Syrie : Preuve de la coopération secrète entre Poutine & Trump ?

24 février, 2017

| Guerre Vs DA’ECH | Valentin Vasilescu |

Retour sur les dessous de la Guerre de Syrie & plus précisément sur se qui ressemble de plus en plus à une nouvelle donne entre les administrations Trump & Poutine. Avec, à la clé, une baisse des tensions régionales. Les notes sont de la rédaction de BforBORDE.

Jusqu’à présent, on ne reconnaît officiellement aucun accord entre Vladimir Poutine (dont les rapports avec Reccep Tayyip Erdoğan et Bachar al-Assad se sont resserrés) et Donald Trump au sujet de la coopération en ce qui concerne l’encerclement et l’isolement du territoire tenu par l’État Islamique en Syrie. Cependant, la façon dont les récentes opérations militaires ont été menées, sur trois fronts différents en Syrie, par trois acteurs différents, indique clairement l’existence d’une telle coopération. Trump prouve que, contrairement à Obama, il est capable de prendre des décisions unilatérales, en laissant de côté les membres de l’UE (qui font également partie de l’OTAN), considérés comme des partenaires des États-Unis. Cette hypothèse est étayée par la position de Trump qui veut prendre du recul vis-à-vis de l’OTAN, une organisation qu’il considère obsolète ; elle a été créée il y a des années, et les pays membres ne paient pas comme ils le devraient. C’est la première étape concrète de Trump pour établir une véritable coordination des actions russes et américaines visant à détruire l’État islamique et d’autres groupes terroristes en Syrie – qui pourrait conduire à la levée des sanctions économiques contre la Russie.

| Al-Bab

L’offensive militaire turque (1.300 soldats, 50 chars, 15 véhicules blindée), soutenue par 2.000 rebelles islamistes de l’ASL (Armée syrienne libre), pour capturer Al-Bab, a débuté en Septembre 2016. La ville d’Al-Bab est située à 40 km au nord-est d’Alep et a été une composante importante de la défense de l’État islamique pour sa « capitale » Raqqa. De novembre 2016 à janvier 2017, plus de 5.000 combattants de l’État islamique ont repoussé toutes les tentatives d’encerclement d’Al-Bab par l’est et le nord par les Turcs et leurs alliés.

À la fin de décembre 2016, après la fin de l’opération de libération de la ville d’Alep, les présidents Bachar al-Assad et Erdoğan ont conclu un accord sous la médiation de Poutine. Suite à cet accord, l’armée syrienne est venue en aide aux troupes turques. L’armée syrienne a pénétré sur 25 km de profondeur, cinq à huit km au sud-ouest, sud, sud-est et l’est d’Al-Bab, et ainsi la ville a été totalement encerclée. L’aviation russe et syrienne a fourni un soutien aérien à l’armée turque. Depuis lors, l’État islamique ne peut plus obtenir des renforts pour l’aider à tenir la ville d’Al-Bab. Voilà comment l’armée turque a réussi à percer les lignes de défense de l’État islamique. Avec Al-Bab, l’État islamique a perdu son dernier territoire dans le gouvernorat d’Alep.

| Raqqa

Le groupe Hêzên Sûriya Demokratîk (FDS, Forces démocratiques syriennes), se compose essentiellement de combattants kurdes du Yekîneyên Parastina Gel (YPG)1 parmi lesquels il y a quelques membres du Partiya Karkerên Kurdistan (PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan)2 que la Turquie considère comme des terroristes. Même si ce groupe est important (10.000 combattants), il est mal armé et entraîné. Quoi qu’il en soit, les FDS, qui tiennent une grande partie du nord de la Syrie, ont déclenché une opération offensive contre l’État islamique afin de conquérir la ville de Raqqa. L’opération a été planifiée par des agents des forces spéciales de l’armée américaine. Des centaines de soldats des forces spéciales américaines travaillent comme instructeurs des FDS. À Rmelan, en territoire contrôlé par les FDS, la 101st Airborne a une base pour des hélicoptères et des avions à rotors basculants MV-22 Osprey utilisés dans la lutte contre l’État islamique.

Les dispositions défensives autour de Raqqa, la capitale de l’État islamique, sont en rond, et sont disposées dans au moins quatre cercles plus ou moins concentriques. Cette disposition comporte 30.000 combattants avec 200 chars, 200 APC et IFV, plus de 100 pièces d’artillerie et MRLS. L’État islamique a eu des sapeurs qui ont préparé la zone au cours des trois dernières années, avec quelques zones minées, et des installations de contre-offensive équipées avec des chars et des roquettes antichars américains BGM-71 Tow-2. Ils ont beaucoup d’armes souterraines et des dépôts de munitions qui n’ont pas été détectés par l’aviation américaine.

L’État islamique a des officiers de planification des opérations qui sont aussi bien formés que ceux des armées occidentales. Ils ont acquis des centaines de drones avec lesquels ils ont créé une structure d’ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) qui exécute des missions pour découvrir des sites d’artillerie et des colonnes motorisées ou de chars, et les concentrations de forces ennemies. Ces drones de type civil comprennent des DJI Parrot (prix 1.000 $US), des Skywalker X-8 et X-UAV Talon (200 $US), des quadcopter DJI Phantom 3 (600 $US) qui sont facilement disponibles en Europe, dans les États du Golfe et aux États-Unis. Certains drones ont été modifiés pour lancer des engins explosifs artisanaux de l’État islamique, mais ils n’ont pas les effets escomptés.

