Prévisions & tendances du marché pour les avions multi-rôle

| Défense | Guerre aérienne | Valentin Vasilescu |

Comparaison des principaux appareils en compétitions dans la génération 4 ++.

| Europe

Le bimoteur Eurofighter Typhoon est une coproduction anglo-germano-italio-espagnole. Le Royaume-Uni en possède 138, l’Allemagne 125, l’Italie 83, l’Espagne 61. Outre les pays producteurs, l’Autriche a acheté 15 Eurofighter Typhoon, et l’Arabie Seoudite 66. Le Koweït est également en train de négocier pour 28 avions et Oman 12. L’Eurofighter Typhoon coute très cher, 141 M$US l’exemplaire, et une heure de vol revient à 18.000 $US. Le Royaume-Uni et l’Italie ont également commandé des F-35, de sorte que de gros contrats pour les nouvelles versions de l’Eurofighter Typhoon ne sont pas attendus de ces pays.

| France

Après que l’avion de combat Rafale ait démontré ses capacités dans la guerre contre la Libye en 2011, la société française Dassault a remporté suffisamment de contrats pour maintenir ouverte la ligne de production qui était en danger de fermeture. Sur les 180 appareils commandés (le Rafale B/C pour l’armée de l’Air et le Rafale M pour le porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle de la Marine nationale), 140 ont déjà été livrés. 24 autres Rafale ont été achetés par l’Égypte, 36 Rafale arriveront en Inde en 2019 et probablement 36 autres en mai 2022. Le Qatar négocie pour 24 Rafale. La France est en train de pousser la Belgique à remplacer sa flotte de F-16 A/B obsolètes par des Rafale. Bien qu’il soit le meilleur de la génération 4 ++, le Rafale en est aussi le plus cher, au prix de 142 à 180 millions M$US l’exemplaire, presque autant que l’avion de combat furtif de 5ème génération F-35. Le coût horaire de vol est de 19.000 $US.

| Russie

L’un des objectifs de la campagne militaire russe en Syrie était de mettre en valeur son avion moderne multi rôle. La Russie a maintenant un avantage sur le marché des avions de génération 4 ++. Les usines Sukhoi et Mikoyan ont des contrats à l’étranger pour plus de 120 avions (Su-30, Su-34, Su-35 et MiG-35), en plus des cinquante Su-35, 30 Su-30SM, 37 MiG-35 et 34 Su -34 seront livrés aux forces armées russes au cours des quatre prochaines années. L’Égypte a signé un contrat en 2015 pour acheter cinquante MiG-29 et en recevra six à la fin de 2017. Ensuite, les Forces aériennes égyptienne remplaceront les derniers F-7 (MiG-21 produits par la Chine) par des MiG-35. La Chine reçoit actuellement 24 Su-35.

Au cours du Singapore Air Show, un salon de l’armement (16 au 21 février 2016), l’Algérie a signé un contrat pour un premier lot de douze avions Su-32 (la version d’exportation du Su-34). L’Algérie envisage d’acquérir un total de quarante Su 34 et quatorze Su-35. En 2017, l’Algérie est également censée recevoir quatorze avions multi rôle russes Su-30MKI. La Jordanie est en négociations pour le même avion Su-32 car il doit remplacer l’ancien F-16 A/B. La Malaisie, qui a dix-huit Su-30MKM en opération, veut acheter les Su-32 et Su-35. L’Indonésie, qui possède dix-neuf Su-27 SKM et Su-30MKI/MKK2, aimerait aussi avoir dix Su-35.

Les avions russes coûtent moins cher et sont plus résistants à l’usage par rapport à ceux de l’Occident, bien que leurs avioniques soient inférieures. Le prix d’un MiG-35 est de 35 M$US et un Su-30 coûte 50 M$US. L’avion russe de 5ème génération, le Sukhoi Su T-50 poursuivra ses essais en 2017, pour entrer en production en 2018.

| Chine

Au cours des deux dernières décennies, la Chine a presque comblé l’écart technologique qui la séparait des principaux constructeurs d’avions multi-rôle, devenant l’un des grands producteurs d’avions militaires. L’avion chinois multi-rôle  de génération 4 ++ est le J-10B. Il a un radar AESA (similaire à celui du MiG-35) et est proche de la performance du F-16 et du Mitsubishi F-2, qui sont dans les inventaires des États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. L’avion de génération 4 ++ J-10 B ne devrait pas avoir un marché autre que la Chine et le Pakistan. Le prix d’un J-10 est 41-45 M$US. Bien que la Chine ait achevé la construction de nouvelles installations de production en 2014 pouvant produire cent avions multi-rôle J-10B par an, seulement 24 et 28 J-10B ont été livrés respectivement en 2015 et 2016.

