En Marche ? Certes ! Mais en marche vers quoi & Avec qui, au juste ?

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La lutte contre le terrorisme intérieur aura été un des points faibles de l’administration sortante. Des centaines de morts & de blessés, souvent dans des circonstances troubles & pas encore éclaircies : les controversées prestations de nos groupes d’intervention au Bataclan en sont l’amère démonstration. Que sera notre combat contre le mal absolu avec nos prochains gouvernants ? Ce ne sont pas les prestations médiatiques de certains impétrants aux plus hautes fonctions qui sont là pour nous rassurer. À en entendre quelques-uns, nous sommes… En Marche ! Mais pour , pour quoi & avec qui ?

| Q. Déçu par le débat MLP Vs Macron ?

Jacques Borde. Oui et non. Certes, les spécialistes du petit écran et de la chose politique se satisfont de la prestation d’Emmanuel Macron, en meilleure forme que Marine Le Pen, visiblement épuisée en fin de campagne. Et qui le semblait encore plus le 4 mai au matin, chez Bourdin. Mais au-delà, ce à quoi nous avons assisté c’est surtout, à la débâcle de l‘establishment médiatique qui me semble tenir la corde en terme de contre-performance.

| Q. Pourquoi dites-vous ça ?

Jacques Borde. Pour des tas de raisons :

1- l’audience s’effondre : on a péniblement démarré avec 15 millions d’auditeurs, soit la moitié, semble-t-il, des précédentes prestations de ce type ;
2- plusieurs millions d’auditeurs vont décrocher au bout de vingt premières. Moi j’appelle ça un bide ;
3- la nullité crasse des journalistes en piste.

| Q. Là aussi : pourquoi dites-vous ça ?

Jacques Borde. Parce que, désolé de le dire, notre binôme de journalistes de choc, dont le rôle aurait dû être celui de modérateurs a laissé passer des médiamensonges à répétition sans jamais réagir.

À cela, selon certaines sources, s’ajouterait le fait, que Macron, a contrario de MLP, aurait disposé d’une oreillette lui permettant un soutien immédiat de son équipe.

Simple question : que foutait notre couple de zombies médiatiques ?

| Q. Mais, si l’élément se vérifie, le coup de l’oreillette, que peut-on y faire ?

Jacques Borde. Primo. Cela aurait dû être interdit lors des réunions préparatoires.

Secundo. Il est possible que des modes de brouillage existent. Mais, alors, deux choses :

1- quid, dans ce cas-là, de la bonne retransmission de l’émission ?
2- quid de l’impact sur l’intervenant disposant de ladite oreillette. Évidemment, voir un débatteur faisant des sauts de cabri et arracher l’engin de son oreille en hurlant serait un aspect drolatique de ce genre de happening !

Mais, excusez-moi, je ne suis pas très féru de ces techniques. Un spécialiste vous renseignerait mieux que moi.

| Q. Vous parlez de médiamensonge. À quel moment ?

Jacques Borde. Un exemple sur un sujet qui relève du périmètre d’expertise de ce blog : la terreur takfirî et ses relais divers et variés dans notre pays. M. Macron, donc, nie tout lien avec l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), organisation dont tout un chacun sait qu’elle n’est rien d’autre qu’un asset, en France, du controversé Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin1.

Libre à lui… sauf que c’est archi-faux ! Quant aux Frères musulmans, excusez du peu, ceux-ci :

1- sont considérés comme une organisation terroriste de l’autre côté de l’Atlantique ;
2- sont combattus comme une organisation terroriste en Égypte. Pays dont nous sommes pourtant les alliés et à qui nous vendons avions de combat et navires de guerre. Tout ça n’est pas très sérieux de la part d’un membre sortant de l’administration Hollande…

| Q. Et les liens UOIF-Macron ?

Jacques Borde. Emmanuel Macron nie tout contact avec l’UOIF ! Bon, OK. Mais, en l’espèce, la mémoire lui fait diablement défaut ! Il suffit de regarder la photo qui illustre cet entretien et où on le voit collé, sourire aux lèvres, au sieur Mohammed Saou.

Or, Mohamed Saou, plus que compagnon de route de l’UOIF :

1- a bien été référent du mouvement macroniste En Marche dans le Val-d’Oise ;
2- en aurait (officiellement) été écarté nous dit-on ! Sauf que, en off, invité de Beur FM, Emmanuel Marcon himself, répondra à l’un des journalistes (à partir de 6’15) que « …il a fait un ou deux trucs un peu plus radicaux (…). C’est ça qui est compliqué. Mais à côté de ça, c’est un type bien. C’est un type très bien, Mohamed. Et c’est pour ça que je ne l’ai pas viré ».

Alors, viré ? Pas viré ? Comme le répète sans cesse l’imprécateur médiatique Bourdin : les Français voudraient savoir !…

| Q. Et, vous considérez l’UOIF comme si peu fréquentable que ça ?

Jacques Borde. C’est bien le moins qu’on puisse dire.