Les dispositions défensives de l’État islamique sont également basées sur des tunnels secrets à travers lesquels les combattants peuvent attaquer l’ennemi par derrière, ou créer des embuscades pour les colonnes d’approvisionnement ou de soutien. Les offensives de contre-attaque de l’État islamique sont extrêmement bien préparées et très efficaces en raison de leur grande mobilité avec des milliers de camionnettes armées de mitrailleuses lourdes de calibre 12,7 mm.

Au début, en Novembre 2016, les FDS avaient pris une direction offensive nord-sud de Raqqa, la capitale de l’État islamique. Rencontrant une forte résistance, cette offensive s’est arrêtée. Les FDS ont ensuite tenté d’encercler les positions défensives de DA’ECH, en déplaçant l’offensive dans la direction ouest-est le long de la rive nord du lac Assad. Les deux directions des offensives des FDS sont arrivées à une distance de 8-15 km de Raqqa, soutenue par des bombardements aériens massifs de la coalition anti-État Islamique dirigée par les États-Unis. Même avec cela, les FDS qui n’ont que quelques véhicules blindés, ne peuvent pas aller plus loin.

Par conséquent, à la fin de Janvier 2017, les États-Unis, avec l’accord de la Russie, ont livré environ 100 véhicules 4×4 M117 Guardian qui peuvent transporter dix combattants. Ce véhicule blindé léger de 15 tonne se situe entre le Humvee et le Stryker ICV. Le M117 Guardian est armé d’une mitrailleuse lourde M2 Browning (de calibre 12,7 mm), et un lance-grenades MK 19 (de calibre 40 mm).

En février 2017, les FDS ont lancé la troisième phase de l’offensive. Pour commencer, les forces et les équipements FDS se déplacent du nord au sud, et parallèlement à la frontière orientale de la Syrie, vers Deir Ez-Zor. Le but de cette manœuvre est d’empêcher les combattants de DA’ECH, de Mossoul, en Irak, de se rendre à Raqqa. Après cette manœuvre, les FDS peuvent attaquer la position défensive de l’État islamique à l’est. On peut voir que les planificateurs américains comptent sur les SDF pour isoler le territoire de l’État islamique au nord et à l’est.

| Deir Ez-Zor

Le détachement Tamadur effectue des missions offensives pour reprendre la ville de Palmyre des mains de l’État islamique. Il est composé du 800ème Régiment de la Garde républicaine syrienne, deux bataillons de la Brigade Tigre (forces spéciales syriennes), deux bataillons d’artillerie de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)3, un bataillon de la Liwā Fatemiyoun (un groupe paramilitaire chî’îte en Afghanistan), un bataillon du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi4, et des unités locales des Forces de défense nationale syrienne.

Après la libération de Palmyre, le détachement Tamadur devrait être renforcée avec des forces supplémentaires d’au moins deux brigades mécanisées. Sa tâche immédiate devrait être de joindre la 137ème Brigade mécanisée, la 104ème Brigade aéroportée et le 121ème Régiment d’artillerie pour défendre la ville de Deir Ez-Zor contre l’État islamique. Cette mission devrait être facilement accomplie même si Deir Ez-Zor est situé à 188 km de Palmyre. Entre les deux villes, il n’y a que quelques petits territoires occupés par de petits groupes de l’État islamique, car c’est le désert. Si l’Armée arabe syrienne parvient à atteindre Deir Ez-Zor, il isole le territoire de l’État islamique dans le sud après que les FDS aient isolé leur territoire du nord et de l’est. A l’ouest, l’État islamique est déjà presque entièrement isolé par l’armée syrienne.

Dans le sud de la Syrie (le gouvernorat de Déraa et Quneitra), le Front du Sud et le Mouvement islamique al-Muthanna, alliés de l’État islamique, ont repris les combats contre l’armée syrienne. Ces groupes contrôlent la frontière syrienne avec la Jordanie. Ils se composent de 38.000 combattants et ils gardent le 1er Corps de l’Armée arabe syrienne bloqué dans la région (celle-ci est composée de quatre divisions de chars et une division mécanisée). Dans le gouvernorat d’Idlib au nord-ouest de la Syrie, sont concentrés 29000 rebelles du Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām5 (la branche syrienne d’Al-Qaïda) et Ahrar al-Chām. Ces deux groupes viennent de reprendre les combats contre l’armée syrienne dans le nord du gouvernorat près de Lattaquié.

Dans ces circonstances, il est assez difficile pour l’AAS de disposer de deux brigades à déployer à l’est de Palmyre. Après la libération d’Alep, le premier bataillon russe a succédé à une unité opérationnelle de l’armée syrienne pour maintenir la paix et l’ordre dans la ville. Après cela, la Russie a envoyé un deuxième bataillon de la police militaire en Syrie. Toujours à Alep, une unité militaire syrienne a été remplacée par un bataillon du génie russe dans une mission de déminage et d’élimination d’engins explosifs posés par les rebelles islamistes.

Sous la pression de Trump, un nombre croissant de groupes de rebelles « modérés » syriens contrôlés par le Pentagone et la CIA décide de respecter le cessez-le feu négocié par la Russie. Nous pouvons nous attendre à ce qu’il y ait plus de bataillons militaires russes de police pour remplacer les forces de combat syriens dans des missions de maintien de la paix dans les localités récemment libérés. Cela va libérer plusieurs unités de l’AAS qui pourront être envoyées à l’est de Palmyre pour la lutte contre l’État islamique.

© Ziarul de Gardà, -& Algora,.

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