L’explication est qu’ils préparent de nouvelles lignes de production pour le J-20, qui est invisible au radar. Le premier jour de 2016, la Chine a annoncé qu’elle était prête à commencer la production en série de l’avion J-20, mais elle a précisé que ce type d’avion ne sera pas destiné à l’exportation. La Chine vise à équiper ses forces armées avec deux cent J-20, pour remplacer la flotte obsolète de J-8 et de chasseurs-bombardiers tactiques Q-5 en 2022.

Le J-20 est inférieur au F-22 et F-35 en raison d’un rapport poussée/masse et une avionique inférieurs. Le J-20 n’a pas été conçu comme un avion capable de combattre les avions américains, japonais et coréens, mais comme un bombardier léger, invisible au radar. Le J-20 est un favori de la marine chinoise, car il peut servir de plate-forme invisible spécialisée dans la frappe aéroporté des porte-avions et autres navires de guerre loin des  côtes.

On peut conclure que les Russes et les Européens sont amenés à dominer le marché des avions multi rôles de la nouvelle génération 4 ++. La production annuelle d’avions multi-rôle est de 50-60% de celui enregistré au cours des 10 dernières années dans le monde et cette tendance se poursuivra. Au cours des cinq prochaines années, il semble peu probable qu’un nouvel avion de génération 4 ++ apparaisse et accapare le marché.

| Comment les avions multi-rôle de génération 4 ++ coexistent-ils avec ceux de la 5ème génération ?

Aux États-Unis, Lockheed Martin Corp. se prépare à déclasser sa ligne de production de F-16 à l’usine de Fort Worth (Texas), en raison de l’absence de commandes de nouveaux avions de génération 4 ++ et la nécessité de se concentrer sur la production en série des avions de 5ème génération F-35. La même chose est vraie pour Boeing, en termes de maintien de sa ligne de production d’avions de génération 4 ++, le F-18 Super Hornet E/F et EA-18G Growler, puisque les États-Unis ont la possibilité de remplacer tous les F-18 par des F-35C sur les porte-avions de la Navy et par des F-35B sur porte-hélicoptères pour les Marines.

Les États-Unis se sont appuyés à 100% sur le nouvel avion 5ème génération F-35. De 2006 jusqu’à présent, ils n’ont produit que deux cents F-35, dont dix pour les États qui ont contribué financièrement à son programme de développement. Les retards de développement viennent du fait que Lockheed Martin avait pour ambition de produire trois appareils nouveaux et distincts en utilisant presque le même sous-ensemble. Le F-35A décolle et atterrit sur les pistes ordinaires ; le F-35B STOVL (décollage court & atterrissage vertical) fonctionne sur des porte-hélicoptères; et le F-35C CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery) décolle et atterrit sur les porte-avions. Le prix d’un F-35A est aujourd’hui de 185,5 M$US, celui d’un F-35B est de 299 M$US de dollars et un F-35C coûte 252 M$US.

Le Pentagone envisage d’acheter 1.700 F-35A pour l’Air Force, 340 F-35C pour la Navy, et 80 F-35B pour le Corps des Marines. Ils remplaceront les avions A-10, F-16 et F-15 de l’Air Force et les F-18 et AV-8 de la Navy et des Marines. Lockheed Martin compte sur la fabrication d’un total de 3.100 F-35 en 2035, à livrer dans au moins neuf États.

