Grand mufti ma considération mais je ne me voilerai pas », a rappelé MLP, dans une référence à sa visite en mai 2015 en Égypte où elle avait rencontré Cheikh Ahmed Mohamed el-Tayeb, le 44ème imam1 de la Mosquée Al-Azhar.

| Q. Doit-on y voir un manque de respect, ou une quelconque faute, de la part de la présidente du FN ?

Jacques Borde. Absolument pas. Le sujet est intéressant dans la mesure où il pose le souci du manque d’autorité régalienne à la tête de l’islam sunnite. Et,là, clairement, Mme. Le Pen n’a pas tort : ça n’est pas à elle de trancher. De fait, cela se passe selon le gré des des autorités sunni qui appliquent, chacune, leur protocole. Et dans la mesure où il n’existe aucune règle unanimement préétablie, Marine Le Pen n’a donc heurté, en cette affaire, aucun point d’un dogme qui, à l’évidence, reste à fixer pour l’ensemble du monde sunni.

| Q. Ne peut-on dire qu’elle a aussi embarrassé Al-Azhar, par son rappel ?

Jacques Borde. Non, je ne le pense pas. Sa visite au Caire de 2015 ne fut ni secrète ni occultée par qui que ce soit. Et d’ailleurs, le fait qu’elle n’y fut point voilée n’a guère passionné les gazetiers. Quant à la racaille nazislamiste, elle a, fort heureusement, d’autres soucis en raison de la pugnacité du président égyptien, ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī. qui combat ce cancer avec toute la rigueur nécessaire.

Mais, je vous l’accorde, en l’Orient compliqué, les coupeurs de cheveux en quatre, surtout éclairés par quelque lanterne takfirî savent aussi se faire entendre. Mais, notez que si d’aventure MLP s’était couverte, il se serait trouvé autant de quidams d’inspiration golfique pour relever le laxisme (sic) d’Al-Azhar. Je trouve donc qu’en cette affaire, MLP aura fait preuve d’une tempérance de bon aloi n’embarrassant personne. Une position du juste milieu2 dirais-je pour plagier la vulgate sunni.

| Q. Serait-ce le cas partout ?

Jacques Borde. En terre d’Islam, vous voulez dire ?

À noter qu’en Iran, le problème vestimentaire est clairement codifié par la loi. Mais n’y ayant jamais croisé de cadre politique du sexe (dit) faible du FN (des questions de calendrier, je suppose), je me garderai bien de développer la question. De manière générale, Il m’a toujours semblé que pour éviter tout pataquès dans cet Orient compliqué, il est opportun de régler ce genre de problème en amont. Sachant que personne n’est à l’abri d’initiatives personnelles à des niveaux intermédiaires.

Pour le reste, les propos ont été très courtois et, je ne vois pas l’intérêt de donner à cet épisode plus d’importance qu’il n’en mérite.

Q. Bon, passons de l’autre côté de l’Atlantique, qu’en est-il des propos de Trump ?

Jacques Borde. Il y en cette affaire, affaire dans… l’affaire, tout simplement.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Simplement ceci :

Primo, Donald J. Trump, n’a jamais affirmé qu’un attentat venait de se produire en Suède. Relisez bien ses propos, que dit-il très exactement ?

« Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s’est passé la nuit dernière en Suède… La Suède… qui pourrait le croire ? La Suède, ils ont accueilli en grand nombre, ils ont des problèmes qu’ils ne pensaient pas possibles. Regardez ce qui se passe à Bruxelles, regardez ce qui se passe partout dans le monde. Regardez Nice. Regardez Paris ».

Où donc lisez-vous que Donald J. Trump a fait allusion à un quelconque attentat en Suède ? Mise à part l’approximation de la syntaxe (ce qui peut arriver, il s’agissait d’un meeting public) où est le problème ?

| Q. Mais il n’y a rien eu en Suède ?

Jacques Borde. Ah, bon ! Qu’en savez-vous ?

La vérité est que Trump n’a jamais parlé d’attentat. En revanche, il se trouve que ces derniers mois, agressions, agressions sexuelles et viols se multiplient de façon dramatique en Suède et, ce de manière quotidienne. Et c’est bien entendu à cette situation que Trump faisait allusion dans son discours et pas à un quelconque attentat inexistant.

Le seul reproche que l’on puisse faire à Trump, c’est en fait le côté général de son propos et le fait qu’il n’a voulu faire explicitement référence à une affaire particulière. Mais, pour ça reportez-vous à la presse populaire suédoise : il y a des incidents (sic) chaque jour que Dieu fait…

| Q. C’est tout juste, si vous ne nous dites pas que tout ça c’est encore la faute des media ?

Jacques Borde. Vous m’ôtez les mots de la bouche ! Les media rapportent, mais occultent tout autant, ce qui les arrange. Officiellement, cela porte un nom presque poétique : ligne éditoriale. Aussi propre sur soi que le dommage collatéral si chers aux armées occidentales (et pro-occidentales) pour masquer leurs bavures.

Vous voulez un exemple ?

Nos Je Suis Partout aux poches débordant de pétrodollars ont souligné le drame de cet enfant d’Idlb qui a perdu ses jambes lors d’un bombardement, mais les mêmes s’accommodent toujours aussi bien de la via factis de la coalition wahhabî au Yémen. Merci enfants yéménites, veuillez continuer de mourir en silence !

Ah, oui, au fait, sur BFM-TV, leur correspondant (sic) à Washington, a encore réaffirmé  que le poste de National Security Adviser est toujours vacant.

Or, à ce poste hautement stratégique le général Joseph Keith Kellogg Jr. vient bien de remplacer le lieutenant-général Michael T. Mike Flynn démissionnaire.

À ce stade, tout commentaire semble superflu…

Notes

1 Depuis 2010.
2 L’auteur fait la une référence rapide à ce que relève de l’Ijtihâd. Pour ceux que le sujet intéresse nous leur conseillons de se pencher sur les travaux du Charles Saint-Prot, souvent cité sur BforBORDE.

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