Terreur nazislamiste, toujours ! Mais avec d’autres praxis….

27 février, 2017

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Quoi de plus changeant & létal que l’art de la guerre ? La Bataille de Mossoul a plus que démontré une approche nouvelle dans l’utilisation des voitures piégées par DA’ECH. Approche efficace par ailleurs. Un modus operandi, hélas, parfaitement exportable dans notre vieille Europe comme le montre la variante du camion fonçant dans la foule…

| Q. Alors que se multiplient les attentats à l’aide de véhicules-béliers, que pensez-vous des avertissements qui avaient été lancés par Europol, quant à la possibilité d’attentats à la voiture piégée sur le sol européen ?

Jacques Borde. Qu’ils étaient extrêmement inquiétants et qu’il s’agissait, alors, de ne pas les prendre à la légère, comme cela a été fait. Comme à l’accoutumée : entre le padamalgam des droit-de-l’hommistes de tous poils et le Tout va bien Mme. la Marquise d’une classe politique sur le déclin…

| Q. Pourquoi fallait-il prendre ce type de menace là plus au sérieux que d’autres ?

Jacques Borde. Primo, parce que le message de la direction d’Europol était clair et net, pardi.

En effet, si « L’utilisation d’engins artisanaux, d’explosifs militaires ou achetés dans le commerce dans des voitures piégées », comme cela a été fait en Syrie ou en Irak, « n’a pas encore été employée par DA’ECH-Europe », mais « étant donné que les modes opératoires utilisés au Moyen-Orient ont tendance à être copiés par les terroristes en Europe… il est tout à fait concevable que DA’ECH les utilise à un moment ».

Secundo, Piéger une voiture pour une personne qui sait s’y prendre n’est pas un challenge très difficile à réaliser techniquement parlant. Vous comprendrez, bien sûr, que je ne m’attarde pas davantage sur ce point…

Tertio, les personnels, militants ou mercenaires, régnicoles ou étrangers capables de passer à l’acte – ou de former des terroristes takfirî à cet art de la mort, ce qui revient au même – sont une denrée des plus courues sur les fronts de lutte armée : tout le monde, de l’IRA à tous les groupes armés du Proche et du Moyen-Orient, a acquis à un moment donné une expertise de la voiture piégée.

Et, rien qu’en ce qui concerne Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)1, on voit bien la terrible efficacité des véhicules et engins piégés dans la stratégie retardatrice mise en œuvre à Mossoul. Voir ceci : ISIS suicide cars

Ce ne sont ni, les hommes, ni les explosifs ni les véhicules qui font défaut. Ni d’ailleurs l’évolution des techniques employées…

Ensuite, comme toujours, entre le by the book de la doxa édictée par DA’ECH, on a complètement zappé les formes dérivées de la menace…

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Qu’à défaut de pouvoir piéger un véhicule, la possibilité de l’utiliser tel quel comme projectile n’a guère fait son chemin dans les instances anti-terroristes.

| Q. Même après Nice ?

Jacques Borde. Oui, hélas. En dépit de son bilan humain terrifiant, les Européens ont commis l’erreur de surtout voir en Nice une sorte de terrorisme low cost finalement acceptable. Un épiphénomène dans la longue lutte qui est la nôtre contre DA’ECH.

Faux, archi-faux : les véhicules-béliers entraient parfaitement dans la doxa d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH). Et aujourd’hui, si nous n’y prenons gare, nous allons arriver dans la sphère occidentale à un, voire deux ou trois attentats ce ce type. Le tout agrémenté du discours munichois des Je Suis Partout de la caste médiatique, soldée aux pétrodollars des sponsors de la terreur takfirî, qui n’y voient que des actes de déséquilibrés (tout comme les attaques à l’arme blanche).

Comme l’a tristement souligné une amie sur la Toile à propos de ces véhicules-béliers : « En 24 heures, Allemagne, USA et maintenant en Angleterre….ils sont nombreux les déséquilibrés qui veulent assassiner depuis quelques années »…

| Q. Il y a donc des innovations dans de genre d’horreur ?