L’augmentation de la production se traduira par une baisse du prix (95 M$US pour le F-35A, 122 M$US pour le F-35B, 121 M$US pour le F-35C). Cependant, le taux de production de 1989 de Lockheed Martin – un F-16 par jour – ne sera pas atteint. Il y a beaucoup de voix autorisées qui disent que le projet F-35 est trop avant-gardiste. Au lieu de dépenser d’énormes sommes sur la conception et le développement pour le F-35, il serait préférable de continuer d’allouer de l’argent pour la fabrication de deux cents F-22. Ces avions de 5ème génération sont beaucoup mieux que le F-35 et sont conçus pour garantir la suprématie aérienne. Pour les missions restantes, les F-16 C/D, F-15 C/D/E, F-18 et AV-8 sont plus utiles que les F-35 et ils pourraient voler pendant au moins 15 années dans l’aviation américaine, sans passer au F-35.

| Comment la production des avions multi rôle est affectée par l’usage des matériels d’occasion ?

De nombreux pays ne peuvent pas acheter de nouveaux appareils multi rôle et préfèrent des modèles anciens, vendus par d’autres pays riches. Le prix d’un F-16 C/D neuf est de 70 M$US, avec un coût de 7.000 $US par heure de vol. Les nouveaux États membres de l’OTAN sont contraints d’abandonner leurs vieux avions soviétiques et de se tourner vers des avions américains, et le moins cher est le F-16. Jusqu’à 2022-2025, le Danemark, les Pays-Bas et la Norvège ne recevront pas les avions F-35 qu’ils ont commandés. Jusque-là, ils vont continuer à voler sur de vieux F-16 A/B. La Belgique et le Portugal ne peuvent pas se permettre d’acheter le F-35, donc ils vont continuer à utiliser le F-16 A/B aussi longtemps qu’il pourra voler. La Thaïlande, l’Indonésie et le Venezuela se dirigent vers le remplacement de leurs jets F-16 A/B par des avions neufs russes Su-30, Su-34 et Su-35. Tous ces F-16 A/B sont assez usés et ont peu de Time before Overhaul (TBO, temps avant la révision) restant avant des réparations majeures.

Entre 2014-2019, les États-Unis se débarrasseront de centaines d’appareils militaires. Sur la liste il y a principalement des avions de transport C-130 H et C-17 et des avions de liaison/reconnaissance ou de transport VIP : les Cessna Caravan 208B, C-23A Sherpa, C-12R Horned Owl et C-12 MARSS II King Air. Ils ont tous été utilisés dans les campagnes d’Irak et d’Afghanistan sur les pistes mal équipées et à peine entretenues. Feront aussi partie des départs les avions de reconnaissance à haute altitude, le Lockheed U-2 Dragon Lady, et certains des avions de reconnaissance sans pilote (MQ-1C Grey Eagle, MQ-1B Predator, RQ-5 Hunter, et MQ-9 Reaper, tous appartenant à la Division 24 ISR -Intelligence, surveillance et reconnaissance). Vingt et un F-16 C/D seront retirés de l’utilisation par l’US Air Force, mais iront à la US National Guard (Garde nationale), et non à l’OTAN. Jusqu’à 2019, il n’y a aucune chance pour qu’un F-16 C/D soit exporté directement à partir de l’inventaire de l’armée américaine.

Au lieu de cela, autour de Davis-Monthan Air Force Base, l’US Air Force a créé une vaste zone pour stocker des avions de combat américains bien conservés, avec un Time before Overhaul (TBO) d’environ 1.000 heures de vol. Cette zone est gérée par le 309th AMARG (Aerospace Maintenance & Regeneration Group). Ils conservent 290 F-16 A/B et 180 F-16 C/D qui ont volé pendant 5-12 ans.

Les pays de l’OTAN tels que la Roumanie, la Pologne (qui ont exprimé leur intérêt pour au moins 90 F-16 d’occasion), la Bulgarie, la Croatie et d’autres membres sont intéressés par l’achat de F-16 de seconde main. Ils préféreraient obtenir des avions d’AMARG, les rendre aptes à voler à nouveau, et finalement les moderniser.

À la fin de 2016, Israël a retiré ses derniers avions F-16 A/B Netz, qui avaient 36 ans. Environ soixante-dix F-16 A/B Netz sont conservés et peuvent être remis en service et modernisés par IAI, s’il y a des clients pour eux.

La tendance visant à remettre ces vieux avions de 4ème génération dans l’inventaire augmentera au cours des 10 prochaines années, alors même que l’avion de 5ème génération est adopté sur une grande échelle par les forces armées qui peuvent se permettre de payer des prix élevés pour eux.

© Ziarul de Gardà, . & SouthFront, .

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