Me. Gilles-William Goldnadel, qu’on qualifiera difficilement de nostalgique de Vichy, nous rappelle que l’UOIF c’est ce « mouvement qui, au moment de l’attentat de Mohamed Merah, avait trouvé l’excellente idée d’inviter un cheikh qatari, qui avait fait l’éloge d’Adolf Hitler, de venir à Paris. Visite à laquelle s’était ou dernier moment opposée Nicolas Sarkozy (…). J’attendais le minimum de la part d’Emmanuel Macron. Il y a quelques jours, lorsqu’on lui a posé la question, il n’a même pas trouvé les mots pour au moins condamner la posture de l’UOIF. Rien »2.

Et Me. Goldandel de regretter « …qu’Emmanuel Macron n’ait pas saisi la perche pour se distancier de l’UOIF ». « Marine Le Pen lui a parlé de Mohamed Saou, un proche de l’UOIF qui est dans son équipe et que Macron avait soutenu, pensant être hors antenne, en disant que ‘c’était quelqu’un de radical mais de bien’. Or, je ne sais pas comment on peut trouver quelqu’un de radical et de bien. Marine Le Pen lui reproche d’être tendre avec les islamistes et, hier, sur le plan électoral, elle a marqué des points. Il ne m’a pas rassuré. Or, pour les questions de sécurité et d’islamisme sont aussi importantes que celles sur l’économie »3.

Autre écueil, Saou est loin d’être le seul élément trempé au takfirîsme dans l’environnement d’En Marche.

| Q. Il n’est pas le seul, vous dites, c’est certain ?

Jacques Borde. Citons, pour faire court, le cas emblématique de Rachid El-Kheng, lui aussi coordonnateur local d’En Marche dans le bassin minier à Oignies, dans le Pas-de-Calais, pour être précis.

Pourquoi citer Rachid El-Kheng, tout particulièrement ? Pour trois raisons essentielles :

1- lui aussi a multiplié les apparitions médiatiques aux côtés d’Emmanuel Macron ;
2- Rachid El-Kheng est connu pour son goût pour les tribunes de Tariq Ramadan, comme lorsque celui-ci appelait à contrer, je cite, « des lobbies très puissants, intégristes laïcards, ou pro-sionistes ».
3- Rachid El-Kheng, activiste pro-Morsi (vous savez le dictateur frériste qui a terrorisé et persécuté les Égyptiens avant d’être écarté du pouvoir manu militari) a publié, le 11 août 2014, un montage-photo d’une carte d’identité israélienne avec la photo retouchée du président égyptien, ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī, avec une kippa et deux papillotes4 Commentaire de Rachid El-Kheng : « Sissi, il a trouvé sa carte ».

C’est bien là tout le problème de l’UOIF et des Frères, être passé par eux peut se comprendre. À un moment ou à un autre, si vous êtes musulman et impliqué dans la société civile, vous finissez par tomber dessus. Le tout c’est ce que vous en faites ! Vous prenez, plus ou moins vite, vos distances. Je parle, là, des gens normaux dotés d’un minimum d’esprit critique…

Nos Rachid El-Kheng et Mohamed Saou, eux, ont fait le choix, c’est indéniable, de l’antisémitisme qui est un des marqueurs d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)5. Ça n’est pas rien.

| Q. Et cette polémique vous inquiète à ce point ?

Jacques Borde. Plutôt oui. Je vous rappelle qu’Emmanuel Macron postule à la magistrature suprême. Qu’il prétend par ailleurs vouloir être « intraitable » avec des adeptes d’un takfirîsme (qui sont, par ailleurs, diablement actifs au sein de son mouvement) tout en avouant ne pas être du genre à nous pondre un programme anti-terroriste « dans la nuit ». Bigre ! À moins de dix jours de vouloir débarquer à l’Élysée, on se dit qu’il aurait pu y penser avant, non ?

Tout ça empeste l’amateurisme de haut vol.

À noter que Gilles-William Goldnadel, commentant le débat Macron/Le Pen, n’a « … pas le moindre doute que dans cette partie du débat Marine Le Pen a été plus précise et plus incisive. Emmanuel Macron est resté dans un flou qui m’a effrayé. J’attendais du très probable président de la République d’être rassuré sur ce point. Or, on dirait que le mot islamisme lui écorche la bouche(…) Il n’a même pas trouvé les mots pour condamner la posture de l’UOIF »6.

Quant au si aimable Mohamed Saou, qui (verbatim Macron) « a fait un travail remarquable », et qui « ...est un type très bien », une dernière question : est-on dans le même registre que le « bon travail » que pressentait Laurent Fabius à propos des terroristes nazislamites du Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām7 ?

Décidément, de bien curieux personnages dans le sillage d’En Marche

Notes

1 ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM),
2 Les Grandes gueules (4 mais 2017) .
3 Les Grandes gueules (4 mais 2017) .
4 En hébreu, peot ou payess harosh (coins de la tête) : mèches de cheveux (une de chaque côté du visage) typiques des hommes juifs orthodoxes, lesquels ont coutume de porter sur les tempes ou derrière les oreilles à partir de l’âge de trois ans.
5 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
6 Les Grandes gueules (4 mais 2017) .
7 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.

Macron, Rachid El-Kheng, Mohamed Saou, DA’ECH, UOIF,

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