Des Thermopyles au Golan !

16 mars, 2017

| Guerre Vs DA’ECH | Gilles Falavigna |

Sur Facebook, Gilles Falavigna – auteur de, notamment, La Mercatique ou le nouvel Art de la guerre – a eu l’amabilité de commenter mon dernier entretien sur mon blog. Il nous a semblé intéressant de poster ses remarques sur BforBORDE.

Sujet effectivement complexe.

Brièvement : mon dernier ouvrage : Géopolitique de la question juive défend la thèse que la géopolitique est, avant tout, de la métapolitique. La formule de vouloir que la géopolitique soit une question d’intérêt n’est pas pour autant fausse. (« Les États n’ont pas d’amis. Ils ont des intérêts », Général de Gaulle) Les intérêts russes et Israéliens divergent. Mais puisqu’il est question d’un effet de manche raté de Nétanyahu, restons surtout du côté israélien. Il est essentiel de garder à l’esprit qu’Israël ne fait, globalement, que 50 km de large. Autant le Sud (désert du Sinaï et du Néguev) et l’Est (Mer Morte et seulement trois (3) passes dans la dépression) bénéficient de frontières naturelles difficiles à franchir, autant le Plateau du Golan permet de fondre sur Israël.

La seule vraie menace pour Israël serait d’avoir une frontière constante chî’îte qui aille du Liban à la Syrie. C’est pourquoi il est impossible qu’Israël rende le Golan à la Syrie. Le Hezb est donc l’ennemi n°1 d’Israël. Trois  facteurs essentiels renvoient les négociations évoquées avec Poutine à une dimension tout à fait secondaire.

1- Kipat Barzel1 est incapable de gérer des assauts de missiles sur une telle distance.

2- Israël est incapable de faire face à une guerre de position sur une largeur de plus de 50 km, rien de neuf depuis les Thermopyles.

3- Israël est incapable de tenir plus de trois mois dans un conflit. La force d’Israël tient dans ses distances réduites. Toute la logistique, les jobniks, se tient à 10 km du front et laisse tout le théâtre des opérations aux troupes combattantes, les Golani en l’occurrence qui sont une troupe d’élite. Cette supériorité disparaît si l’ennemi, beaucoup plus nombreux, reste au contact. Une défaite signifie la disparition d’Israël, disparition définitive.

La géopolitique est de la métapolitique. Poutine a effectivement offert un Livre d’Esther à Nétanyahu. Ce n’est pas anodin. Le Livre d’Esther est lié à Pourim. Or, c’est pour Pourim que ce livre a été offert. Le lien entre le moment de la célébration et l’événement (le Livre d’Esther est une prophétie) est très important dans le Judaïsme. Pourim retrace la tentative d’extermination des Juifs à Babylone qui s’est soldée par la pendaison des ennemis d’Israël. Le message est fortement lié à la Syrie.

Côté Russes, leur présence au Moyen Orient répond à une double approche : La gestion d’une zone tampon au Sud, conforme à la stratégie permanente de défense  ; revenir à la grandeur d’une puissance qui compte. Les relations avec l’Iran sont d’une donc d’une extrême importance. Les intérêts sont inconciliables avec ceux d’Israël par ce point. La nouvelle donne que veut insuffler Trump avec une alliance locale entre Israël et les Arabes (Jordanie, Égypte, Séouds) est plus délicate pour Poutine que pour Nétanyahu. La négociation devrait porter sur une approche globale qui libère la Russie de l’Europe contre l’abandon (relatif) de la Syrie. (au titre de l’accès à la Méditerranée, les relations entre Erdoğan et Trump vont être intéressantes à suivre à court terme tout comme le rapprochement turc avec les Russes. Le Grand Iran pourrait accentuer son influence sur l’Afghanistan et se focaliser sur l’Arabie. En attendant, les Israéliens confortent les échanges commerciaux avec la Russie. Ce n’est pas qu’un effet de manche. De bonnes choses dans ton article. Plus que jamais, il me semble que la géopolitique répond au « think global, act local« …

Le grand gagnant de la nouvelle donne reste Trump puisque la stratégie Obama (issue du Grand échiquier de Brzezinski depuis 30 ans) est vouée à l’échec selon l’État major US. Les préoccupations russes sont celles d’une grande puissance planétaire. Les préoccupations israéliennes sont plus locales et immédiates. Finalement, la rencontre Poutine Nétanyahu s’inscrit dans un jeu à somme non nulle.

Note

1 En anglais Iron Dome. Système de défense antiaérien mobile israélien, développé par Rafael Advanced Defense Systems, conçu pour intercepter des roquettes et obus de courte portée (Counter Rocket, Artillery & Mortar, ou C-RAM). Le système a été créé pour faire face aux attaques de roquettes lancées depuis la Bande de Gaza et le Liban en direction des villes israéliennes, et a été déployé à partir de 2010.

Gilles Falavogna, Erdoğan, Trump, Poutine, Nétanyahu

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