Coup dur pour Moscou : Ankara (finalement) associé (sic) à la Bataille de Raqqa !

| Guerre Vs DA’ECH | Jacques Borde |

Énième gifle pour la Russie dans sa guerre à fleurets mouchetés Vs la terreur takfirî : les États-Unis – verbatim Mad Dog Mattis – vont (très théoriquement, mais est l’intérêt de la chose) associer la Turquie aux opérations militaires pour reprendre Raqqa, la capitale syrienne de DA’ECH. Trump serait-il en train de prendre aussi la main en Syrie ?

Volens, nolens, l’annonce a été faite, le 10 mai 2017 dans la matinée, par le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis1, en personne : les États-Unis ne cracheront pas sur un p’tit coup main des Turcs pour s’emparer de Raqqa.

« Notre intention est de collaborer avec les Turcs, les uns aux côtés des autres, pour prendre Raqqa », a ainsi reconnu Mattis, lors de sa conférence de presse à Copenhague, à l’issue de la réunion des principaux pays de la coalition contre l’EI. « Nous allons nous occuper de cela et trouver de quelle manière nous allons le faire, mais nous y sommes tous engagés », a-t-il ajouté.

Une annonce qui tombe à pic et en tempère une autre : celle que désormais les États-Unis vont, officiellement2, fournir des armes à leurs proxies kurdes des Yekîneyên Parastina Gel (YPG)3, qui sont la principale composante des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)4, qui regroupent les YPG, mais aussi, de manière plus minoritaire, les Chrétiens du Mawtbo Fulhoyo Suryoyo5 et les Arabes de Jayš al-Thuwar6.

Or, jusqu’à présent, les Américains avaient toujours affirmé, le cœur sur la main, qu’ils ne livraient d’armes qu’à la composante arabe des FDS et non aux YPG eux-mêmes. Il s’agissait donc de faire un geste en direction des Turcs pour que la Türk Kara Kuvvetleri (TKK)7 ne se laisse pas aller à ses mauvais penchants anti-kurdes, Ankara :

1- vouant aux gémonies le Partiya Karkerên Kurdistan (PKK);
2- considérant, non sans raisons, les YPG comme l’extension en Syrie du PKK.

Seul bémol aux inquiétudes de certains, Mattis de préciser que l’Amérique « n’envisage pas que la Turquie participe à l’offensive terrestre contre la ville tenue par les djihâdistes depuis plus deux ans ».

Que s’est-il donc passé à Copenhague ?

Quinze pays étaient présents à l’invitation du ministre danois de la Défense, Claus Hjort Frederiksen. Le toujours ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était présent, ainsi que le sous-secrétaire adjoint au ministère de la Défense turc, Bazat Oztürk, qui s’est entretenu avec le US Secretary of Defense Mattis.

In fine, à quoi rime l’offre de Mad Dog Mattis ?

À figer temporairement la situation côté turc et d’éviter, justement, que le Turcs ne se mêlent de se qui se passe à Raqqa et alentours. La proposition de Mattis restant une partie du discours US en direction du maître d’Ankara, le président Reccep Tayyip Erdoğan, dont il s’agissait :

1- de ménager le susceptibilité ;
2- de ne pas gêner ses relation avec son establishment militaire.
3- d’empêcher que ce même establishment militaire ne s’abandonne à des initiatives malheureuses sur le terrain.

À sauver ainsi les apparences les Turcs devraient se contenter d’observer la Bataille de Raqqa. Le Grand jeu c’est, aussi, que les uns et les autres trouvent leur place sur l’échiquier. Il est probable qu’en échange de la bonne volonté d’Ankara l’administration Trump s’accommodera de quelques passes d’armes de la TKK au Kurdistan sous égide turque. On ne fait pas, dans l’Orient compliqué, d’omelettes sans casser quelques œufs…

Les seuls auxquels on n’a, semble-t-il, pas demandé leur avis sont les Russes qui vont devoir faire avec et voir Raqqa, la capitale syrienne d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)9, au train où les choses évoluent, tomber dans l’escarcelle géopolitique US.

En cette affaire, on sent assez bien la patte du général James Mad Dog Mattis, qui confirme là qu’il est bien une des têtes de la nouvelle pensée militaire (et géostratégique) US.

Militairement parlant, la situation échappe de plus en plus aux Russes et, par là, à ses partenaires syriens et iraniens. À terme, avec Mossoul s’ajoutant à Raqqa ce seront les deux capitales de DA’ECH qui tomberont du même coté. Deux à zéro pour Washington !

Il serait temps, sans doute, pour le trio Damas-Téhéran-Moscou de s’occuper sérieusement de Deir Ez-Zor. Ah, oui, c’est vrai : le chef d’État-major des armées (CEMA) russe, le lieutenant-général Sergueï Roudskoï, vient de nous annoncer que les Russes allaient encore alléger leur dispositif militaires en Syrie…

Notes

1 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
2 C’est depuis longtemps le cas.
3 Unités de protection du peuple.
4 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
5 Conseil militaire syriaque.
6 Armée des révolutionnaires.
7 Ou Forces terrestres turques.
8 Parti des travailleurs du Kurdistan.
9 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

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