Jacques Borde. Dans le terrorisme, toujours. Dès qu’il s’agit de s’en prendre à son prochain, l’inventivité de l’homme ne connaît guère de limites, hélas !

À Mossoul, qui s’y prête particulièrement au niveau du terrain, on trouve une nouvelle façon d’utiliser la voiture piégée. Les Kamiz brunes de DA’ECH, délaissant de plus en plus l’EEI2 et la voiture-tampon (tous deux prépositionnés et fixes), utilisent des véhicules piégés, très souvent dronisés (donc sans conducteur pouvant se poser des questions au moment-clé), qui semblent effectuer l’équivalent des missions de chasse libre des appareils de la RAF3 pendant la 2ème Guerre mondiale. Ils partent en chasse de manière parfaitement aléatoire et se font exploser dès qu’ils rencontrent un objectif. De préférence des engins blindés ennemis. Simple et redoutablement efficace. Du Wandering djihâdism qui, associé à une technique en essaim est des plus efficace…

Ah, oui, je dis bien délaisser et non pas renoncer définitivement. C’est une variation du modus operandi, pas son abandon.

| Q. Et, c’est transposable en France ?

Jacques Borde. Bien sûr, assez aisément en plus. Mais, là non plus, ne comptez pas sur moi de développer quant aux modalités. Mais oui, hélas, c’est transposable en France.

Mais, il existe aussi, en France je veux dire, un facteur aggravant au phénomène des voitures piégées…

| Q. Lequel ?

Jacques Borde. Concernant notre pays, des cas d’espèce ont, encore récemment, prouvé que positionner des véhicules non identifiés (de manière positive et formelle, je veux dire) sur des emplacements sensibles tels que définis par Vigipirate renforcé était parfaitement réalisable sur des plages horaires allant de deux à huit heures…

Ce que je veux dire que même sur ce type d’emplacement, où pourtant les riverains sont menacés des pires sanctions s’ils garent leurs propres véhicules, y compris devant chez eux :

1- il est extrêmement difficile que des policiers se déplacent dans des délais raisonnables ;

2- aucune marque d’intérêt n’est accordée aux populations concernées par la présence de  ce type de véhicule ;

3- les fonctionnaire (municipaux ou nationaux) n’adoptent pas un comportement ad hoc vis-à-vis de la menace supposément représentée. Là encore, vous comprendrez que je ne m’attarde pas davantage sur ce point…

En revanche, il me semble important de revenir sur la pratique policière interdisant la stationnement aux riverains. Laisser ces derniers se garer devant chez eux, avec des véhicules parfaitement identifiés, reviendrait à la pratique si connue des familiers du Levant, des voitures-tampons qui, justement, empêche la dépose de véhicules, eux, suspects. Mais la pratique étant, elle aussi, controversée je n’insisterai pas là dessus…

| Q. Vous dites qu’il existe un mercenariat lié à ce type de terrorisme ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr. Il existe une mobilité sociale de ce genre de personnels qui peuvent difficilement monnayer leur expertise en dehors de la praxis terroriste. Le cas le plus emblématique de cette mobilité mortifère est celui d’anciens combattants (sic) de l’Óglaigh na hÉireann (IRA)4, passés au service des Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia–Ejército del Pueblo (FARC-EP). Il est parfaitement connu des SR et des officines de sécurité intérieure. Bien sûr, cela ne concerne pas des milliers et des milliers d’hommes, mais des personnes extrêmement qualifiés. Largement, de quoi faire sauter quelques dizaines d’immeubles en Europe. Si vous voulez un ordre d’idée.

Nous sommes encore et toujours en guerre contre le terrorisme. Mais, comme semblent le démontre les images de Mossoul dans une autre guerre. Ou plutôt une autre manière de la faire.

Notes

1 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
2 Ou Engin explosif improvisé.
3 Dites Missions Rhubarb.
4 Ou Irish Republican Army, historiquement les Volontaires d’Irlande.

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